VERS UNE NOUVELLE DICTATURE?
Les enjeux économiques 1714

Le 23 mars 2007 aura peut-être été le moment charnière où la fragile démocratie du Congo a glissé vers une nouvelle forme de dictature. Et cela n’est pas de bonne augure pour des investisseurs de bonne foi qui étudient les possibilités de redressement de cet immense pays.

Le Président Joseph Kabila a-t-il tout récemment montré le vrai visage de son régime en accusant son rival et chef de l’opposition, Jean-Pierre Bemba, de haute trahison? Ceux qui détiennent le pouvoir à Kinshasa feraient bien de changer leur fusil d’épaule et cela vaut certainement aussi pour la communauté internationale, laquelle doit, selon notre Ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, amplifier son rôle d’accompagnateur.
Il semble que jusqu’à présent, les avocats les plus ardents de la démocratie ont plutôt été des promoteurs d’un néo-mobutisme. Etait-ce voulu ou étaient-ils simplement naïfs ?
La Communauté internationale avait jusqu’à présent une seule priorité absolue au Congo : la stabilité politique. Elle avait, du moins dans son discours officiel, fortement négligé les aspects économiques. Et pourtant, l’incitant pour un changement de régime dans l’ancien Zaïre était purement économique. Très concrètement, il s’agissait pour les groupes miniers occidentaux de remettre la main sur les ressources naturelles, dans le cadre de la mondialisation et restructuration du secteur minier global. Ce mouvement de consolidation a été occulté pour le grand public par des beaux discours sur la démocratie et de nobles intentions : la reprise de l’aide au développement et l’apport de 450 millions d’euros pour les élections les plus onéreuses jamais organisées. Une opération qui à première vue a bien réussie et a rendu les politiciens et milieux d’affaires occidentaux euphoriques. Les stratèges occidentaux risquent toutefois de perdre le contrôle des opérations, tant ils se sont empêtrés dans leurs propres contradictions.
Le Congo semble plutôt sur la bonne voie pour faire sien le modèle angolais, un système dans lequel les matières premières, conjuguées aux exploitants miniers, renforcent la base de pouvoir de l’élite en place. En laissant ce jeu de pouvoir économique suivre son cours, la Communauté internationale encourage ainsi la mise en place d’une «démocrature» bourgeonnante.
En effet, Bruxelles s’énerve du fait que Bemba maintient en place sa milice privée, mais cela s’est passé avec l’assentiment de la Communauté internationale. Celle-ci est donc aussi responsable des affrontements sanglants qui sont intervenus à Kinshasa, une ville qui compte plus ou moins autant d’habitants que le Sierra Leone tout entier ou encore le Rwanda. Elle n’a point réagi quand des ambassadeurs occidentaux se sont retrouvés sous le feu de l’armée de Kabila. Elle a encore fermé les yeux quand les violences firent des centaines de morts au Bas-Congo. Elle se tait une fois de plus quand l’avocate Marie-Thérèse Nlandu est condamnée pour «haute trahison» dans des circonstances douteuses. Et cette même Communauté internationale nous empêche de savoir qui profite vraiment des contrats miniers, lesquels pourraient rapporter bien plus à la population qu’une aide au développement triplée ou même quadruplée.

VIOLENCE A Kinshasa

En laissant se poursuivre la lutte pour le pouvoir économique centré sur les matières premières, la Communauté internationale ouvre la voie à une dictature.

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