Violence : faut-il la subir ou résister? 321

Ce qui s’est passé à Bruxelles n’est pas déplorable. Quand il y a provocation et/ou intimidation, il faut féliciter les congolais d’avoir résisté. Cette leçon de courage donnée aux policiers belges, à la communauté internationale et aux congolais portera des fruits lors de la prochaine manifestation. Ils attendront d’être réellement mis en danger avant de tirer des grenades lacrymogènes. Nous avons gagné le droit de manifester librement à Bruxelles.

Les agriculteurs français pour protester contre la politique des grandes surfaces saccagent régulièrement des infrastructures en France, en Belgique… Les travailleurs pour un employé licencié ou une restructuration annoncée prennent leur patron en otage des jours entiers… Vivant en occident je n’ai pas besoin de multiplier les exemples, il suffit d’allumer la télé.

La démocratie est une tension permanente. La démocratie est un procès permanent. Il faut que nous nous habituions à accepter les tensions et à les gérer. La violence nous n’avons pas à la réfuser ou l’accepter, Nous n’avons pas la possibilité de la refuser sans risquer de perdre notre honneur. C’est comme le mal. Il existe, il faut faire avec.

Généralement la violence vient d’autrui, quelqu’un vous l’impose par une agression verbale ou physique. Vous avez 2 choix: soit vous défiler et la subir toute la vie ou l’affronter et montrer au violent qu’il ne vous fait pas peur et donc l’obliger à renoncer à sa violence…

A Bruxelles après le lancement du lacrymogène, nous avions le choix entre fuir lâchement et rentrer nous mettre à l’abri, ou rester sur place pour signifier au policier que nous avions l’autorisation de manifester et que nous comptions poursuivre notre manifestation jusqu’à son terme.

Pour éviter qu’il ne lance encore un lacrymogène, il fallait bien montrer que nous étions capable de commettre plus de dégâts encore. C’est ainsi que sous l’effet de la colère nous avons occasionnés les dégâts matériels. Tout ça n’était pas prémédité.

Nous ne sommes pas parti avec l’intention de casser des voitures. J’avais même essayé de dissuader les compatriotes qui lançaient les pierres de le faire, mais j’étais moi-même révolté d’avoir été intoxiqué par le lacrymogène sans sommation ni l’avoir mérité.

La meilleure arme contre la violence c’est le défi, la résistance.

Le pouvoir actuel nous provoque tous les jours, sa violence coûte la vie aux notre, sa violence coûte la dignité des congolais, sa violence ruine notre pays. La seule façon d’arrêter cette violence, la seule arme à opposer à cette violence c’est de la défier; de lui montrer qu’elle ne nous fait pas peur. Et alors nous la maîtriserons. Celui qui cède à la menace, se fera dominer toute sa vie.

Les vies humaines le Congo n’arrête pas d’en perdre. Chaque jour 1000 congolais meurent pour fait de guerre, c’est une moyenne. Et ce chiffre n’est pas de moi, c’est le rapport des experts de l’ONU publié cette année, au mois d’avril. Comment voulez-vous arrêter cela, si nous déplorons une voiture calcinée et oublions de déplorer les 1000 morts d’hier au Congo, et ceux d’aujourd’hui?

La réponse est simple, les milles morts pour beaucoup d’entre nous c’est un slogan. Ils n’existent pas puisque nous ne les avons pas vu. J’étais à Kinshasa quand j’ai reçu les images de l’Ituri où on voyait des miliciens se pavaner avec les têtes de leurs victimes. J’ai montré ça aux kinois, très peu les ont regardé, d’autres m’ont dit que ça ne se passait pas au Congo, d’autres encore ont simplement refusé de les regarder. Nous sommes comme ça.

Notre cause est juste, pour la défendre nous avons le droit d’exiger la démission globale et inclusive des acteurs de la transition. Quelque soit ce que nous ferons nous n’égalerons jamais la violence qu’ils nous font subir au quotidien.
Nos marches sont et resteront pacifique, mais toute provocation recevra une réponse proportionnelle.

Pour voir mon témoignage visuel visitez le site www.culturek.net les photos chronologiques de la manifestation.

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