Depuis le 24 avril 1990, la RD Congo est en processus démocratique. Et depuis le 30 juin 2003 un autre processus a démarré : le processus électoral.
Si les Congolais ne sont souvent que des exécutants dans l’actuel processus électoral, ceux qui en tirent les ficelles sont des étrangers, au nom de deux grandes institutions : l’ONU et l’Union Européenne.
Au terme de ce processus, le Congo récupérera-t-il enfin sa souveraineté ? Les Congolais pourront-ils alors devenir réellement indépendants, s’autodéterminer ? Y a-t-il des signes avant-coureurs prometteurs ? Comment s’assurer que le processus répondra aux attentes du peuple ?
Pour nous permettre d’obtenir une ébauche de réponse, nous pouvons nous livrer à un exercice intéressant : l’établissement d’un parallèle entre le processus électoral du Congo et le Sudoku, ce jeu japonais dont tous les journaux européens reprennent au moins un exercice à chaque édition. (*)
Au Sudoku, à l’issue du jeu, toutes les cases vides doivent être complétées. Au terme de notre processus électoral au Congo, les différentes institutions devront être animées par des personnes issues des urnes. Les institutions sont les cases, les animateurs sont les chiffres.
Au Sudoku, comme il ne peut y avoir qu’un seul et unique chiffre par case, quand on se trompe en cours de jeu, on ne saura jamais arriver à la fin de l’exercice, c’est l’échec.
Qu’en est-il dans notre processus ? Ne pourrons-nous pas considérer notre processus comme réussi que si chaque institution reçoit l’animateur qui répond aux aspirations du peuple ?
Au Sudoku certaines cases sont déjà remplies, dans notre processus, certaines données sont aussi déjà acquises. Nous citerons :
– La vigilance des habitants de la capitale et de principales villes du pays face aux tentatives de manipulation, de tricherie… Et progressivement, il en est de même de tous les Congolais des provinces au fur et à mesure qu’ils sont informés des enjeux, du profil des candidats, des agendas des maîtres-penseurs extérieurs.
– La mobilisation des congolais vivant à l’étranger pour un changement réel
– La prise de conscience que les intérêts des autres pays chez nous, ne sont pas toujours en phase avec les intérêts du congolais.
L’ONU a déployé au Congo un grand contingent militaire qui lui coûte plusieurs centaines de millions de dollars par an. L’Union européenne de son coté, est le plus grand bailleur de fonds de notre processus électoral avec près d’un demi-milliard d’euros mis en jeu.
Avant d’engager autant d’argent, ces deux institutions ont dû prévoir et planifier un certain nombre d’actions, fixé des objectifs précis, en tenant compte des réalités congolaises.
Au stade actuel du processus, et au vu des incidents survenus après la publication des résultats de la présidentielle, deux types de personnes sont en droit de se poser un certain nombre de questions :
– Ceux à qui est destinée cette grande œuvre philanthropique, les Congolais.
– Ceux dont on déleste le porte-feuille, les différents contribuables, surtout européens.
Et ces questions, les voici :
– A ce stade du processus, le résultat escompté est-il conforme aux attentes initiales ?
– Y a-t-il eu des ratés ou pas ?
– Si oui, ces ratés pourront-ils entamer la crédibilité du résultat final ou pas ?
– Durant le processus, n’a-t-on pas escamoté certaines données volontairement ou pas ?
– N’a-t-on pas sous-estimé certaines autres ?
– Le but annoncé par les bailleurs de fonds est-il le but réellement poursuivi ?
Si ces étrangers qui sont impliqués dans le processus démocratique congolais se plient à la rigueur du Sudoku, la fin du processus n’équivaudra-t-elle pas au dénouement de la crise congolaise ?
Si par mégarde, à l’issue du processus, la crise congolaise persistait, n’apparaîtra-t-il pas que ceux qui affirment nous aider à mettre chaque chiffre dans sa case, auront été dans l’erreur, de bonne foi ou pas ?
Au Sudoku, il n’y a pas de place pour la tricherie ni pour l’erreur. On réussit ou on échoue. Dans le processus électoral chez nous, réussite signifiera : adhésion de la population au résultat final, en fonction de nos attentes.
Quelles sont les attentes du souverain primaire: la paix, l’unité du pays, l’indépendance réelle vis-à-vis de l’étranger, le prélude d’un mieux être… Vivre au Congo comme les Européens vivent chez eux en Europe par exemple.
Au Sudoku, une case n’attend qu’un chiffre. Dans le processus électoral congolais actuel, le peuple attend pour chaque institution un profil d’animateur, bien défini.
Le défi que l’ONU et l’Union Européenne doivent relever est simple : le chiffre qu’il faut dans la case qu’il faut, « L’homme qu’il faut, à la place qu’il faut »
Le pourront-ils ? Réussiront-ils à concilier leurs intérêts et les aspirations profondes du peuple congolais ? Si non, qu’est-ce qui sera sacrifié, les intérêts des bailleurs des fonds ou les aspirations du peuple congolais ?
(*) Sudoku (en japonais: sūdoku signifiant chiffre unique) est un puzzle à chiffre. Le but du jeu est de remplir la grille avec des chiffres allant de 1 à 9, en partant de certains chiffres déjà disposés dans la grille. La grille est généralement composée de régions de neuf carrés 3×3 formant une grille 9×9. Chaque ligne, colonne et région ne doit contenir qu’une fois chaque chiffre. …
