Kofi Annan veut discipliner les Casques bleus 206

Sous le feu des attaques nourries par les scandales, qu’ils soient financiers, comme dans l’affaire «Pétrole contre nourriture», ou sexuels, comme dans la prostitution de mineures, à laquelle ont participé des Casques bleus en République démocratique du Congo, l’Organisation des Nations unies réagit par un tir croisé. Après son rapport de lundi dernier sur la réforme de l’institution et de son fonctionnement, le secrétaire général Kofi Annan a présenté jeudi à l’Assemblée générale une batterie de recommandations pour renforcer les règles de conduite des unités de maintien de la paix.

A l’origine de l’étude qu’il avait confiée au prince Zeid al-Hussein, le représentant permanent de la Jordanie : les accusations d’exploitation sexuelle des populations par des soldats ou personnels de l’ONU censés les protéger. Le problème s’était déjà manifesté dans différents théâtres d’opérations, y compris dans les Balkans. Mais 41% des quelque 105 cas rapportés au Congo l’an dernier concernaient des mineures, que la guerre et la misère conduisaient parfois à monnayer leur corps quand elles n’avaient pas été tout simplement violées. Un civil français des services de logistique de la Monuc (la Mission des Nations unies au Congo) a été remis à la justice de l’Hexagone et a été incarcéré sous la mise en examen de pédophilie.

Couvre-feu et interdiction de fraterniser avec la population locale sont aussitôt venus renforcer un code de bonne conduite facilement oublié dans ce que Jane Lute, secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix, appelle «des circonstances extraordinaires». «De larges déploiements dans des pays où règne le désespoir comportent des risques, comme nous l’avaient déjà enseigné les scandales intervenus en Sierra Leone en 2001-2002. Nous avions dès cette époque constitué un groupe de travail pour formuler des mesures qui sont en grande partie reprises dans le rapport Zeid.»

Celui-ci recommande notamment à l’Assemblée générale de rendre applicables à toutes les catégories d’intervenants (soldats, personnels civils et de police) les règles de l’Organisation édictées en 2003 et prohibant tout contact sexuel avec les po pu lations. Il prône aussi la formation et l’information des Casques bleus et autres personnels, la mise sur pied d’unités d’experts chargés d’enquêter sur toute allégation d’exploitation sexuelle, la coopération des pays fournisseurs de troupes pour la traduction en cour martiale de leurs nationaux fautifs, la pénalisation financière des coupables au profit d’un fonds d’assistance aux victimes et aux enfants nés de liaisons forcées. Mais il prévoit des efforts pour l’amélioration des conditions de vie des personnels des missions, en particulier l’accès gratuit à l’Internet et au téléphone pour rompre leur isolement.

«Les Nations unies ne sont qu’un employeur qui ne peut souvent sévir au-delà du licenciement», souligne Jane Lute. Les suites judiciaires dépendent de la volonté des pays contributeurs, comme l’a rappelé Kofi Annan dans son rapport sur la réforme de l’ONU : «J’ai ordonné une politique de tolérance zéro (…) qui s’applique à tous les personnels participant à des opérations de l’ONU. J’encourage fortement les Etats membres à faire de même avec leurs contingents nationaux.»

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