«Le plus grave chez nous, c’est de voir que les acteurs politiques, c’est-à-dire les politiciens comme le peuple, croient profondément au discours de l’auteur de la pièce qu’ils jouent sans se rendre compte qu’il s’agit bel et bien du discours de quelqu’un d’autre.
On dirait qu’ils sont payés pour croire à ce discours, pour vivre de sa réalité et pour être payés en fonction de leurs performances d’acteurs. Ils sont bons comme acteurs de théâtre et ils ont gagné ou perdu les élections en tant qu’acteurs de théâtre». C’est ce que Kä Mana, philosophe et théologien congolais, dit des acteurs politiques congolais dans une interview exclusive où il détaille les urgences fondamentales de la RDC après les élections du 29 octobre.
Professeur Kä Mana, le Président de la République prête serment ce 6 décembre 2006. La troisième République est lancée. On sait que vos analyses de la situation de la Rdc ont ponctué dans notre journal tout le processus électoral congolais, je voudrais que vous partagiez avec nous votre vision de nos réalités face à la période qui commence, après la grande effervescence du processus électoral.
Le sentiment profond qui m’habite aujourd’hui est inextricablement celui du doute et de l’espoir. Je doute de la capacité d’un gouvernement issu des élections telles qu’elles viennent de se dérouler chez nous à rassembler tous les Congolais et toutes les Congolaises autour d’un grand projet de confiance en nous-mêmes et de construction d’une destinée collective de prospérité, de bonheur, de grandeur et de rayonnement dans le monde. Face à ce doute, je cherche les voies d’une nouvelle espérance crédible pour notre pays. Cette espérance, je crois pouvoir la trouver dans un triple impératif : – l’éducation de notre peuple aux exigences d’une transformation en profondeur de notre société, – l’organisation d’une dynamique globale de développement local créatif, – et la construction d’une opposition politico-sociale responsable, fortement engagée dans le développement local, dans l’éducation de nos populations à leurs responsabilités et dans la pression sur le gouvernement afin que celui-ci gouverne vraiment selon les intérêts vitaux de la nation.
Ce sont là les urgences fondamentales après notre décevant et problématique processus électoral. Etes-vous quelque peu amer et profondément déçu par la manière dont les élections se sont déroulées? Le temps n’est plus à l’amertume ou à la déception. Nous avons maintenant un président qui incarne l’Etat et qui représente la nation au plan international. Il faut que nous prenions ce fait comme l’évidence à partir de laquelle nous avons à penser notre situation, à organiser la vie sur notre terre et à construire le présent et l’avenir.
Dans cette optique, une seule chose intéresse l’analyste de dynamiques sociales que je cherche à être : il s’agit de mettre en lumière tout ce que le processus électoral a dévoilé comme substance de notre être en tant que peuple, nous Congolais et Congolaises, indépendamment de nos appartenances politiques et de nos préférences électorales. Quand un peuple se trouve à un tournant comme celui de la fondation d’une troisième République dans un pays en plein effondrement économique, après deux précédentes Républiques de tragédie et de souffrances, on peut considérer que l’enjeu est suffisamment important pour que sa gestion globale devienne une occasion de chercher à nous connaître nous-mêmes tels que nous sommes maintenant. C’est à la construction de cette connaissance que je m’attelle.
Elle détermine à mes yeux tout ce qui devra se dérouler à partir de maintenant en matière politique, économique, sociale ou culturelle. Comprendre notre être tel que nos élections l’ont dévoilé, voilà la première tâche à entreprendre. Elle précède les autres urgences sur ce qu’il a à entreprendre et tout ce qu’il y a à imaginer en vue de bâtir notre présent et notre avenir. J’aimerais que vous partagiez avec nous l’analyse que vous faites de notre être à la lumière de nos élections… Les élections ont été pour moi l’occasion d’observer notre peuple pour voir s’il peut être à la hauteur des enjeux de notre destin aujourd’hui, s’il a encore du génie et du souffle pour sortir de nos conditions de vie lamentables et désastreuses, après cinq décennies d’indépendance. Il m’a semblé utile d’être attentif aux ressorts les plus profonds de l’imaginaire de notre peuple à un moment décisif comme celui du choix de l’avenir en cette troisième République qui s’annonce.
