Séance surréaliste ce jeudi 17 avril 2007 en fin de matinée, dans une salle de commission au parlement fédéral belge. Des congolais ont bruyamment interrompu le ministre belge de la coopération au développement lors d’une réponse à une question dans la commission des relations extérieures.
Il est 8h00 quand un SMS circule annonçant le passage de monsieur De Decker à la dite commission pour 10h15. Parmi les questions du jour, l’une a trait à la république démocratique du Congo. Elle est de la députée Hilde Vautmans et concerne « un projet relatif à la violence sexuelle en République démocratique du Congo »
A l’heure dite, nous nous présentons au service du protocole du parlement. Nos pièces d’identité sont consultées et un macaron autocollant est remis à chacun de nous. Un agent du parlement nous conduit dans la salle de commission située au deuxième niveau, après avoir parcouru un dédale de couloirs.<
La première question de la séance est de monsieur M. Patrick Moriau et concerne "le concept de 'bonne gouvernance'". Elle dure plus d’un quart d’heure au lieu de cinq minutes généralement prévues.
Vient ensuite la question de Madame Hilde Vautmans. C’est quand monsieur De Decker a presque fini de répondre que subitement, du balcon de la presse et du public où nous étions, quelques congolais se lèvent et se mettent à crier à tue-tête contre monsieur De Decker, tout en brandissant des drapelets de la Flandre.
Ils dénoncent le discours du ministre belge qu’ils qualifient de mensonger tout en scandant : « Wallons hors du Congo », « Wallen Buiten Van Congo. »
La quinzaine des parlementaires présents à la commission sont surpris et obligés de suivre malgré eux cette prise de parole. Monsieur De Decker est aussi bien contraint de se taire, regardant les activistes, un petit sourire ennuyé aux lèvres.
Entre deux brouhahas, le ministre lancera à l’intention des perturbateurs « Apprenez la démocratie ! » Peine perdue.
Trois membres de la sécurité du parlement arrivent, dont une femme. Mais ils ne parviennent pas à calmer les congolais. C’est presque de force que nos compatriotes sont amenés hors de la salle.
Le premier moment de stupeur passé, le ministre De Decker reprend la parole. En une sorte de droit de réponse il dit être choqué par les réactions au balcon, au moment où l’on parle du viol fait aux femmes congolaises. Il sait qu’il y a en Belgique des congolais qui n’ont pas été contents des résultats électoraux au Congo. Pour lui, ces élections ont été transparentes et la communauté internationale a envoyé des observateurs qui ont certifié de la régularité et du scrutin, et des élections.
Néanmoins il a des regrets quant aux élections pour le sénat et les assemblées provinciales.
Il continue alors à répondre à la question du jour. Au passage, il signale que la RTBF avait fait un reportage au Kivu sur les viols des femmes, et il avait remis une cassette à monsieur Kabila afin qu’au sommet de l’Etat, tout le monde soit sensibilisé. Il aurait aimé que ceux qui ont été évacués soient là pour l’entendre.
Après la réponse du Ministre, Mme Hilde Vautmans revient également à l’incident en regrettant que pareille chose ce soit passée au parlement, et que les travaux aient été ainsi perturbés. Elle dit avoir également été parmi les observateurs aux élections au Congo. Pour elle aussi, les résultats sont ce qu’ils sont.
Quand nous sortons de la salle un confrère et moi, nous voyons trois des perturbateurs retenus par la police, attendant l’avis du Président de la Chambre. Nous apprendrons par la suite qu’ils avaient été conduits au bureau de police du marché aux charbons pour être entendus. Ils étaient au total à cinq : Bienvenu Mondondo, Maryus Noko, Nino, Denis Olenga et Semi Mendès. A 13h00, ils seront relaxés.
