Les 22 et 23 mars 2007, Kinshasa avait basculé dans l’horreur. Le bilan n’est pas encore exhaustif. Mais ce qui demeure vrai, c’est qu’il y a eu des centaines de morts en plus des dégâts matériels très importants. Mais une chose est aussi vraie, les 22 et 23 mars 2007, ces deux jours ont failli faire basculer la République démocratique du Congo dans l’incertitude. Il y a eu un arrêt, momentané bien sûr, du processus politique. Ces événements ont imprimé un autre tournant à ce processus politique. Il faut désormais regarder l’avenir avec un autre regard, beaucoup plus critique, pour autant que plus rien ne sera comme avant. Evidemment, la question que l’on doit se poser maintenant est celle de savoir quelle est la voie à suivre. La continuité vers la démocratie ou un nouveau glissement vers le monolithisme ?
Les événements tragiques des 22 et 23 mars 2007 auront effectivement des effets d’entraînement sur la poursuite du processus politique en République démocratique du Congo. Autant que l’on doit déplorer des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants, autant il faut s’interroger sur la suite des événements dans notre pays avec un regard beaucoup plus critique. Car, une chose est vraie, et jusqu’ à preuve du contraire, les choses ne seront plus comme avant les 22 mars 2007. Trêve d’illusion.
En effet, la République démocratique du Congo vient de s’engager dans un autre tournant encore insondable. Certes, le Président de la République continue à rassurer l’opinion tant nationale qu’internationale que des efforts seront maintenus pour aller de l’avant afin de préserver les acquis de la paix, de la sécurité dans la perspective de la refondation de la République. Mais devant cette lutte d’influence des « Colombes et des Faucons » à laquelle est soumise désormais le Pouvoir central, l’on est en droit de se poser un certain nombre d’interrogations. Comment va se comporter cette majorité écrasante dès lors que cette victoire militaire risque de susciter en elle des attitudes radicales ? Que dire de cette opposition constitutionnelle qui doit désormais se reconstituer si jamais le président national du MLC et le chef de file de l’Union pour la démocratie prenait le chemin d’exil ?
TOUT LE MONDE RETIENT SON SOUFFLE
Il y a lieu de s’interroger et de s’inquiéter. En effet, la poursuite du processus démocratique dépend dorénavant de la lutte d’influence que mènent les « Colombes et les Faucons » dans le camp présidentiel. Si les premiers arrivent à convaincre le président de la République à garantir un espace politique pluraliste reposant sur un débat contradictoire sur fond de liberté d’expression, la poursuite du processus démocratie se porterait à merveille. Dans ce cas on peut espérer introduire des initiatives de dialogue porteuses d’espoirs afin de détendre l’atmosphère et s’attendre à des nouvelles propositions politiques, dans le cadre institutionnel s’entend, pour tendre vers des résultats positifs.
Mais dès lors que ce sont les « Faucons » qui l’emporteraient, à l’image de ce dernier succès militaire, l’on assistera à un durcissement de comportement dans le camp du pouvoir contre l’Opposition. Il y aurait par conséquent moins d’ouverture et l’espace politique sera réduit, plus d’intolérance et presque pas de débat contradictoire. L’option serait que la majorité ayant le pouvoir, elle doit gouvernement selon sa vision. Dans ces circonstances, la démocratie sera piégée. La gestion politique prendrait alors en ces instants une tournure qui ne favoriserait nullement l’instauration d’un Etat de droit. Qu’adviendra-t-il ? Chacun retient toujours son souffle
Inquiétude. Les institutions internationales, Onu et Union européenne, viennent d’appeler les parties congolaises au dialogue, à la tolérance et surtout au respect des institutions de la République issues des élections. Dialogue pour autant que seule le compromis politique conduit à une paix durable ainsi qu’à la stabilité des institutions. Et dès lors que l’on s’est engagé dans un Etat de droit, autant la majorité gouverne dans le respect strict des principes démocratiques sur fond de la liberté d’expression, autant l’Opposition devra jouer son rôle de contre-pouvoir sans oppression mais au sein des assemblées des institutions nationales.
DE LA COOPERATION STRUCTURELLE
Les graves incidents des 22 et 23 mars 2007 ont laissé un goût amer dans le cadre des relations bilatérales et multilatérales entre la RDC et les partenaires extérieurs. L’élan qui s’était dégagé aux lendemains des élections s’est quelque peu refroidi. Comme si l’ on observait déjà un arrêt dans le domaine de la coopération structurelle. De nombreuses missions diplomatiques qui devraient avoir lieu en République démocratique du Congo ont été ajournées. De même l’exécution de certains projets. Tel le cas de la Grèce qui a réaffecté les ressources qui devraient être mises à la disposition de la RDC à la réfection de sa chancellerie endommagée par des obus militaires.
L’on assiste là à un tournant dans le cadre de la coopération structurelle qui oblige les partenaires extérieurs à tester désormais la capacité des autorités congolaises à rétablir réellement un Etat de droit au Congo. L’élan a été quelque peu brisé, les contraignant à adopter une attitude prudente, attentiste, car, disent-ils, on ne sait jamais…
Décidemment, c’est un moment vraiment crucial de l’après-élection en RDC. Le tournant du 22-23 mars 2007 devra nécessairement conduire au renforcement des capacités politiques des dirigeants congolais. Mais il n’y a qu’une alternative : sauver la démocratie ou basculer dans le monolithisme.