Qu’avez-vous remarqué comme caractéristiques de cet imaginaire actuel de nos populations ?
Un vrai déficit de compréhension réelle des enjeux et des défis essentiels qui conditionnent notre avenir. Une sorte de vide d’intelligence politique de notre situation, en même temps qu’une absence de conscience du vrai sens à donner au destin mondial de la nation. Les élections se sont déroulées dans cette ambiance mentale inquiétante.
Que voulez-vous dire exactement ?
Vous aurez remarqué que nos populations ont vécu le processus électoral sur un registre à la fois comique et tragique, sans une réflexion de profondeur concernant nos acteurs politiques et leur programme ni une perception claire de leurs responsabilités comme dirigeants capables de transformer notre pays. Le côté comique a résidé dans la manière dont les élections ont été perçues : avec une sorte de légèreté, de superficialité et d’exubérance ludique liée à des thématiques complètement loufoques comme celle de la congolité ou de la peur d’un chaos pourtant déjà présent dans la misère même de notre peuple. Tout donnait l’impression que le processus électoral était sérieux alors que les dés étaient pipés et les résultats complètement prévisibles.
C’est ce jeu du semblant d’élections qui était risible. Tout le monde donnait l’impression de croire que l’enjeu était ouvert et qu’il y avait un vrai suspense à la clé. Je ne parle pas de la possibilité qu’il y aurait eu d’avoir un autre président que le président sortant ou de l’éventualité d’une redistribution des cartes à l’échelle des partis politiques et de leurs leaders. Je parle du fond même de notre réalité politique : notre insertion dans le système de soumission néocoloniale aux forces de nos «maîtres» d’outre-mer. Je parle aussi du formatage de la nation selon la géostratégie néo-libérale. Je parle surtout de notre état d’inféodation aux attentes des castes ésotérico-mafieuses et des prédateurs socio-économiques, toujours prompts à coopter des dirigeants à qui ils font jouer le rôle de mercenaires dans leur propre pays. A mes yeux, l’enjeu réel de nos élections consistait à sortir de cette nasse néocoloniale et néolibérale pour oser la liberté, l’unité et la solidarité à travers une nouvelle manière de penser et de vivre notre présent en vue de construire un avenir de prospérité pour tous et de bonheur partagé.
Ce destin auquel nos atouts naturels et humains nous préparent. Curieusement, les politiciens ont fait croire aux populations que les enjeux étaient ailleurs : dans la victoire d’un camp sur un autre, d’un champion sur un autre, comme dans un jeu de cirque sanglant. Le peuple a plongé tête baissée dans le piège et le cirque sanglant a fonctionné à merveille. Avec les résultats auxquels il fallait s’attendre. On peut rire de la naïveté des populations et de leur embrigadement dans un jeu électoral piégé. Mais il n’y a pas de quoi rire. Nous avons vécu une réelle tragédie. Celle d’une guerre électorale qui a divisé les profondeurs de la conscience de notre peuple et a brisé les ressorts de notre inconscient collectif. Désormais, il faudra que nous mettions au coeur de nos préoccupations la construction d’un imaginaire de concorde et de paix, à travers une nouvelle dynamique de réconciliation de nos esprits et de nos âmes pour bâtir l’avenir, maintenant que le cirque électoral a pris fin. En fait, la fin du cirque devrait nous conduire à envisager des stratégies d’action face aux enjeux que le processus des élections guerrières nous a fait perdre de vue : construire notre indépendance face au formatage néolibéral de notre pays, face à la malédiction néocoloniale que les forces ésotérico-mafieuses de prédation font peser sur notre destin. Voilà l’urgence fondamentale.
Pensez-vous que les forces ésotérico-mafieuses et les pouvoirs de prédation dont vous parlez nous laisseront des marges de manoeuvre suffisamment fertiles pour l’exercice de notre liberté et la prise en charge de nos capacités d’initiative historique ? Ne sommes-nous pas pour longtemps encore dans les chaînes de leurs stratégies néocoloniales et du formatage néolibéral qui vous préoccupent?
