A Paris, à Lyon, à Bruxelles, à Londres, en Suisse, en Irlande, etc. des congolais se sont mis debout le jour du 46 ème anniversaire de leur pays pour marcher. Au lieu de fêter cet anniversaire, ces « marcheurs » réclamaient la fin du néocolonialisme et de l’esclavagisme entretenus par les puissances d’argent avec la complicité de certains fils et certaines filles du Congo et/ou des étrangers ayant dirigé ce pays pendant une dizaine d’années depuis la chute de Mobutu.
Si l’allusion à ces marches à Bruxelles (le jour même) a été fait pendant moins d’une minute à la télévision RTL-TVI, La Libre Belgique en a parlé (le jour suivant) mentionnant « un petit millier » des Congolais y ayant participé.
Traitant de cette marche, il peut se faire que l’on passe à côté de l’essentiel ; qu’on se limite au nombre (« un petit millier », 750, 5000.000) et que l’on refuse de pénétrer en profondeur la symbolique en elle-même. Marcher, se mettre debout, c’est attester que l’on est vivant et qu’on ne voudrait pas continuer de ramper à plat ventre face aux prédateurs capitalistes. Pour une nième fois, des regroupements des Congolais ont chanté leur hymne « debout Congolais » en action. Voilà ce qui importe : l’action.
Souvent, les actions transformatrices des communautés humaines, n’ont jamais été, à leurs débuts, les faits des masses. L’action de Jésus-Christ, de Martin Luther King, de Gandhi et un peu plus tôt celle de Socrate n’ pas connu, à ses débuts, un engouement des masses.
L’accent mis sur (le petit ou) le grand nombre comme signe de la participation unanime à la pensée transformatrice des peuples est tributaire du déterminisme économiciste entretenu par « les petites mains médiatiques » d’une société oublieuse de ses luttes passées et présentes et ayant réduit la pensée au calcul. Aussi, la préoccupation pour le grand nombre est-elle le fait de ceux et celles qui, en position de définition des œuvres des autres, les déprécient et confondent « majorité », « minorité » et nombre. « Un groupe peut être minuscule et majoritaire, il suffit pour cela que les thèmes qu’il propose soient définis comme « en droit » valable pour tous. » Il suffit qu’il porte le rêve de la généralisation de ces thèmes de façon impérialiste. « Minoritaires sont les groupes à qui ne pourrait venir le souhait, voire l’idée, que tout le monde soit comme eux. » Au contraire, « s’ils pensent aux autres, ce sera toujours à d’autres minorités, avec lesquelles des connexions seraient possibles, des rencontres et des alliances qui n’homogénéisent pas l’hétérogène mais donnent à chacun de nouvelles puissances d’agir et d’imaginer. De fabuler. » (Lire PH. PIGNARRE et I. STENGERS, La sorcellerie capitaliste. Pratique de désenvoûtement, Paris, La Découverte, 2005, 146)
Une appréhension de « la majorité » et de « la minorité » sous d’autres angles que ceux de « la sorcellerie capitaliste » peut permettre un jugement équilibré sur la renaissance du Congo à travers ses filles et fils fuyant la position couchée en se mettant debout pour marcher.
Dans les capitales européennes susmentionnées, ils se sont retrouvés venant de tous les horizons : des partis politiques et des mouvements associatifs. (Contrairement à ce que raconte une certaine presse belge, la marche de Bruxelles a été l’initiative du groupe de pression « Bana Congo » et de ses alliés.)
A travers ces marches, « les minorités congolaises » interconnectées ont fait l’expérience de d’une audace collective. Le souhait serait qu’elles continuent d’oser collectivement en faisant attention, en se protégeant de la puissance de la déconnection du camp en face, celui des esclavagistes et néocolonialistes modernes. Ici « la sporadicité » des actions est une mauvaise conseillère ; le suivi, une politique efficace, à terme. A ce point nommé, une presse locale- nous ne le dirons jamais assez- reste indispensable. Le combat médiatique contre les peuples cherchant à vivre debout n’est pas une anecdote. Il serait irresponsable de s’engager dans la lutte contre les puissances d’argent en comptant sur leurs médias.
Aussi est-il important se poser la question de savoir s’il est possible de mener cette lutte avec les moyens et les méthodes inventés par la démocratie capitaliste. Il est peut-être important d’examiner les ressources et les stratégies de nos luttes passées ayant abouti à des victoires provisoires et voir dans quelle mesure nous les réapproprier pour créer, inventer des contre-méthodes à celles du capitalisme sorcier. Il y a encore du boulot pour ces regroupements politiques, associations et collectifs pour inventer notre devenir commun.
