Journée de commémoration des victimes rwandaises et congolaises samedi 10 novembre 2007 à 14 heures 2164

Nous ne nous fatiguerons pas de lutter pour la justice dû aux millions de victimes congolais depuis l’importation au Zaïre de la guerre civile rwandaise en 1996. Il apparait chaque jour que parmi les victimes de ces tueries barbares, il y a un peuple qui a aussi payé un lourd tribu, il s’agit des rwandais vivants au Congo comme réfugié ou autrement. Une journée de commémoration des victimes rwandaises et congolaises des massacres perpétrés au Congo par l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) depuis la 1ère invasion de ce pays en octobre 1996 sera célébré ce samedi 10 novembre 2007 à 14:00 à Bruxelles: Centre Culturel Cité Culture(Cité Modèle) Allé du Rubis, 1020 Bruxelles.
Que tous ceux qui partagent le souci des millions de morts de cette guerre sans « cause » viennent participer à cette journée afin d’entendre ce qui va s’y dire. En attendant ce moment nous publions l’intervention de Mme Victoire Ingabire Umuhoza, présidente de FDU (Forces Démocratiques Unifiées) lors du Colloque « La France et le drame rwandais: politique, acteurs et enjeux » tenu à Paris, le 20 octobre 2007. Cette intervention donne envie de l’entendre en live!

« Suite à la guerre déclenchée par le Front patriotique rwandais, FPR, le 1 Octobre 1990 et ses cohortes de tueries de masse ainsi qu’à l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion présidentiel rwandais, que tous les observateurs impartiaux considèrent comme le détonateur du génocide rwandais, un Rwandais sur trois fut emporté par cette folie meurtrière faite de crimes de génocide, de crimes de guerre et d’autres violations graves du droit humanitaire international d’une ampleur et d’une barbarie innommables. Il n’ y a aucune famille rwandaise qui ne déplore la perte d’au moins un de ses membres. Les FDU condamnent énergiquement tous ces crimes. Nous nous inclinons devant toutes ces victimes, nous honorons leurs mémoires et compatissons à la douleur des survivants, sans aucune distinction.

Lors de la création par le Conseil de Sécurité de l’ONU, le 08 novembre 1994, du TPIR, chargé de juger les auteurs de crime de génocide, de crime de guerre et des crimes contre l’humanité commis sur le territoire rwandais, et sur le territoire d’Etats voisins entre le 1 janvier et le 31 décembre 1994, le peuple rwandais a un moment cru à la possibilité d’une justice impartiale, sous les auspices de la Communauté Internationale. Une justice pouvant aider à mettre un terme à l’impunité et constituer une solide fondation pour la réconciliation nationale au Rwanda. C’est pour cette raison que le peuple rwandais a salué avec grand espoir cette décision.

Aujourd’hui 13 ans après, le peuple rwandais est complètement déçu par ce tribunal, qui est devenu un instrument politique au service d’intérêts étrangers à la justice et à la réconciliation. Le TPIR est l’incarnation même d’une justice des vainqueurs. Il est utile de rappeler que le général Kagame et son équipe au pouvoir aujourd’hui sont co-responsables du drame rwandais comme le confirme un des transfuges du FPR, le lieutenant Ruzibiza . Ce dernier affirme que l’ Armée Patriotique Rwandais ( APR), dont le chef suprême et le général Kagame a massacré les gens de toutes les ethnies avec pour objectif de semer l’anarchie pour faciliter sa prise du pouvoir, au prix même de l’extermination de tout un peuple. Et le général Dallaire commandant des Forces de l’ ONU au Rwanda ( MINUAR), dans son livre intitulé « J’ai serré la mais du diable » écrit : « Quand j’ai demandé à Kagame d’aller directement à Kigali pour arrêter les massacres des Tutsi, il m’ a répondu que s’ il y avait un prix à payer, ce serait à ces Tutsi de le payer! »

Aujourd’hui les familles des victimes ne comprennent pas pourquoi, 13 ans après sa création, le bureau du procureur général du TPIR, dont le chef est Mr Hassan Boubacar Jallow, laisse les crimes du FPR impunis, alors qu’ il existe des témoignages abondants et accablants à charge des membres du FPR.

Si le TPIR avait mis fin à l’impunité dont jouissent les criminels au sein du gouvernement FPR, les 8.0000 personnes déplacées des camps de Kibeho (Sud-Ouest du Rwanda) n’auraient pas été massacrées, en une seule journée, le 22 avril 1995.