Nous sommes encore dans ces chaînes parce que nos populations n’ont pas été profondément éduquées à une réflexion de fond concernant les enjeux de la liberté, de l’indépendance et de la prise en charge de notre destinée par nous-mêmes. L’urgence fondamentale, c’est cette éducation. C’est la tâche à laquelle de nouvelles forces politiques devraient se consacrer, dans une sorte de refondation de notre imaginaire. Une refondation semblable à celle qui a fait croire à notre peuple que l’indépendance était possible aux pires moments de la colonisation belge. Notre peuple a cru à cette indépendance et s’est lancé à sa conquête. Il fut abusé par des leaders mercenaires du système néocolonialiste. Aujourd’hui, nous pouvions encore croire à cette indépendance comme destin créatif, si la prestidigitation politicienne ne nous avait pas conduits à des élections piégées dans leur substance et dans leur orientation. Je suis convaincu qu’il faut réorienter les choses et réimaginer notre destinée selon une nouvelle optique d’indépendance concrète. Notre pays est maintenant face à ses urgences fondamentales dont la conscience des enjeux d’une indépendance véritable est la condition de toute réussite. L’enjeu de l’éducation politique de notre peuple est là.
Vous semblez placer la source et la cause du dérapage et du cafouillage de nos élections dans une certaine volonté étrangère à nous-mêmes. N’êtes-vous pas en train de développer un complexe de victimisation qui nous empêche de voir que les véritables responsabilités de notre faillite sont en nous-mêmes ?
Détrompez-vous : je ne décèle pas partout des responsabilités étrangères pour justifier notre faillite. J’essaie de saisir notre problème dans toute son ampleur. Il n’y a pas lieu de disculper qui que ce soit dans la réalité de nos défaillances, de nos dérives, de nos aveuglements et de nos imbécillités? Ne croyez pas que je suis en train de développer un système manichéiste où il y aurait d’un côté le bon Congo idyllique et immaculé avec ses habitants pleins de grâce, et de l’autre les méchants monstres, tigres du néocolonialisme et dragons impitoyables du néolibéralisme. Je veux simplement dire que notre peuple n’a pas encore saisi les enjeux mondiaux de notre situation pour en faire le nerf de la construction d’une démocratie du bonheur partagé, à partir d’une vision politique globale qui nous relierait aux problèmes du monde dans son ensemble.
Pourquoi vouloir déceler partout des responsabilités étrangères quand il faut ouvrir les yeux sur nos faiblesses internes ? Pourquoi ne pas dire directement que nous sommes responsables de ce qui nous arrive, que nos politiciens sont entièrement responsables de l’errance de notre processus électoral, que notre peuple est entièrement responsable de ses passions et de son manque de réflexion sur ses intérêts de fond ?
Les forces néocoloniales et les puissances néolibérales dont je parle, je ne les situe pas uniquement en dehors de nous. Elles sont en nous comme structures de notre imaginaire. Nous les avons acceptées, intériorisées. Nous sommes devenus leurs esclaves en nous-mêmes et nous nous laissons conduire et guider par elles au lieu de briser les ressorts dans notre fond intérieur. Elles sont comme nos visées fondamentales de vie : les réalités dont nous rêvons quand nous regardons le côté cliquant, magique et fascinant du monde qui nous domine et qui décide essentiellement à notre place de dirigeants qu’il nous faut et quand il nous le faut et pourquoi il nous le faut. A partir du moment où tout notre être dans ses rêves les plus profonds subit l’emprise d’une domination qui structure tout notre imaginaire, il perd sa propre énergie vitale et devient une sorte de zombie que l’on remplit avec une âme d’emprunt, comme disait Mobutu, à ses rares moments de lucidité politique.
Nous avons donc un réel problème d’identité, un réel problème de notre capacité de croire en nous-mêmes et d’agir selon nos vrais intérêts nationaux. Comment nous sera-t-il possible d’exorciser l’âme d’emprunt dont vous parlez ? Mobutu avait déjà lancé dans le temps une politique d’authenticité pour l’affirmation de l’homme zairois. Nous savons quel échec cette politique a entraîné et dans quel effondrement économique elle nous a plongés. Existe-il une autre voie ?
