BRUXELLES : SEANCE HOULEUSE A LA COMMISSION EUROPEENNE 373

Dans une des multiples salles de réunion du Berlaymont, siège de la commission européenne, au 6ème niveau ,ce mardi 19 juillet 2005, Monsieur Louis MICHEL, Commissaire européen en charge du Développement et de l’Aide humanitaire a reçu une délégation des associations et partis politiques congolais de Belgique luttant pour le changement politique en RD Congo.

Depuis un an, et plus précisément le 5 juin 2004, il n’a jamais régné un climat d’entente entre Monsieur Louis Michel et les forces du changement de la communauté congolaise de Belgique. Bien au contraire. Dans toutes les manifestations des congolais, le nom de Louis Michel a toujours été associé au régime « 1+4 » dirigé par Kabila.

A l’ordre du jour de la rencontre, chaque camp avait son point : le départ du 1+4 pour les congolais, la campagne anti-Louis Michel orchestrée par la communauté congolaise, pour le commissaire européen.

Malgré la chaleur de l’été, le climat est glacial quand les deux délégations se rencontrent : D’un côté de la très grande table ovale, Louis Michel entouré d’une collaboratrice et d’un collaborateur. Et en face de lui, deux congolaises et huit congolais. En entrant les congolais n’ont même pas daigné dire bonjour au maître des lieux.

D’entrée de jeu, Louis Michel annonce les couleurs : « je voudrais écouter vos doléances, et vos récriminations…»
Le représentant de la coordination du Congrès Mondial des Congolais Vivant à l’étranger introduit ses compatriotes dans un discours ferme. Pour lui, Il n’est pas normal qu’un grand pays comme le Congo se trouve où il est à cause de l’aventurisme, de la mauvaise gouvernance avec à la tête du pays des personnes à nationalité douteuse et ce sous-entendu, avec la complicité de la communauté internationale. Cela doit changer.

Le représentant de l’UDPS Benelux prend alors la parole. Il reconnaît les efforts entrepris par Monsieur Louis Michel et l’Union Européenne . Seulement, il y a un mais : l’attitude de Louis MICHEL et via lui, de l’Union européenne qui ne fait aucun cas de la volonté souveraine du peuple. Pourquoi ne veut-on pas laisser les congolais décider d’eux-mêmes ? Pourquoi les menaces ? pourquoi le mépris ?

Le représentant de l’APARECO fait remarquer qu’à la tête du pays, il y des anciens belligérants, qui sont en réalité des chevaux de Troie du Rwanda, de l’Uganda et de certains groupes maffieux.

Le représentant du parti forces scientifiques du Peuple enfonce le clou en stigmatisant la lecture à deux vitesses de l’expression du peuple quand il veut se libérer. Pourquoi accepter que les belges se soient un jour libérés et refuser au peuple congolais le droit de dire non à un pouvoir dans lequel il ne se reconnaît pas ?

Les deux membres de BANA CONGO n’ont qu’un seul credo : soutien ou pas de Louis Michel au « 1+4 », le peuple vaincra, le 1+4 doit partir. Ce ne sont pas les discours hypocrites des politiciens qui changeront quelque chose à cela. Et en cas d’entêtement de Louis Michel dans sa position anti-peuple congolais, campagne sera faite contre lui et son parti lors des prochaines échéances électorales en Belgique.

Le membre de l’ULD, parti du premier Ministre plébiscité KATEBE KATOTO attire l’attention de monsieur Louis Michel sur un fait : l’Union européenne n’a pas à se plaindre pour son argent qui pourrait s’envoler en fumée, si le processus s’arrêtait. « Vous êtes des mauvais investisseurs quand vous misez sur des individus qui vont se casser la figure. Le peuple veut les élections, mais pas avec ces gens là »

Dans sa réponse, louis Michel s’appesantit longuement sur certains mots régulièrement utilisés par les congolais dans leurs manifestations ou dans certains documents sur Internet.

Pour le 1+4, il reconnaît que ce n’est pas un bon système. Il aurait été préférable que ce soit un système avec un président et un premier ministre. Mais à l’époque, le 1+4 était une voie obligée pour assurer le retour à la paix. Il est pour les élections. Et que les congolais se choisissent eux-mêmes leurs parlementaires d’où sortira un gouvernement. Il n’est ni pour Kabila, ni pour Ruberwa. Il dit avoir rencontré quelques fois le président Tshisekedi. Il est d’avis que l’inclusion du courant Tshisekedi serait une bonne chose pour parachever la transition. S’il n’y avait pas de changement au niveau du gouvernement, ce ne serait pas raisonnable.

Quant aux élections, tout mettre en doute ne serait pas prudent. Il faut bien sûr des élections loyales et libres.

Il pense déceler dans le discours des congolais une certaine tendance à l’ethnicisme. Sur ce point, les congolais l’interrompent net. Dire d’un monsieur qui a étudié dans un campus de chez nous en tant que réfugié rwandais, qui se prétend aujourd’hui congolais sans qu’il y ait de trace de cette mutation, et qui se retrouve même vice-président de la RD Congo, ce n’est pas de l’ethnicisme.

Quant à monsieur Forrest, Monsieur Louis Michel dit qu’il n’a rencontré ce monsieur que trois fois, et il n’est quelqu’un de ses relations.

Le représentant du Congrès Mondial des Congolais Vivant à l’Etranger résume la pensée de ses compatriotes en ces deux idées :

– Aujourd’hui, il n’y a que deux camps au Congo. Celui de la population, et celui des ennemis de la population. Monsieur Louis Michel doit choisir son camp. Dans tous les cas, selon les sondages, même en restant au pouvoir durant 30 ans, monsieur Joseph Kabila n’aura jamais plus de 12% de votes.

– la position des congolais de l’étranger, est identique à la positon des millions d’anonymes qui souffrent au pays. En cas de doute, Monsieur Louis Michel peut aller tenir un meeting à Masina, Kimbanseke ou N’djili pour s’assurer de l’opinion du peuple congolais, par rapport au 1+4 et par rapport à son immixtion dans la politique congolaise.

Avant de se séparer avec ses hôtes, Louis Michel affirme qu’il reste ouvert au dialogue et est disposé à rencontrer avant la fin du mois une délégation des forces sociales et politiques congolaises du changement.

Et bon joueur, il se lèvera pour serrer la main de chacun de ses interlocuteurs mettant au placard les coups de gueule et le ton assez fort qui ont émaillé la rencontre.

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