Par Jean N’saka wa N’saka/Journaliste indépendant TEMPETE DES TROPIQUES 26/04/2005
Les médias audiovisuels sont actionnés à plein régime pour une croisade qui n’ose pas dire son nom. Un groupe hétéroclite d’orateurs comme des comédiens sur les tréteaux dans un cirque, y bombent le torse, débitant des fadaises et crachant des injures contre qui vous savez, et qu’ils traitent de «Belzébul». Ils avertissent les parents qu’ils ne devraient pas laisser leurs enfants descendre dans la rue le 30 juin au risque de se faire tuer. Ils disent que ceux qui poussent les enfants des autres à aller s’exposer aux balles, prennent soin de garder leurs propres rejetons à la maison à l’abri du danger. Ces propos insensés suscitent des questions auxquelles les réponses permettent de comprendre que ceux qui les soutiennent sont eux-mêmes des vrais criminels déguisés en humoristes à la solde d’une composante bien connue.
Sont-ils en mesure de dire par quel moyen de communication efficace ces accusés anonymes qui n’ont jamais accès aux médias audiovisuels qui sont accaparés par leurs accusateurs, et par surcroît à qui l’on refuse même de se réunir dans les édifices et centres publics, peuvent-ils parvenir à atteindre facilement tous les enfants de Kinshasa pour les exhorter à descendre dans la rue? Les accusateurs sont-ils capables d’exhiber un tract ou un communiqué signé «Belzébul», adressé aux enfants kinois à cet effet? Peuvent-ils dire d’où viendraient les tireurs de balles et de qui auraient-ils reçu l’ordre de tuer et pour quel crime? Pour quel objectif les enfants consentiraient-ils volontiers à descendre dans la rue? Ces enfants-là sont-ils des bébés ou des personnes majeures, capables de juger de l’utilité ou de l’absurdité de leur engagement dans une action quelconque?
Toutes ces gesticulations, balivernes et insinuations dénotent le désarroi, le désespoir, l’angoisse et le déséquilibre mental des gens désemparés qui n’ont plus rien à gagner mais tout à perdre sous peu, car leurs jours prétendument fastes sont désormais comptés. Ces comportements bizarres empreints de folie sont des signes avant-coureurs de tous les régimes dictatoriaux à l’agonie. Alors que l’on est victime de ses propres errements politiques et turpitudes, on se met à chercher des boucs émissaires de gauche à droite. Nous avons remarqué ces comportements extravagants aux derniers jours du règne de Mobutu. Ses courtisans et acolytes jouaient des numéros pareils à ceux que nous voyons aujourd’hui.
Les médias audiovisuels et une certaine presse écrite de l’époque étaient mobilisés au maximum pour cette sale besogne, d’abord au temps de la guerre froide Est-Ouest, ensuite après l’écroulement du mur de Berlin. Tout mouvement de fronde populaire était attribué aux ambassades communistes de Kinshasa comme manipulatrices dans l’ombre, mais jamais considéré comme l’œuvre des Zaïrois qui entreprenaient de briser les chaînes de sujetion. On visait l’Urss, le Ghana de Nkrumah, la Guinée de Sékou Touré. Après la chute du mur de Berlin, les treize parlementaires frondeurs prenaient le relais des boucs émissaires communistes. On y ajoutait aussi d’autres qualifiés d’ambitieux et d’aigris anonymes comme agitateurs du peuple.
Le vocabulaire politique Zaïrois s’enrichissait de nouvelles épithètes ; subversion subversifs, tièdes, ennemis du peuple, guide éclairé, trimonier, agents de la cinquième colonne, coups montés et manqués, complots imaginaires. Renforcement des mesures de répression et d’intimidation : assassinats par fusillade, accidents simulés ou par empoisonnement, relégations, arrestations arbitraires, multiplicité des cachots secrets, tortures, phénomène hiboux etc, Malgré toute cette panoplie de moyen du répression et d’intimidation, Mobutu a été combattu sans relâche et fragilisé grâce aux actions de pression menées par le peuple, sans armes de guerre. Il s’était vu contraint de quitter le pays dans l’humiliation et le déshonneur. L’Afdl était venue tout simplement battre un homme à terre sans coup férir.
Combat d’arrière garde
Mais les «libérateurs» de l’Afdl se sont vite révélés de grands admirateurs et imitateurs serviles de Mobutu dont ils copiaient trait pour trait toutes les antivaleurs. L’Afdl-Cpp-Pprd et le pouvoir intérimaire actuel sur son déclin, c’est la continuité du mobutisme sous tous les rapports, mais avec une étonnante célébrité dans l’adaptation et l’amplification des antivaleurs toutes leurs laideurs, ainsi que l’application des mesures de répression et d’intimidation. En tout état de cause, la détermination du peuple et la prise de conscience de son destin sont aujourd’hui plus forte que jamais du vivant de Mobutu. C’est la résultante de plusieurs décennies de souffrances et de tribulations, lesquelles ont finalement aguerri le peuple et façonné son caractère, d’où il a pu aiguillonner cette détermination et cette prise de conscience.
C’est ainsi que toutes les admonestations fébriles que l’on s’époumone de diffuser n’atteignent pas le peuple, sauf qu’elles l’énervent davantage et le surexcitent à l’action. Les descentes populaires dans la rue sont naturellement spontanées. Ceux qui sont intellegents, sages et clairvoyants, geants, dont il voudrait se débarrasser à ses risques et périls. Nombre d’enfants réduits au chômage scolaire et académique à cause de la pauvreté des parents pour faire face aux charges de leurs études ; des étudiants évacués de leurs homes; des fonctionnaires tirant le diable par la queue; des médecins périodiquement en grève ; calvaire pour le transport en commun; conditions de vie très difficiles ; insécurité partout ; tracasseries policières ; des maladies et des décès faute de moyens pour se faire soigner ; pillages de ressources du pays publiés même dans la presse étrangère, etc…
Toutes ces situations malheureuses ne sont-elles pas de nature à réveiller le peuple qui en est victime et se demander pourquoi il est condamné à mener une vie aussi pénible depuis des décennies? Par conséquent il faut se rendre à l’évidence que ces manifestation d’indignation sont spontanées. Et si manipulation il y a, ceux qui la font sont justement ces orateurs folkloriques qui racontent des mensonges et lancent des accusations gratuites contre des boucs émissaires. Ces sont eux qui ont le monopole de l’usage des médias audiovisuels dont ils abusent. Ce sont eux qui, par leurs propos arrogants et stupides, indignent le peuple et aiguisent ainsi sa détermination à se libérer par une prise de conscience accrue.
Il y a eu déjà plusieurs démonstrations de cette spontanéité des réactions populaires. Les 2, 3 et 4 juin 2004, on sait de quelle manière surprenante les étudiants s’étaient retournés contre ceux-là mêmes qui avaient voulu les manipuler. C’est à cette occasion qu’ils avaient inventé une formule algébrique inédite de 1+4=0. Les vrais manipulateurs de l’opinion sont ceux-là qui sentent que las carottes sont cuites. Des insultes et des vitupérations, ainsi que l’accaparement des médias audiovisuels pour véhiculer la pensée unique abrutissante et entretenir l’obscurantisme, sont des manipulations bien orchestrées. Bientôt le combat d’arrière-garde prendra fin.
