Vendredi 26 octobre 2007. Kinshasa s’est réveillée dans l’eau tant il a plu toute la nuit d’une de ces fortes pluies que les Kinois redoutaient depuis un certain temps.
Sur les artères de la capitale, l’asphalte avait été raclée, les caniveaux agrandis, mais laissés sans protection, un peu de gravier et de sable jetés ça et là, des tracteurs abandonnés, des panneaux avec inscriptions « travaux » posés, depuis de longs mois…
Et puis rien du tout. Et les pluies, plus ou moins clémentes se succédaient les unes aux autres, érodant la terre battue, la partie de la chaussée laissée non raclée et les caniveaux non protégés.
Tout le monde savait et s’y attendait. Une forte pluie et ça serait la catastrophe. Mais personne n’a rien fait pour le prévenir. Après la catasrophe de la semaine dernière, l’Assemblée Nationale a tentée d’interpeller le ministre PALU concerné par le dossier. Résultat, levé de bouclier des adeptes du lion pende pour prteger le ministre. Les députés du PALU estiment que, parce qu’ils ont contribué à sauver la tête du ministre d’état PPRD Nkulu dans le dossier du crash de l’Antonov à Kingasani, la majorité devaient aussi sauver la tête des ministres PALU, quelques soient leur responsabilités. Il faut signaler en passant que le ministre de l’enseignement superieur qui avait fait bastonner deux journalistes dans son bureau par sa garde personnelle a bénéficier de la même « immunité NKULU » (= immunité à vie de toute personne ayant aidé à sauver la tête de Mr Nkulu ).
Des députés PALU ont été jusqu’ à déclaré devant la haute assemblée qu’après tout, ce n’est pas leur ministre des travaux publics qui est responsable de la pluie. Et puis, depuis combien de temps est-il là pour porter le chapeau de la négligence des autres ?
A Salongo Bimsum, le chic quartier au sud de Lemba, ce qui tenait lieu de route fait maintenant office de site touristique. Les habitants de Lemba viennent, le long du camp des officiers BUMBA MOASO, contempler ce gigantesque ravin qui a remplacé la chaussée sur laquelle ils ont encore roulé la veille.
‘‘Nzela etamboli !’’ (La route a foutu le camp) s’exclame, l’air incrédule, un jeune homme qui gagne sa vie en faisant le taxi sur le tronçon Salongo Bimsum – Super Lemba (Desormais au chômage technique faute de route).
« On ne leur avait rien demandé nous’’, s’emporte une dame. ‘‘Nous nous en sortions pas très mal avec notre route truffée des nids de poule. Les jeunes de Kisenso y mettaient de la terre et des pierres de temps en temps et on roulait cahin-cahan’’.
Des têtes se secouent, des doigts se claquent. Comment en est-on arrivés là ? La question est sur toutes les lèvres. Le gouvernement, aux dires des habitants du quartier, aurait accordé à la société SAFRIMEX le marché de la réfection de la route, aux conditions, entre autres, de préfinancer le début des travaux. Ce que la société fit jusqu’à une certaine hauteur. Non seulement le gouvernement ne paya pas les frais engagés par SAFRIMEX, il ne versa pas non plus le solde nécessaire à la poursuite des travaux.
‘‘Et pourtant nous avons trois ministres dans le quartier’’, s’indigne quelqu’un dans la foule. ‘‘On verra bien par où ils vont passer avec leurs 4X4’’, tranche-t-il avec une satisfaction empruntée au fait d’être maintenant logé à la même enseigne avec leurs excellences. ‘‘Ils ne sont que des locataires, ils vont déménager’’, lui répond quelqu’un d’autre.
Des moulins ont été arrachés par l’eau de pluie et jetés dans le ravin, les tuyaux de la REGISEDO arrachés. Déjà, l’eau était une denrée plutôt rare à Salongo Bimsum. Avec les dégâts de la pluie, les pousse pousseurs se frottent les mains en faisant louer leurs véhicules pour ramener de l’eau de Salongo Nord et Lemba Terminus.
Un gars de la MONUC, un occidental, prend des images sous les huées de la foule. ‘‘Voilà votre gouvernement que vous nous avez imposé, voilà comment il est en train de nous exterminer par Nkunda, par des ANTONOV, par des pluies,… Combien des morts vont-ils nous présenter à la télé le soir ? Dieu vous jugera !’’
Satisfait d’avoir charrié le mundele (blanc) qui s’en va sans demander son reste, ils s’acclament eux-mêmes. Chacun y va de son histoire : ‘‘A Makelele, c’est terrible, tout le pont était sous l’eau. Il y a eu beaucoup de morts’’, raconte une dame à l’air essoufflé. ‘‘A Matete’’, enchaîne une autre, ‘‘ma sœur et ses enfants se sont réveillés dehors. Leur mur de maison qui servait aussi de mur mitoyen s’est écroulé pendant leur sommeil, tuant les enfants de la voisine. Heureusement pour ma sœur, il n’y a eu aucun mort, mais tous leurs biens et habits ont été emportés par les gens du quartier’’.
A Salongo Bimsum, la vie n’était plus gaie depuis un certain temps. Avant la route, le courant électrique et l’eau courante avaient déjà foutu le camp.
En remplacement de l’énergie électrique de la SNEL, les groupes électrogènes et la braise marchent à fond.
Pour la route, les véhicules ont trouvé trois raccourcis. Le plus emprunté passe par le camp Bumba, avec trois barrières, l’une à l’entrée, l’autre au milieu et la dernière à la sortie, avec chacune son droit de passage, à la tête du client (pardon, du véhicule), bien sûr. Le deuxième passe par Salongo Nord, avec sortie sur By-Pass au niveau de l’Arrêt Libaya, et le troisième conduit au rond-point Ngaba en passant par les avenues Malula et Université.
Quant à l’eau, la cité qui s’était autoproclamée ‘‘bientôt quartier le plus propre de Kinshasa’’, malgré sa peur de voir une nouvelle forte pluie emporter les maisons du camp Bumba, contre mauvaise fortune bon cœur, prie Dieu de faire tomber de son ciel cette eau si précieuse, pour se laver et laver les habits, non sans lui avoir demandé d’y aller moins fort cette fois-ci.
