Nord-Kivu : le ras-le-bol 2162

Une séance à huis clos de l’Assemblée Nationale pour traiter de la question de la guerre à l’Est. La proposition a été adoptée à l’unanimité par les députés. La date reste évidemment à fixer, le souhait de tous étant qu’elle le soit le plus tôt possible au regard d’une situation de plus en plus volatile.
Le mérite de ce rebondissement en revient à l’honorable Nsinga Udjuu Ungwankebi Untube, dont la lecture pertinente des événements sur le terrain apporte, une nouvelle fois, la preuve que la IIème République, en dépit de tous les reproches qui lui ont été faits, avec raison il est vrai, a su néanmoins former des élites qui resteront encore pour longtemps des références dans plusieurs domaines d’activités.
Mercredi du haut de la tribune de la chambre basse, Joseph Nsinga intervenait dans le dossier du projet de loi sur la décentralisation actuellement en discussion dans l’hémicycle. Il a dit toute sa surprise et son indignation face à la naissance d’un nième mouvement politico-militaire aux motivations obscures dans le Nord-Kivu, les FAPL du généralissime Kasereka.

Surprise, du fait que depuis la révolte dite des Banyamulenge en 1996, dont on sait désormais qu’elle ne fut qu’une arnaque, les mouvements politico-militaires ne se comptent plus, les uns plus loufoques, sinon plus criminels que les autres, sur un terrain où la mort et le sang ont fini par être banalisés.
Indignation dans la mesure où, s’il faut s’en tenir à la même logique qui a vu la révolte des Banyamulenge se transformer en rébellion soutenue par le Rwanda puis en mouvement de libération téléguidé par des puissances régionales plus ou moins intéressés, il ne peut, une fois de plus, s’agir que de l’arbre cachant la forêt d’une multitude d’intérêts plus ou moins avouables.

()

Nébuleuse

Le patriarche Joseph Nsinga Udjuu Ungwankebi Untube n’a pas tort de se méfier et d’exiger un débat de fond, les yeux dans les yeux. Rapports des ONG des droits de l’homme, des agences onusiennes et des organisations humanitaires faisant foi, la plupart des mouvements politico-militaires qui écument l’ex-Kivu ont tous été cités dans les massacres, les vols et les viols, les trafics d’armes et des matières premières, le pillage des ressources du sol et du sous-sol.
Episode dramatique, s’il ne fut pas cocasse, les participants au Dialogue Intercongolais se souviennent, notamment, que lorsqu’il fut question de déterminer la participation de l’entité Maï-Maï , la grande surprise a été de découvrir que chaque « composante » avait ses Maï-Maï : le gouvernement, le RCD, le MLC.
La tare n’a toujours pas évacué la scène politique congolaise, régulièrement traversée par des prises de position contradictoires des leaders Maï-Maï. De sorte qu’aujourd’hui encore, analystes et observateurs sont fondés à se demander qui est Maï-Maï et qui ne l’est pas. Dépassés, certains Congolais ne désignent plus l’entité que sous le vocable de « Nébuleuse Maï-Maï », un doux euphémisme destiné à exprimer tout le doute et toute l’incompréhension qui habitent la plupart de nos compatriotes sur les exploits, à l’instar de ceux du sinistre et non moins célèbre Maï-Maï Gédéon, de ces nationalistes d’un genre particulier, lesquels à défaut de combattre l’envahisseur, se rabattent avec une violence inouïe sur leurs propres concitoyens.
Mais la véritable question que ne vont pas manquer de soulever les députés lors de leur séance à huis clos sera celle de savoir qui entretient cette nébuleuse, qui lui fournit armes et logistique et pour quelle fin. Au moment où l’urgence, dans les Kivu, est de savoir qui fait quoi sur le terrain, pourquoi, comment et avec quels effets, afin de démêler les vrais nationalistes des aventuriers et autres bandits de grands chemins, les vrais fils de ce pays des traîtres à la nation inféodés au parti de l’étranger, nul doute que les surprises seront énormes. A l’image de ce douloureux constat : tout, aujourd’hui, se passe dans l’ex-Kivu, comme si le dialogue intercongolais n’avait jamais eu lieu, comme s’il n’avait jamais recommandé aussi bien le désarmement et la démobilisation de tous les groupes armés sans exception, que le retour des anciens rebelles rwandais dans leur pays, la fin des hostilités aussi bien que la réconciliation interethnique. Tout se passe, malheureusement, comme si le processus devait plutôt être recommencé à zéro pour le plus grand bénéfice de ces chefs de guerre pour lesquels la violence est le moyen le plus sûr pour conquérir le pouvoir, la considération et la richesse. Exactement sur le modèle d’un certain dialogue intercongolais qui avait estimé que la paix et la sécurité valaient bien une prime à la belligérance.

