Plus d’une semaine après les élections du 30 juillet au Congo-Kinshasa, premier scrutin démocratique depuis les années 60, les observateurs internationaux dénoncent le chaos et la désorganisation qui affectent le décompte des voix, soulevant des questions sur la régularité du vote.
« C’était le chaos généralisé dans les centres de comptage », souligne Anneke Van Woudenberg, de Human Rights Watch, qui fait partie des 2.000 observateurs internationaux surveillant le processus. « Il y a une possibilité de fraude importante ».
Quelque 80% des 25 millions d’électeurs inscrits ont voté pour désigner leur président et leurs 500 représentants à l’Assemblée nationale. Le scrutin doit mettre fin au gouvernement de transition dirigé par le président Joseph Kabila, candidat à sa succession et favori de la présidentielle.
Malgré les complications liées à l’organisation d’un vote dans un pays ravagé par la guerre en 1996 à 2002 et dont les régions orientales sont encore minées par la violence, le scrutin s’est déroulé relativement bien.
Les suffrages ont été comptés le jour du scrutin dans chacun des 46.000 bureaux de vote du pays. Et ils sont actuellement recomptés dans 62 centres dans tout le pays. Un décompte national préliminaire est attendu pour le 20 août et les résultats définitifs pour le 31.
Des doutes sur les résultats pourraient servir de prétexte à une guerre alors que plusieurs candidats à la présidentielle sont d’anciens rebelles qui conservent leurs propres milices. Certains dénoncent déjà des fraudes et la pagaille apparente qui règne dans les centres de comptage pourrait donner du poids à leurs accusations.
Des troubles ont éclaté parce que la commission électorale peinait à payer ses employés, un problème en partie dû à l’absence d’un véritable système bancaire et épinglé par les observateurs. Ceux-ci se sont également plaints de restrictions à leur travail et d’une mauvaise sécurité dans les centres de comptage.
« Il y a des difficultés. Nous manquons de matériel, nous n’avons pas de moyens de transport, les conditions sont terribles », reconnaît Guy Mukadi Nkongolo, employé dans l’un des centres où les votes sont recomptés et vérifiés. « Mais nous sommes patients. Même s’il y a de petites imperfections, pour moi ça va ».
Selon le Centre Carter, basé à Atlanta, des bulletins de vote ont été laissés sans surveillance et un incendie a détruit du matériel de vote dans au moins un centre de collecte des suffrages. L’organisation américaine estime que les responsables électoraux devraient autoriser les membres des partis politiques et le public à observer le processus pour dissiper les craintes de fraude.
« Il y a eu des problèmes sérieux et des mesures doivent être prises pour que le public puisse vérifier les résultats », souligne Colin Stewart, co-directeur des 58 observateurs du Centre Carter.
« Nous pensons que le comptage se déroule bien », assure pourtant Robert Osubi Kiwutsi, chef du processus à la Commission électorale indépendante. « Le Congo n’est pas les Etats-Unis, mais même là-bas, ils ont eu des problèmes », ajoute-t-il, allusion aux contestations qui avaient suivi la présidentielle américaine de 2000.
