Eve Bazaïba Masudi est sereine. En dépit d’attaques et insultes qui abondent depuis son acte de candidature à la députation au titre d’indépendante, celle qu’un baron de l’UDPS disait au lendemain de son dépôt de candidature loin du mot d’ordre du parti d’Étienne Tshisekedi qu’«elle doit elle-même tirer les conséquences de son acte» – sans plus! – croit toujours qu’elle est membre de l’UDPS, toujours «ministre du gouvernement UDPS».
La quarantaine, mariée, mère de dix enfants, originaire de la province Orientale, Eve n’est pas au sein de l’UDPS une militante de la 25ème heure.
Son activisme et son engagement politique datent des premières heures de la création de ce parti. Elle y est arrivée après en avoir lu le projet de société, après avoir compris que l’alternative de la bonne gouvernance dans le pays, c’est… l’UDPS qui l’incarnait, à travers la fameuse lettre ouverte de 52 pages, écrite par les treize parlementaires au plus fort de la dictature de Mobutu.
«Tout ce qui est écrit dans cette lettre est d’actualité aujourd’hui encore, hormis la donne de la guerre», confie-t-elle au «Soft International».
Eve Bazaïba a commencé comme militante de base, à la Section de Lingwala.
C’est dans sa maison que les réunions se tenaient. Elle a gravi les échelons: fédération provinciale, puis nationale avant d’exercer pendant dix ans au Secrétariat national comme secrétaire nationale en charge des relations avec la MONUC et le CIAT. Parallèlement à son engagement politique, elle milite dans le mouvement associatif.
Actuellement, elle est secrétaire générale et représentante pour l’Afrique au Comité international pour le respect et l’application de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Elle a parcouru le monde pour des formations et réunions dans les domaines des droits humains, du genre, dans la négociation et la résolution des conflits et même sur les systèmes électoraux.
Ève croit qu’on ne peut être politique pour soi-même, mais pour le bien de tous, pour la défense de l’intérêt général. Elle explique au «Soft International» le pourquoi de son acte de candidature.
Si le 1+4 a régné, pendant cette Transition, il risque de régner mais cette fois, avec la légitimité populaire, nous dit-elle en substance.
Au stade actuel, les règles du jeu sont faites de manière à ne pas inclure les forces politiques importantes du pays, mais plutôt à les éliminer.
«Remarquez qu’au lieu d’être un processus participatif, ce processus ressemble à un tournoi de football. On a mis en place des règles de jeu en sorte d’éliminer tous en donnant in fine la coupe au pays organisateur. C’est une finale. Il doit y avoir les 16emes, les 8emes, les quarts, les demis et la finale… On a mis en place une organisation telle que seul le pays organisateur l’emporte. Alors, elle, comme équipe, elle s’est demandée s’il ne fallait pas monter sur la pelouse, jouer le match parce que les règles du jeu ne sont pas bonnes, parce que le pays organisateur va l’emporter! Ce qui aurait conduit à perdre par forfait».
«N’avez-vous jamais vu le pays organisateur perdre la coupe même s’il a, à sa cause, l’arbitre, les juges de touche, les journalistes?»
«Ma candidature est une candidature de révolte. Ce n’est point l’effet d’un coup de tête, c’est un acte réfléchi. J’ai pensé à mon parti, à ma contribution à son combat, aussi comme fille de ce pays».
«À un moment donné, je me disais qu’il y a un problème de lisibilité et de visibilité dans l’avenir. Que faire alors pour rendre réel et effectif notre combat? Je me disais que je ne pouvais plus me permettre le rêve et, à mes collègues, je disais que je devais intervenir comme politique».
«Pour cela, dois-je me laisser faire? Je préfère me jeter à l’eau, souffrir… Je suis insultée, martyrisée, cela n’est pas grave pour moi parce que l’avenir me donnera raison par rapport à mon combat. Le plus important, c’est que je garde mon intégrité morale, l’éthique dans tout ce que je suis en train de faire». L’UDPS a raison mais il lui en faut plus pour que les choses changent».