Distinguons le problème tel qu’il se pose de la solution de farce que le mobutisme lui a donnée.
Notre problème, le problème qui s’est dévoilé clairement au cours de nos élections, c’est l’intériorisation, de plus en plus consciente, du vide d’une conscience qui serait la conscience de nos intérêts et de nos responsabilités en tant que peuple face à notre destin. J’appelle cela l’absence d’âme. A la place de cette âme nationale, nous avons autre chose : des exigences qui définissent le jeu politique chez nous en dehors de nos vrais intérêts. Elles nous accommode à l’assujettissement. C’est cela l’âme d’emprunt.
Du début jusqu’à la fin du processus électoral, je n’ai pas eu le sentiment que ce qui se déroulait ressortait de la conscience que nous avions de nos vrais problèmes. Depuis la chute de Mobutu sous les coups de boutoir de ses anciens mentors jusqu’à «l’élection» de Joseph Kabila, porté au pouvoir par d’autres mentors, la politique chez nous est soit une politique de zombi, soit une politique de marionnettes. Je parle de la profondeur de nos pratiques politiciennes : c’est un jeu d’ombre, une tragi-comédie dont j’ai l’impression qu’elle est jouée par des acteurs qui récitent un discours soufflé depuis les coulisses. Notre peuple est ainsi zombifié, marionnetisé. Il est pris dans le vent d’un discours qu’il répète sans savoir qui a composé la pièce tragicomique qu’on lui fait jouer dans une «démocratie tropicale» où l’on ne respecte aucune règle qu’implique le mot même de la démocratie, à commencer par la première de ces règles : la liberté du peuple et la qualité des conditions pour l’assumer clairement, dans la transparence des élections, par exemple.
Que peut alors un peuple aussi zombifié et marionnetisé, pour reprendre vos expressions ?
Le plus grave chez nous, c’est de voir que les acteurs politiques, c’est-à-dire les politiciens comme le peuple, croient profondément au discours de l’auteur de la pièce qu’ils jouent sans se rendre compte qu’il s’agit bel et bien du discours de quelqu’un d’autre. On dirait qu’ils sont payés pour croire à ce discours, pour vivre de sa réalité et pour être payés en fonction de leurs performances d’acteurs. Ils sont bons comme acteurs de théâtre et ils ont gagné ou perdu les élections en tant qu’acteurs de théâtre.
On peut les applaudir pour ces performances de gagnants et de perdants, mais on ne peut pas dire qu’ils sont au coeur des enjeux réels de vie de notre nation dans ses rêves, dans ses aspirations, de ses quêtes de progrès, de développement, de bonheur. Notre peuple est ainsi devenu un acteur du théâtre politicien et il a merveilleusement bien joué son rôle : il a dansé quand il fallait danser, il a crié quand il fallait crier, il a aboyé quand il s’agissait d’aboyer, il a tué quand il fallait tuer. A la fin, il est divisé entre un camp ivre de sa victoire et le camp de tous les déçus d’une troisième République fondée sur des élections problématiques. Il est temps de sortir du théâtre politicien pour rentrer dans la vie réelle, pour faire comprendre à notre peuple qu’il y a une vie après le théâtre et que c’est cette vie qui est notre réalité à vivre. Ni plus ni moins.
Voulez-vous dire que les élections n’ont été qu’un vaste théâtre et qu’il faut maintenant mettre un trait aux divisions qu’elles ont semées dans nos esprits ?
Si ce n’est pas votre sentiment, C’est le mien, de toute façon. Je sais que beaucoup d’autres Congolais pensent comme moi aujourd’hui.
Si ce que vous dites est vrai, par quelle voie sort-on d’un tel théâtre tragi-comique ?
Par la réalité de ce que j’ai appelé la démocratie locale, coeur même de l’éducation de notre peuple à sa responsabilité dans la vie. Sa responsabilité dans la vie et pas au théâtre. Vous comprenez ? Dans la vie concrète et pas au théâtre politicien.
Ce thème de la démocratie locale vous tient à coeur. Vous n’en avez pourtant pas présenté jusqu’ici une vision clairement articulée. Pouvons-nous en parler en profondeur, si vous jugez qu’il s’agit d’un enjeu si capital ?