Si le TPIR avait mis fin à l’impunité dont jouissent les criminels au sein du régime FPR, 300.000 réfugiés rwandais et Congolais d’expression rwandaise n’auraient pas été massacrés dans les forêts congolaises. Si le TPIR avait mis fin à l’impunité dont jouissent les criminels au sein du régime FPR, la République Démocratique du Congo n’aurait pas été envahie. Elle n’aurait pas été le théâtre d’une guerre régionale. Les 4 millions de Congolais, morts directement ou indirectement à cause de la guerre d’agression lancée contre elle à partir de Kigali, seraient encore en vie.

Si le TPIR avait mis fin à l’impunité dont jouissent les criminels au sein du gouvernement FPR, il n’y aurait pas eu de tentatives de sécession du Nord-Kivu, abusivement présentées par un agent aux ordres de Kigali, sous la couverture de revendications fallacieuses et 700.000 Congolais déplacés par cette nouvelle agression seraient tranquillement occupés à se reconstruire et à reconstruire leur province.

La communauté internationale doit comprendre que l’indifférence manifestée envers tous les morts non Tutsi dans la région des Grand Lacs sera interprétée ni moins ni plus comme une complicité de génocide et en tout cas comme une caution aux crimes contre l’humanité imputables au régime FPR, responsable de ces massacres.

L’émission par le juge antiterroriste français, Bruguière de mandats d’arrêt internationaux contre 9 membres du FPR impliqués dans l’attentat qui a emporté la vie de 2 Chefs d’Etat, Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, et leurs suites a montré que personne n’est au dessus de la loi. Le peuple rwandais espère que cette lueur d’espoir ne sera pas sacrifiée pour des intérêts géopolitiques qui pourraient peser lourd sur la justice.

Face à ce déni de justice qu’incarne le TPIR, en particulier le Bureau du Procureur H.B. Jallow, la juridictions mises en place par le régime FPR ne sont évidemment pas une alternative. Les dirigeants du régime FPR, en tant que responsables de crimes inouïs, ne peuvent être, évidemment pas être juges et parties. Ils se sont d’ailleurs disqualifiés eux-mêmes en refusant d’entamer la moindre enquête sur leurs crimes, à commencer par l’attentat du 6 avril 1994 qui déclenché l’horreur que tout le monde connaît. Et les gesticulations judiciaires auxquels le régime se livre depuis quelques années n’y changeront rien. En effet, ce n’est qu’à cause de la tournure des événements entourant les suites de l’enquête du juge Bruguière que Kigali a mis sur pied un prétendu « comité d’experts » chargé de déterminer les causes de ce qu’il appelle un « accident d’avion».

Quant à la réponse aux juridictions « Gacaca » ventées comme une justice alternative et réconciliatrice, dont le but déclaré était de désengorger des prisons qui craquaient sous le poids de plus de cent mille détenues, elles ont réussi l’exploit inverse. Elles ont produit plus de 700.000 suspects et provoqué un flux de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés vers les pays voisins, que le régime FPR s’empresse de présenter comme des « immigrés illégaux », poussant son outrecuidance jusqu’à recourir, comme en 1996-97 à des rapatriements forcés, qui génèrent encore d’autres violations de droits élémentaires et un nouveau flux de réfugiés quelques mois plus tard.
Pendant ce temps, des milliers de personnes sont détenues depuis plus de onze ans sans dossiers. Les juridictions « gacaca » atteignent les cimes du cynisme lorsqu’elles libèrent les criminels qui plaident coupables et les renvoient cohabiter avec leurs victimes alors même que les milliers d’innocents, qui évidemment refusent de s’accuser de crimes qu’ils n’ont pas commis, croupissent en prison !

Le gouvernement FPR invoque parfois, pour justifier ce déni de justice, le manque de moyens logistiques et humains. Mais cela n’est qu’une diversion car on se rappelle qu’en 1995 le FPR a refusé une offre du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ainsi que celle du gouvernement hollandais visant à dépêcher sur place des juristes étrangers pour aider à remettre sur les rails le système judiciaire.