«Les méthodes de lutte sont diverses et je pense qu’il faut savoir changer le fusil d’épaule. Avec les collègues au Parlement, nous allons essayer de faire bouger les choses ».
Cette dame de fer qui parle, cette Mère Courage, qui fit brillamment Sun City, à la Commission socioculturelle que présida l’actuelle Présidente du Libéria Ellen Sirleaf Jonhson, vient de parcourir le monde, vient de siéger au CIAT, à la MONUC. Elle est restée à l’écoute des autres.
«De ce qui se dit autour de moi dans tous les sens, je réalise que je suis une personnalité politique importante dans notre pays. Je trouve normal que le public réagisse quand je pose un acte public».
Êtes-vous toujours à l’UDPS?
Je suis toujours à l’UDPS, je demeure membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social.
Vous vous êtes enrôlée candidate contre le mot d’ordre de l’UDPS?
J’ai posé ma candidature en qualité d’indépendante à la députation nationale pour le district de Mont Amba, ville de Kinshasa.
Pourquoi à vos yeux votre acte fait-il du bruit?
C’est parce que je ne suis pas une moindre personnalité au sein de l’UDPS d’abord et au niveau de la Société civile ou des défenseurs des droits de l’homme. Je comprends toute cette agitation.
Au fait, mon parti a levé l’option de ne pas participer au processus électoral jusqu’à ce qu’un certain nombre de préalables soient pris en compte et par la communauté internationale et par la classe politique congolaise au pouvoir actuellement.
Le fait que je sois de ce parti et ayant décidé de me présenter aux prochaines élections, cela ne peut que paraître à l’opinion tant nationale qu’internationale comme un reniement alors que tel n’est pas le cas. Moi, je me suis entretenue longuement avec les instances dirigeantes du parti.
Voulez-vous dire que vous avez obtenu l’accord de l’UDPS?
Je ne parlerai pas en termes d’accord. Sachez que j’ai informé les instances dirigeantes du parti. J’ai parlé notamment avec le président national Étienne Tshisekedi. J’en ai parlé avec le secrétaire général du parti. L’UDPS est très bien organisée et c’est comme cela que les structures fonctionnent.
À l’UDPS, je suis membre du gouvernement; mon chef direct, c’est le secrétaire général. Et au niveau du double exécutif, c’est le président national qui engage le parti auprès des tiers.
Qu’avez-vous dit à Tshisekedi et à Rémy Massamba pour passer outre le mot d’ordre de l’UDPS?
J’ai dit que le parti a toujours su que je suis défenseur des droits de l’homme et, à ce titre, j’ai évolué depuis plusieurs années dans les milieux de la Société civile. Dans tout cela, le parti m’a toujours soutenue. En fait, le parti a, dans une certaine mesure, bénéficié de mon travail en tant que défenseur des droits de l’homme.
J’ai expliqué qu’au sein de la Société civile, nous avons levé l’option que quelles que soient les difficultés que nous rencontrons et puisque ce processus est vicieux, comme le dit l’UDPS à travers ses revendications justes et fondées, nous ne pouvons pas laisser le champ libre aux seuls belligérants qui se sont arrogés le pouvoir politique et le pouvoir militaire pendant toute la période de transition.
Nous nous sommes dit qu’on ne peut plus leur laisser l’opportunité de gérer seuls le pays après la transition. Il faut qu’une masse critique intègre les instances dirigeantes du pays, au niveau du pouvoir législatif – Parlement national et Parlement provincial – et au niveau de l’Exécutif en vue d’y apporter cette idée de la masse critique.
Parmi les candidats, la majorité est composée des défenseurs des droits de l’homme, membres de la Société civile de développement, confessions religieuses, enseignants… Tout en restant solidaire des autres membres du parti sur la position face au processus en cours et en soutenant les revendications de l’UDPS, je fais partie de cette masse critique et je dois m’y intégrer parce que demain ou après-demain, la télévision ne me servirait plus à rien.
