Après avoir présenté les condoléances de la mission onusienne au Gouvernement suite à la mort d’un soldat de la première brigade intégrée des Fardc opérant en Ituri, tué par des miliciens dans une embuscade à Kafé le mardi 22 mars, Kemal Saiki, directeur de l’information publique, a rappelé au gouvernement qu’il était urgent de s’occuper des salaires et de la logistique des militaires. C’était au cours de la conférence de presse hebdomadaire de la Monuc d’hier.
Il a précisé que la Monuc savait que le Gouvernement déboursait mensuellement 8 millions des Francs congolais pour les militaires, mais que cet argent n’arrivait souvent pas à destination. Il a invité le Gouvernement à faire parvenir l’argent, la nourriture et la logistique aux militaires de manière régulière.
Ce problème est sérieux, à en croire Jahala Rabesahala de Meritens, chef d’unité de la Coordination des affaires humanitaires de l’Onu (Ocha). Selon lui, la crise humanitaire était aggravée en Rd Congo par des soldats congolais qui ne percevaient pas leurs soldes et par certaines autorités. Ils rendent alors difficile la tâche des humanitaires par diverses tracasseries. Ainsi des centaines des personnes continuent à mourir non par balles mais tout simplement parce qu’elles n’ont pas accès à la nourriture, aux médicaments et à l’eau potable. Les humanitaires, a-t-il dit, se tournent vers les autorités congolaises pour qu’elles assument leurs responsabilités envers la population civile.
La solde, la nourriture et la logistique font défaut également aux soldats de la première brigade intégrée des Fardc qui a été déployée dans le district d’Ituri. En relatant le film qui a conduit à la mort de ce soldat congolais, le lieutenant Demange, porte- parole militaire de la Monuc, a indiqué que les Casques bleus opérant en Ituri appréciaient leur professionnalisme. Ils ont salué leur bravoure car ils ont pu récupérer sains et saufs deux de leurs camarades pris en otages par les miliciens.
S’agissant du meurtre du soldat, le lieutenant Demange a déclaré qu’il était dans une patrouille de 60 militaires des Fardc en mission de contrôle de zone aux environs de Kafé quand il est tombé dans une embuscade. Ils étaient appuyés par des éléments bangladais. Les opérations de ratissage n’ont donné aucun résultat.
Pour mieux lutter contre les milices, le porte- parole militaire a annoncé l’arrivée imminente de 105 soldats du Guatemala expérimentés dans la capture des miliciens, la détection de leurs caches d’armes et entraînés à conduire la libération des otages pris par les miliciens. Ce contingent sera basé à Kisangani pour une mission de six mois. En plus de ces éléments, la Monuc vient d’acquérir 4 hélicoptères de reconnaissance et 4 d’attaque au sol.
Le travail des soldats du Guatemala pour la capture des miliciens sera peut- être allégé car, selon Mamadou Bah, porte- parole de la Monuc, des progrès notables sont observés dans le processus de Désarmement et réinsertion communautaire (Drc) spécifique pour l’Ituri. A la date du 22 mars 2005, 4.302 ex-combattants ont déposé les armes. Ce nombre ne prend pas en compte ceux qui se sont présentés pour le désarmement. On peut déjà estimer à 4.000 les miliciens qui ont accepté de déposer le armes. A cela, il faut ajouter le centre de transit d’Aru qui accueille 100 miliciens par jour. Rappelons que la Monuc leur accorde jusqu’au 1er avril pour intégrer le processus de Drc.
Sonia Baker de la section Droits de l’homme de la Monuc a parlé des violations des droits de l’homme par des miliciens dans certains territoires comme Djugu, Walungu, Ikpa, Aru., où ils ont tiré sur des gens, ont en tué d’autres, brûlé certains villages et violé quelques femmes.
Le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour la Rd Congo, a dit le porte- parole de la Monuc, est à New York, où il s’est entretenu mardi avec les diplomates des pays contributeurs des troupes pour la mission onusienne en Rd Congo. Hier mercredi, il devrait s’entretenir avec quelques membres du Congrès américain sur le dossier congolais.
Kinshasa sourde à la sonnette d’alarme
Ce n’est pas la première fois que la Monuc interpelle les décideurs de Kinshasa au sujet de la démotivation des troupes cantonnées à l’Est du pays et particulièrement en Ituri. Il convient de relever que le jeudi 10 mars déjà, le Chef adjoint de l’institution onusienne en Rdc, Ross Mountain, reçu alors en audience par le Vice-président de la République en charge de la Commission Economique et Financière, Jean-Pierre Bemba, avait fait part à ce dernier du danger que représentait le non-paiement de la solde des militaires congolais. Il avait tiré la sonnette d’alarme en termes clairs : » . Avec les militaires, lorsque les fonds n’arrivent pas, ils trouvent la solution dans les pillages des populations civiles. Pire, même dans les viols. « . D’où le vou de Ross Mountain de voir le Gouvernement de Transition » régler ce problème pour éviter ou à tout le moins, réduire les exactions vécues dans plusieurs zones du pays, particulièrement celles de l’Est où les populations sont victimes des conséquences du non-paiement de la solde des militaires. « .
En réponse aux préoccupations de son interlocuteur, Jean-Pierre Bemba avait indiqué que le gouvernement » libérait mensuellement près de huit millions de dollars américains pour la paie des militaires sur le terrain « . Selon lui, un rapport d’audit diligenté sur les dépenses engagées par l’Etat dans les opérations militaires dans l’Est du pays se trouvait sa table de travail.
Quelles étaient les conclusions dégagées à ce sujet ? La question reste posée en ce moment où Kinshasa donne la nette impression de faire la sourde oreille aux mises en garde de la Monuc.C’est comme si, quelque part, certains animateurs des institutions de la Transition encourageaient le retour à l’état de guerre non seulement en Ituri mais dans les territoires contrôlés par les ex-rébellions de 1998 à 2003.
