Kabila pactise avec un chef rebelle 1471

Joseph Kabila a été confirmé président du Congo lundi soir, au terme des premières élections démocratique en 40 ans dans le pays. Et pourtant, l’ancien Zaïre n’est pas au bout de ses peines. Les troupes du chef rebelle Laurent Nkunda, frappé d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre, sévissent toujours dans l’est de la République. De quoi faire ombrage à la prestation de serment du président Kabila, mercredi prochain. À moins que leurs discussions d’hier n’aient produit des fruits.

Saké

Six jours après que les troupes de Laurent Nkunda ont pris d’assaut la ville de Saké, dans l’est de la République démocratique du Congo, le président Joseph Kabila était sur place hier pour négocier avec ce chef des rebelles frappé d’un mandat d’arrêt international.

Le peuple congolais vient de vivre ses premières élections démocratiques en 40 ans. Mais Joseph Kabila n’a été confirmé président que lundi soir, par la Cour suprême. Son adversaire, Jean-Pierre Bemba, conteste le résultat du scrutin.

Le pays a connu 30 ans de dictature et 10 ans de conflit. Malgré des accords de paix, en 2003, l’est de la RDC est toujours sous la coupe de groupes armés. Laurent NKunda est l’un de ces chefs rebelles. Il a l’appui de près de 2000 hommes dans les collines du Masisi, près de Saké, dans le Nord-Kivu.

Samedi matin à l’aube, les troupes de Nkunda ont envahi la ville de 40 000 habitants. Au même moment, la Cour suprême débattait du résultat des élections.

Hier, le nouveau président Kabila a fait les 2000 km depuis Kinshasa. Officiellement, il est venu montrer son appui au peuple de Saké. Il est surtout venu discuter avec Laurent Nkunda.

Le processus de paix entrepris depuis 2003 prévoit l’intégration des différentes brigades armées, même les rebelles, dans les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). C’est la nouvelle armée du pays.

Le processus d’intégration doit être terminé au 31 décembre. Les rebelles tentent de négocier. Peter Kharim, chef d’une milice en Ituri, a récemment été promu colonel de la FARDC. Pour Laurent Nkunda, c’est l’heure de la dernière chance. Même frappé d’un mandat d’arrêt international pour crime de guerre, il tente d’obtenir une clémence.

Visite secrète de Kabila

La venue du président Kabila, entourée du plus grand secret, n’est pas innocente. «Il est en mission. L’idée n’est pas de tuer Nkunda. Après tout, c’est un Congolais», a confié un haut dirigeant de la FARDC sur le terrain.

Pendant que les tractations se déroulent dans les coulisses, plus de 20 000 personnes sont déplacées. Elles s’entassent dans des églises et des écoles bondées près de Mugunga, à une quinzaine de kilomètres de Goma, sur la route de Saké.

Le Programme alimentaire mondial a commencé hier à distribuer de la farine, des haricots et de l’huile pour leur permettre de subsister. «Nous avons fui la maison depuis samedi. Elle est détruite, maintenant. Nous étions 10, mais nous ne sommes plus que sept. Les autres ont été tués», lance Paluka, qui vient de recevoir des vivres.

Les tirs se sont tus, mais les hélicoptères de la MONUC bourdonnent toujours dans le ciel. Ils patrouillent les collines. Cette mission des Nations unies en RDC a été instaurée en 1999. C’est une mission de paix mais, au cours des derniers jours, quatre de ces hélicoptères de combat ont bombardé Saké et les environs.

«La MONUC n’avait pas le choix. Son mandat prévoit la protection de la population», indique Jacqueline Chénard, porte-parole de la MONUC à Goma.

L’attaque se préparait depuis plusieurs jours. Des soldats de la FARDC avaient été appelés en renfort. Des rumeurs couraient dans la population.

Laurent Nkunda sème la terreur. En 2004, il est entré dans la ville de Bukavu, dans le Sud-Kivu, laissant des centaines de morts derrière lui. Il a brûlé et pillé les maisons.

À Bukavu, les habitants avaient d’ailleurs l’oreille collée à la radio ces derniers jours pour suivre l’évolution du conflit. Inquiets, ils appelaient leurs cousins de Goma pour connaître les dernières nouvelles.

Goma aussi a craint le pire. Les troupes de Nkunda n’ont été stoppées qu’à une quinzaine de kilomètres de la ville.

Bilan officiel, 14 morts du côté des FARDC. Aucun chiffre n’est confirmé du côté des rebelles on parle de plus de 300 morts. Mais personne n’a encore évalué le nombre de civils qui ont perdu la vie.

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