Comment a été vécu la bataille de Kinshasa par les kinois? Le correspondant de www.culturek.net à Kinshasa nous a envoyé ce tour d’horizon des conséquences pratiques de la guerre de Kabila contre Bemba. Le bon sens pragmatique qui transparait de ce texte montre à quel point les préoccupations du peuple sont aux antipodes de celui du gouvernement.
La bataille de Kinshasa a provoqué des dégâts terribles dans le vécu de tous les kinois. L’une d’elle, et pas de moindre, fût la flambée des prix observée dans les marchés kinois. Les prix des denrées alimentaires de premières necessités et d’autres services ont doublé du jour au lendemain. Bien que seule la commune de la Gombe fût le théâtre des affrontements, dans les autres communes les habitants ont eu du mal à trouver du pain le vendredi matin. Et quand ils en trouvaient, ce produit qui coûte habituellement 50 fc a vu son prix passer à 100 FC voire même 150 FC.
Le « sakombi » de farine de manioc (sakombi = verre de mesure usuelle nommé en référence au gouverneur Sakombi qui l’instaura dans les années 70) qui coûte entre 100 et 150 francs habituellemnt se vendait à 300 francs et plus.
Ces deux jours de « guerre » ont été un vrai calvaire pour les kinois à cause de la spéculation des commerçants. La guerre ayant été une surprise pour tous, très peu de gens avait fait des provisions. De toute façon, à Kinshasa, qui fait des provisions? A cause des problèmes de courant, la nourriture est achetée au jour le jour. Elle est cuisinée le jour même pour être commencée en fin d’après-midi, début de soirée. De ce fait, les familles kinoises ne font qu’un repas par jour. Avec un tel système beaucoup d’entre elles ont passé ces deux jours sans rien à se mettre sous la dent.
La crise du carburant a eu une conséquence directe sur le prix des transports en commun. Le prix de la course a quasiment doublé. Il faut signaler que les stations services n’ont pas fonctionné pendant la crise, d’où pour se fournir en carburant, les automobilistes n’avaient qu’à se tourner vers les « Kadhafi » (vendeurs de carburants à la sauvette. Metier apparu dans les années 80 au moment d’une flambée de la crise des terroristes, d’où le sobriquet données au trafiquant de carburant en référence au president libyen…)
Comme nous avons pu le constater, cette « guerre » a causé une crise économique grave dont les seules victimes sont les plus démunis et ce jusqu’au week-end. La question qui est sur toutes les lèvres à Kinshasa est de savoir ce qui allait arriver si la garde du sénateur avait tenu pendant plus d’une semaine?
Face à tous les defis importants auxquels fait face le pays n’y avait-il pas mieux à faire que le désarmement des militaires de Bemba? Très peu de kinois considèrent cette question comme prioritaire.
Surtout quand on voit que le problème de Kahemba n’a pas encore trouvé de solution, les arriérés de salaire des fonctionnaires de l’Etat n’ont pas encore été abordé l’insécurité qui règne à l’Est du pays …
Tout cela ne paraît pas préoccuper outre mesure le gouvernement Gizenga.
L’opinion voudrait à présent voir le gouvernement à l’œuvre puisqu’il a mis hors d’état de nuire celui qui, apparemment, « l’empêchait de travailler ».
Jusqu’à présent les cinq chantiers prônés par le chef de l’état, on en a pas encore vu le début de réalisation.
On ne peut conclure ce tour d’horizon sans signaler que pendant ces deux jours de folie meurtrière plus de 200 innocents ont été touchés par des balles et des obus qui ne leur étaient pas destinés. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour que ces personnes soient prises en charges.
L’opinion demande au gouvernement à l’avenir de régler ses differents par la diplomatie plutot que par la violence. Il ne faut plus dérranger les familles kinoises qui vivent au jour le jour par des guerres intempestives. L’Etat, ne payant plus personne, ne doit pas empêcher les gens d’aller chercher de quoi nourrir leur famille sous prétexte que Bemba doit être désarmé…