Ce qui me tient à coeur, c’est de penser cette démocratie comme une voie pour sortir du jeu de la zombification politicienne et du marionnetisme qui le caractérise. Je veux définir cette voie comme un véritable processus en matière politique pour nos populations. Cela signifie, à mon sens, quelques vérités fondamentales à mettre en lumière. Avant tout, il s’agit d’une prise de conscience du caractère essentiellement zombificateur et marionnettiste de la politique chez nous à l’échelle nationale. Je me rappelle toujours les expressions par lesquelles dans les années 1960, alors que j’avais à peine sept à dix ans, ou désignait les politiciens dans ma contrée natale, le Kasai. On les appelait soit «bena tshididi», soit «bena mafi». Ces termes signifient des roublards et des menteurs. En les désignant ainsi, nos populations avaient une intuition fondamentale : la politique politicienne prend le peuple pour du beurre et se joue de lui.
Mais notre peuple ne savait pas que cette identité dribbleuse et mensongère qui caractérise la politique politicienne est soutenue par un jeu plus vaste où nos propres politiciens sont des dribbleurs dribblés par d’autres dribbleurs, des menteurs mentis par d’autres menteurs, des manipulateurs manipulés par d’autres manipulateurs. Ils sont au service d’une vision et d’une pratique qui les mettent en état de dépendance par rapport à d’autres maîtres aussi féroces qu’eux, si pas plus, dans le dribbling, la roublardise et le mensonge. Il faut expliquer clairement ce système mondial à nos populations pour qu’elles cessent de prendre le théâtre politicien où se sont jouées les élections pour la réalité qui devra guider leur vie en tant que lieu de leurs propres responsabilités. Le travail d’éducation consiste ainsi à ouvrir les yeux sur le fait que les réalités locales ne devront plus être pensées ou vécues à la lumière du théâtre mensonger et marionnettiste, mais sous le signe des responsabilités pour changer notre situation ici et maintenant.
Il s’agirait donc pour la population de ne pas confier son destin aux politiciens de façon aveugle et sans discernement ?
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C’est plus que cela. Il s’agit de sortir d’un embrigadement sans un état d’esprit. Je me souviens aussi que ma grand-mère désignait les agitateurs et propagandistes politiciens par un terme terriblement péjoratif dans notre langue. Bintuntu. Ce terme veut dire: des simulacres d’hommes, des hommes en trompe l’oeil, sans aucune réelle substance d’humanité. Pour interdire à mon père de se rendre aux réunions organisées par les politiciens, ma grand-mère appelait ceux-ci : Balembakaji ba bantu», ou encore, «Batatakajanganyi». Ce qui veut dire : les imbécilisateurs, les décerveleurs qui rendent les hommes complètement crétins au point de les sortir de l’humain et d’en faire de suppôts de mauvais esprits d’idiotisation des hommes : Mikishi ya tshinjangu».
Quand j’ai considéré notre campagne électorale avec ses thèmes, ses simulacres, ses mascarades, ses tueries et ses résultats problématiques, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ma grand-mère et de mesurer l’effet macabre de la politique politicienne sur le génie de notre peuple. J’ai eu le sentiment qu’on avait enlevé à nos populations les facultés de penser, de juger, de discerner les vrais enjeux de notre présent et de notre avenir dans le drame de notre destin. Il y a eu comme une volonté de crétinisation collective qui a fait perdre le vrai sens de nos intérêts communs en tant que nation à toute notre population. Comme si nous étions devenus tous de simulacres d’hommes («Bintuntu»), des personnes sans capacité de réflexion («Batatakana»). C’est de cet esprit qu’il faut déconditionner notre peuple par un travail d’éducation à une nouvelle conscience politique de nous-mêmes. Une conscience qui nous fasse sortir du théâtre politicien national pour des enjeux politiques locaux. Eduquer à la politique telle qu’elle devrait être comme champ d’action et d’organisations locales me paraît une urgence fondamentale. Il faut qu’on s’y attelle pour que tout un peuple ne donne pas l’impression d’être possédés par les «mikishi ya Tshinjangu», les esprits de crétinisation.