Véritables juridictions d’exception, les juridictions « gacaca » restent bien en deçà des standards internationaux en matière des droits humains. Les accusés n’ont droit à aucun conseil juridique et compte tenu de l’extrême politisation de cette instance, des personnes accusées de mêmes crimes peuvent se voir versées dans différentes catégories de peines différentes. Alors que la réconciliation était le fondement de leur fonction traditionnelle, en plus d’être en dessous des normes, elles ne remplissent pas non plus cette fonction réconciliatrice. En effet, elles ne connaissent de crimes que pour autant qu’ils n’aient pas été commis par des membres du FPR ou de sa branche armée.
Ainsi donc, elles connaissent de tous les crimes contre l’humanité commis au Rwanda, notamment le crime de génocide et les crimes de guerre, à l’exception de ceux commis par les membres du FPR et de son armée. Actuellement, seuls sont jugés les membres de la communauté hutu suspectés d’implication dans le crime de génocide envers les Tutsi. Le régime de Paul Kagame interdit à ces juridictions Gacaca d’être saisies des crimes que les membres du FPR ont commis contre la population civile innocente. Les criminels au sein du FPR jouissent d’une totale impunité pour tous les crimes de sang commis contre des membres de la communauté Hutu.

Les juridictions Gacaca n’ont pas été mises en place pour désengorger les prisons, mais pour servir à une épuration politico-ethnique. Lundi le 14 mars 2005, le Secrétaire général au Ministère de la justice déclarait que 761.448 personnes suspectées d’avoir pris part au génocide des Tutsi avaient été identifiées lors des enquêtes judiciaires menées par les tribunaux Gacaca (AFP du 15 mars 2005). Le même jour la Secrétaire exécutive du Service national des juridictions Gacaca au Ministère de la justice, déclarait devant le parlement rwandais que 668 personnes occupant des postes de direction au Rwanda, dont trois membres du parlement, étaient suspectées de génocide et devraient démissionner de leurs fonctions. Les Gacaca sont donc devenus un outil pour parachever l’épuration ethnique et écarter complètement des « insoumis politiques » dans les instances étatiques et paraétatiques.

L’ingérence journalière du pouvoir exécutif et du FPR dans le système judiciaire paralyse la justice au Rwanda et ne peut en aucun cas favoriser la réconciliation. Cette réconciliation est d’autant plus impossible avec une Constitution qui consacre l’impunité, dans un système où certains ont le privilège de pleurer et d’enterrer leurs morts, tandis que d’autres n’ont même pas le droit de pleurer les leurs. C’est pourquoi il sera difficile de parler de la réconciliation nationale, source de stabilité au Rwanda et dans la région des Grands Lacs, sans justice équitable pour toutes les composantes de la société rwandaise.

Quelle justice pour les victimes de la tragédie rwandaise ?
Ajoutant le cynisme au déni de justice, le Procureur du TPIR HB Jallow a planifié de transférer au moins trente affaires aux juridictions du régime FPR, dans ce qu’il appelle pudiquement sa stratégie d’achèvement de mandat. Alors qu’il vient de rempiler pour un nouveau mandat de quatre ans, H.B. Jallow se prépare à fermer les portes du TPIR et à envoyer dans les prisons de Kigali, ses condamnés et ses prévenus.

Dans son dernier rapport de plus de trente pages sur les progrès enregistrés dans sa stratégie d’achèvement, le Président du TPIR ne consacre qu’une ligne aux enquêtes spéciales et aux poursuites concernant les membres du FPR. C’est tout dire !

Les Forces Démocratiques Unifiées s’opposent au transfert des procès d’Arusha au Rwanda car c’est en contradiction avec la résolution 955 du conseil de Sécurité qui créa le TPIR sur base du rapport préliminaire S/1994/1125 ainsi que le rapport final S/1994/1405 de la Commission Impartiale des Experts des Nations Unies sur le génocide rwandais de 1994. Ce rapport accusant les deux belligérants rwandais en 1994 d’avoir tous deux commis des crimes contre l’humanité et des violations graves du droit humanitaire international. C’est ce qui avait conduit à établir le TPIR, hors du Rwanda. Il s’agissait de le soustraire des pressions du régime FPR dans une tentative de créer les conditions propices à une certaine impartialité.

