Bruxelles le 23 avril 2005:Ce qui n’était qu’un secret de polichinelle est aujourd’hui étalé sur la place publique à Bruxelles. La justice belge qui a mené pendant plusieurs années une patiente et minutieuse enquête au sujet du pillage des ressources minières à l’Est de la République démocratique du Congo, vient de boucler ladite enquête. Alors que les Etats agresseurs comparaissent déjà un à un devant les tribunaux internationaux, avec en premier l’Ouganda déféré actuellement à La Haye et le Rwanda en juillet prochain, en attendant et dans une moindre mesure, le tour du Burundi, la Belgique qu’une certaine opinion avait tôt accusé de complice des pillards, vient de faire le véritable Ponce Pilate.
La nouvelle a été rendue publique par le journal Le Soir avant d’être confirmée par le porte parole de l’office du procureur du Roi de Bruxelles. Au parquet de la capitale belge, on reconnaît que la tâche n’était pas du tout facile dans la mesure où la rébellion Rcd-Goma et le Rwanda, également compromis dans ce dossier, n’avaient pas facilité le travail des enquêteurs. Il a fallu l’expérience et la perspicacité de ce juge et surtout une armée d’enquêteurs et l’aide précieuse de la coopération policière transfrontalière, et Europol (La police européenne) pour arriver à établir les preuves de ce vaste trafic entre la Rd Congo et la Belgique, via le Rwanda.
Tout est parti de l’aéroport de Zaventem. Décembre 2002, après une longue et patiente filature, la police belge met la main sur un sujet pakistanais, naturalisé canadien, avec un véritable trésor de guerre constitué de 50 Kilos d’or en provenance de Kigali via Nairobi.
Le canado-pakistanais, Zulfakarim Panju, sur qui le précieux colis est trouvé, a été trahi par des nombreuses traces de voyages réguliers entre Bruxelles et Kigali à bord du même vol de la Sabena, sans jamais passer de nuit dans sa ville de destination, Kigali, la capitale rwandaise. La police des frontières belge est intriguée par ce tourisme d’un autre genre. Elle enquête. Tout va vite. L’homme est pris la main dans le sac. Il craque. Il cite ses patrons.
En tête, madame Aziza Kulsum Gulamali, une redoutable femme d’affaire burundaise, récemment naturalisée belge. Avec lui, un membre influent du Rcd-Goma, Alexis Thambwe Mwamba, ancien baron du Mpr et douanier sous Mobutu. Egalement ancien dirigeant d’une entreprise minière de l’ex-Zaïre, la Sominki qui exploite depuis des années l’or , la cassitérite et le coltan.
Alors à la tête de celle-ci, une affaire l’avait également éclaboussé au sujet du vol sans effraction de plusieurs dizaines de kilos d’or dans les coffres fort de la société qu’il présidait, or volé, avec la complicité du chef de la police minière, un proche de Thambwe. Les traces de ce cambriolage du siècle seront retrouvées plus tard à Bujumbura.
A Bujumbura où justement, le patron de la Sominki se rendait régulièrement à l’époque, pour semble-t-il, préparer à l’université de cette ville, sa licence en droit qu’il a fini par obtenir mais ses supposés collègues de promotion que nous avons rencontrés lors de l’un de nos récents reportages à Bujumbura, ne se souviennent pas l’avoir vu aux cours.
L’affaire de l’or volé à Kamituga fit un grand bruit, mais à cause de l’implication des chefs, cette affaire n’a jamais connu un dénouement jusqu’à ce jour, nous a confié désabusé un cadre belge retraité de la Société minière du Kivu.
Outre madame Gulamali, un homme d’affaires belge, Jacques Vanden Abeele est cité comme coordonnateur des activités illicites en Belgique. Un colonel rwandais proche de Kagame assure la protection au Kivu et le sauf conduit au Rwanda. Lui aussi est sur la liste rouge du juge Michel Claise.
A la découverte de l’affaire, le Rcd-Goma était soupçonné de chapeauter l’opération ou du moins de la bénir. Quelques membres de cette rébellion sont même descendus à Bruxelles pour plaider la cause du mouvement insurrectionnel d’obédience rwandaise.