D’une cause à l’autre

Lors de son dernier séjour à Goma, le chef de l’Etat a pourtant tenté de prendre le contre-pieds de cette façon de voir les choses en indiquant que personne, pas plus Nkunda que les autres, ne devait s’arroger le droit de défendre l’une ou l’autre communauté, la charge de protéger les personnes et les biens sur l’ensemble du territoire national revenant aux forces de l’ordre. Joseph Kabila ne croyait pas si bien dire au regard de la confusion qui règne aujourd’hui sur le terrain, où circulent allégrement tenues, armes et munitions dans une ambiance qui n’est pas toujours pour faciliter la tâche des Fardc, souvent en proie à un ennemi sans visage, prenant tour à tour, selon les circonstances, les couleurs de la dissidence animée par Laurent Nkunda, de la criminalité à travers certaines alliances ponctuelles entre « résistants » et Fdlr, ou encore du banditisme de grand chemin.
Le danger est que la situation pourrait finir par lasser des compatriotes qui ne sont pas loin de penser que c’est en effet cette tendance à tout mélanger, à vouloir tout faire, tout régler selon ses humeurs, ses penchants ou ses atavismes qui est à la base du pourrissement actuel dans l’Est de la RDC. Si Nkunda devait en effet être le prétexte à toutes les dérives, mais pourquoi cela ne va-t-il pas mieux en Ituri ? Pourquoi donc ces alliances ponctuelles contre nature entre certains « résistants » et les forces négatives ? Pourquoi l’extraordinaire mobilisation qu’on sent sur le terrain ne produit-elle pas toujours les résultats escomptés ? Pourquoi des résistants se retrouvent-ils toujours sur les listes noires des pilleurs et des violeurs ? Pourquoi, enfin, n’y a-t-il pas unité de pensée et d’action entre eux contre l’ennemi commun ?
En début d’année, l’opinion apprenait la naissance du « Front National pour la Résistance/Forces Patriotiques Congolaises (FNR/FPC) dirigé par un certain « Colonel » Freddy BANDU WA BINGI. Ensuite, celle de la Coalition des Résistants Patriotes Congolais (PARECO) animée par le « Colonel » KAKULE SIKULI La Fontaine comme « Coordonnateur » et « Commandant en chef ». Que sont devenus ces mouvements ? Les FAPL du « Général » Kasereka ont-elles vocation à remplir un vide constaté sur le terrain ou à jouer leur propre partition ? Quelle cause sera la leur en plus de celle déjà défendue par la PARECO, le FNR/FPC ainsi que d’autres entités ?
En vérité, la crise du Kivu ressemble à un jeu des ombres, dont les tireurs des ficelles se trouvent ailleurs, tapis dans des bureaux climatisés. Mais aussi, pour les aventuriers de tous bords, l’occasion d’aller à la mangeoire, de participer au pillage, de s’enrichir en tuant et en violant sous le couvert de l’idéologie nationaliste. C’est ce qu’a compris, pour mieux le dénoncer, le député Nsinga Udjuu.

2007-10-25

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top