Le régime FPR est incapable de garantir les droits de la défense, attaque les conseils des prévenus et menace la sécurité des témoins à décharge vivant à l’intérieur du pays. Dans ces conditions, comment peut-il garantir la sécurité des témoins de la défense, obligés de rester en exil ? Dans ces conditions, comment peut-on imaginer qu’il soit possible que les procès qu’il organiserait soient équitables ? D’autre part, qui peut garantir aux victimes du FPR que les affaires impliquant ses membres, à commencer par Paul Kagame lui-même, pourraient être jugées ? Un suspect peut-il rendre justice à ses victimes ?
Le transfert des affaires et des détenus vers Kigali ne relève ni de la justice, ni de la morale. Il relève non pas de la justice mais l’accomplissement de desseins politiques. La prolongation du mandat du TPIR, l’instruction et la mise en accusation à charge des éléments du FPR sans tarder sont les seules décisions raisonnables que l’on en droit d’attendre du Conseil de Sécurité, s’il veut rendre justice et aider à bâtir un Rwanda stable et pacifique. Les controverses entourant la nomination du Procureur H.B. Jallow doivent être clarifiées. Le Conseil de Sécurité devrait charger le Secrétaire Général des Nations Unies de mener une enquête sur ces les circonstances de la nomination de H.B. Jallow, ses liens présumés avec les dirigeants du FPR ainsi que sur ses agissements depuis son premier mandat et nommer un nouveau Procureur, si les conclusions de cette enquête confirment les charges et les soupçons qui pèsent sur lui.

Si ce tribunal venait à fermer ses portes sans accomplir totalement sa mission déclarée qui est de rendre la justice équitable au peuple rwandais, seule susceptible de l’ aider à se réconcilier, alors le Conseil de Sécurité de l’ONU aura contribué à semer la guerre et l’insécurité et non à rétablir la sécurité et préserver la paix dans la Région des Grands Lacs.

En fin de compte, si ces mauvaises perspectives devaient se réaliser, il ne restera en définitive, qu’au peuple rwandais dans sa souveraineté, de se donner lui-même, les juridictions impartiales et indépendantes dont il a besoin, par tous les moyens légitimes possibles. Ce sera à lui et à lui seul de se donner les moyens d’appréhender les criminels que la justice internationale aura chargé de rendre justice à sa place mais avec son soutien financier et matériel. Cette perspective ne peut que s’accompagner de nouveau drames. C’est pourquoi les FDU y sont totalement hostiles. Le FPR est impliqué dans les crimes que le Conseil de Sécurité s’apprête à lui demander de juger. Les FDU ne l’accepteront jamais. Elles proposent plutôt que tout soit mis en œuvre pour instaurer dans le pays une justice impartiale, indépendante et équitable. Une justice qui devrait mettre un terme au déni de justice et à la parodie de justice auxquels on assiste aujourd’hui.

Elles s’assureront que cette justice recherche toute la vérité sur le drame rwandais, établisse les responsabilités individuelles, punisse effectivement les véritables coupables sans discrimination et attribue de justes réparations aux victimes ou à leurs ayants droits. Elles devront également recoudre le tissu social et installer dans la vie de tous les jours, le principe de la responsabilité criminelle individuelle et garantir la fin de la présomption de culpabilité criminelle collective devenue la règle dans la société rwandaise. En fin de compte, la seule justice possible pour tous, est celle qui sera garanti par un Etat démocratique. La dictature militaro sectaire et affairiste au pouvoir à Kigali doit faire place à une démocratie moderne, inclusive et pacifique. C’est pour cela que cela constitue la mission principale des Forces Démocratiques Unifiées.

Je vous remercie. »

Ci-dessous le programme détaillé pour le 10 novembre

Date : Samedi 10 novembre 2007 à 14 heures
Lieu : Centre Culturel Cité Culture (Cité Modèle)
Allée du Rubis – 1020 Bruxelles
Accès : Métro Roi Baudouin, Bus 88
Contact : ++(0)473.97.80.65 Web : www.fdu-rwanda.org
Avec le soutien de plusieurs personnalités, associations et
groupes rwandais et congolais engagés dans la recherche et la
promotion de la vérité sur la tragédie de la région des grands lacs
d’Afrique.
Un livre dédié à la consignation de la mémoire des proches
assassinés ou disparus sera mis à la disposition du public.
Programme
14h : Célébration religieuse
multiconfessionnelle animée par des
groupes de chants
15h : Allocution de circonstance prononcée
par le Vice-Président des FDU-INKINGI
15h15 : Témoignages de rescapés de ce
carnage (des rwandais et un
Parlementaire congolais)
16h15 : Projection du film documentaire
« Kisangani Diary » (loin du Rwanda)
réalisé par Hubert Sauper sur la
longue marche des réfugiés fuyant les
combats
17h15 : Mot de clôture de la Présidente des
FDU-INKINGI.

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