Nous sommes en décembre 2002. Ils insistent auprès des enquêteurs bruxellois que le fruit des produits qui transitent entre leurs mains ne sert pas à acheter les armes. Ils n’en prélèvent que des taxes comme « autorité gouvernementale ». Le juge Michel Claise prend bonne note. Il poursuit ses investigations et tombe sur le pot aux roses. Un gros poisson est pris dans ses filets.
Thambwe Mwamba, ci-devant, membre influent du Rcd-Goma et qui a comme maîtresse, la fille de Gulamali, qui siège actuellement au parlement de transition et avec laquelle, Thambwe aurait même eu un enfant. Ce lien sentimental n’explique pas tout ni n’exonère le crime.
En Suisse, en Belgique et au Grand Duché de Luxembourg, les comptes bancaires livrent aussi un pan de leurs impénétrables secrets. Pas de doute, l’alibi selon lequel l’argent qui transitait par ses comptes en relation avec les virements de Aziza Gulamali aurait trait à une transaction immobilière à Bukavu ne tient pas du tout débout. La valeur du bien déclaré vendu à Bukavu n’explique pas le montant des virements enregistrés. La preuve du blanchissement d’argent est vite retenue.
Thambwe n’échappera pas, il devra comparaître et risque plusieurs années de prison pour blanchissement d’argent, pillage et trafic illicite des minerais. Sa carrière politique est peut-être compromise à jamais. Un malheur ne vient jamais seul comme on dit. Pendant cette épuisante enquête, d’autres plaintes contre le ministre congolais du plan, Thambwe Mwamba sont déposées auprès de la justice belge en rapport avec un crime de guerre et/ou crime contre l’humanité.
Seulement ce crime imprescriptible, sauf si un sujet belge est victime, est de la compétence exclusive de la Cour Pénale de Justice (Cpj) qui vient d’être instituée à cet effet. La justice belge orientera certainement les plaignants à la bonne destination, sachant que la Cpj attend de pieds fermes les accusés coupables de crime contre l’humanité, un infraction imprescriptible qu’aucune amnistie ne peut effacer.
Selon les plaignants, dont des veuves du personnel naviguant de cabine (Pnc) et des pilotés tués, Thambwe avait reconnu avec arrogance sa totale responsabilité sur la radio française Rfi. Il avait à l’époque avoué avoir donné l’ordre aux militaires rebelles d’abattre au dessus de sa ville natale de Kindu, à l’Est de la Rd Congo, un avion civil qui transportait des passagers civils et qui avait fait des dizaines de morts innocents dont ses nombreux compatriotes du Maniema qui ne peuvent certainement pas le lui pardonner.
Quant au procès en perspective qui se déroulera d’ici l’été prochain, lié au trafic illicite des minerais et au blanchissement d’argent sale, ses avocats qui avaient brandi jusque là son immunité liée à ses actuelles charges d’Etat, nous a confié un professeur de droit pénal, ont peut-être confondu l’actuelle procédure pénale avec celle relative à la loi sur la compétence universelle modifiée dernièremen! t par le parlement belge, sous pression américaine et israélienne à la suite des plaintes déposées contre George W. Bush et Ariel Sharon. La loi sur la compétence universelle ne permet plus de poursuivre en Belgique les autorités étrangères en fonction comme avant sa modification. Mais ici, il s’agit d’un procès pénal ordinaire, étant donné que les présumés délinquants remplissent au moins deux conditions pour être poursuivis en Belgique. Ils ont leurs domiciles au Royaume de Belgique (Aziza, Thambwe, Vanden Abeele,…) et les faits leur reprochés se déroulent notamment sur le territoire belge, en ce qui concerne le blanchissement d’argent et le trafic illicite des minerais pillés à l’Est de la Rd Congo et vendus ou tout au moins, négociés sur le territoire belge.
Bruxelles, le 23 avril 2005.
Dominique Pradel
Afrik’Infos.
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