Les Etats de l’Afrique centrale restent préoccupés par les tensions persistantes dans la région des Grands Lacs, où des groupes armés font régner la terreur et menacent les fragiles processus de transition démocratique en cours.
Réunis jeudi et vendredi à Brazzaville à l’occasion de la 22ème réunion du Comité consultatif permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale, les ministres de la Défense et de la Sécurité de l’Afrique centrale ont déploré les « affrontements » en République démocratique du Congo (RDC), au Burundi et les tensions à la frontière entre la RDC et le Rwanda.
« La situation dans l’est de la RDC est grave », a souligné le secrétaire général adjoint de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) en charge des questions de paix et de sécurité, Nelson Cosme.
Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu (est de la RDC), des éléments des ex-Forces armées rwandaises (FAR) et des milices hutus Interahamwe, responsables du génocide de 1994 au Rwanda, mènent sporadiquement des attaques contre ce pays à partir du territoire congolais, entretenant « la méfiance et des tensions » entre Kigali et Kinshasa, selon les ministres.
Dans la Province orientale, notamment dans la région de l’Ituri, des milices tribales lendu et hema s’affrontent régulièrement pour le contrôle des richesses minières.
La situation s’est considérablement dégradée depuis la mi-décembre dans cette région, sur fond de rivalités politiques entre chefs de guerre. Le 25 février, neuf Casques bleus bangladais ont été tués dans une embuscade tendue par une des milices qui y sont actives, suscitant une riposte musclée de la Mission de l’Onu en RDC (Monuc).
Toutes ces tensions menacent la transition politique qui doit conduire la RDC à des élections générales en juin 2005, après sept ans de guerres (1996-2003) qui ont fait plus de 3 millions de morts, directs ou indirects.
Pour permettre aux autorités de la RDC d’organiser ces élections dans la transparence et le calme, les ministres d’Afrique centrale réunis à Brazzaville ont invité les acteurs de la transition à « surmonter la méfiance qui fait encore obstacle » et la communauté internationale à « appuyer les efforts du gouvernement de transition » à Kinshasa.
Devant l’impuissance des pays de l’Afrique centrale à intervenir militairement dans l’est de la RDC, ils ont aussi invité l’Union africaine (UA) à y envoyer des troupes pour aider le gouvernement de transition à désarmer tous les groupes armés.
A Libreville en janvier, le Conseil de paix et de sécurité (CSP) de l’UA s’était dit prêt à fournir « une assistance à la RDC » pour « désarmer par la force » ces différentes milices.
Les ministres se sont également penché sur la situation au Burundi et ont appelé le mouvement rebelle Palipehutu-Front national de Libération (FNL), dernier mouvement rebelle encore en guerre, à signer un cessez-le-feu avec le gouvernement de transition et à rejoindre le processus de paix.
Les ministres ont toutefois noté des « progrès significatifs » de la situation globale de la sécurité en Afrique centrale, tout en admettant que ces « progrès étaient fragiles ».
Signes de ces progrès, le nombre de pays en conflit est passé de sept à trois (RDC, Burundi et Centrafrique) dans la sous-région.
En Centrafrique, s’est déroulé le 13 mars dernier le premier tour de présidentielle et législatives devant mettre fin à la transition issu d’un coup d’Etat en mars 2003.
Les conflits, expliquent les ministres dans un rapport, sont favorisés par la circulation des armes légères en Afrique centrale où les mesures prises par les différents pays se heurtent à la « porosité des frontières et aux difficultés matérielles ».