Aujourd’hui, la population qui me regarde à la télévision dit: «tu as donc bien parlé, tu as bien défendu les positions et les idéaux du parti pour l’instauration d’un État démocratique, c’est-à-dire l’État de droit». Mais ça n’aura rien changé à la situation parce que c’est à la télévision seulement. Moi, je dis qu’il faut aller ensemble avec les collègues qui seront au Parlement pour faire bouger et changer les choses.
Quel est votre rôle à l’UDPS et dans le pré carré de Tshikas?
Il y a mes fonctions de Secrétaire nationale chargée des relations avec la MONUC et le CIAT mais il y a aussi mon rôle de conseiller du président national. Si je suis parvenue à gagner sa confiance c’est par rapport aux conseils. L’UDPS travaille dans un système de pyramide inversée.
Quand le président Tshisekedi parle et que cela fait boule-de-neige, c’est parce qu’il recueille les avis de la base. Nous sommes là pour récolter les avis de la base, en faire une analyse, tamiser et présenter les points de vue au président. Mon rôle est aussi un rôle de communication de la vision du parti; je suis plus connue pour ça parce que j’explique ce que le parti veut. À l’UDPS, tout le monde est mobilisateur, recruteur et implanteur du parti.
Comment les décisions s’y prennent-elles?
C’est par consensus et vote. Il y a les discussions au niveau de chaque organe; il y a les organes centraux et de base. En ce qui concerne les décisions politiques, c’est au niveau du directoire. Il y a le bureau du Secrétariat national, celui du Comité national avec le collège des fondateurs.
Votre geste n’est-il pas un acte de rébellion voire de désaffection de l’UDPS?
Certes, on me sait cadre de l’UDPS, mais on me sait aussi défenseur des droits de l’homme. Pour le moment, le parti sait que cela fait trois ans que j’ai été élue secrétaire générale et représentante pour l’Afrique d’une organisation panafricaine, le Comité international pour le respect et l’application de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
J’ai évolué dans la Société civile comme chargée de programme dans diverses plates-formes féminines. Pour le moment, j’ai été élue présidente de la Ligue des femmes congolaises pour les élections. C’est une ligue qui rassemble les femmes de tous les partis politiques de l’opposition et du pouvoir, c’est-à-dire les femmes qui ont accepté de postuler comme candidates aux élections.
Peut-on être Politique et Société civile en même temps? On vous connaît comme UDPS que comme Société civile. Candidate indépendante, ne donnez-vous pas raison à ceux qui désavouent l’UDPS?
Pour moi, c’est une autre manière de pouvoir appuyer la lutte de mon parti parce que si nous nous trouvons tous dans le même camp où on nous met des barrières, je ne sais pas si nous aurons des gens de bonne volonté dans l’autre camp pour prendre une décision à notre faveur.
Si vous voulez, je n’y vais pas seule, certainement pas officiellement comme parti, mais j’ai avec moi la masse critique des autres défenseurs des droits de l’homme avec qui nous avons peaufiné des stratégies pour essayer de faire bouger les choses. Croyez-moi, si nous laissons aux belligérants la gestion du pays comme ils l’ont fait dans le 1+4, ils risquent de ramener le 1+4, cette fois-ci avec la bénédiction de la population qui va légitimer leur pouvoir d’une manière ou d’une autre aux élections.
Voilà pourquoi, nous avons décidé d’y aller. Pour moi, ce n’est donc pas un désaveu parce que les revendications et les préalables de l’UDPS sont fondés et justes. Nous avons toujours pensé à l’UDPS que les élections en RDC devraient normalement être porteuses de paix et non de germes de conflits au lendemain de la proclamation des résultats du scrutin. Au stade actuel, les règles du jeu sont faites de manière à ne pas inclure les forces politiques importantes du pays, mais plutôt à les éliminer.
Vous remarquerez qu’au lieu d’être un processus participatif, le processus actuel ressemble plutôt à un tournoi de football. On a mis en place des règles du jeu d’élimination exclusive, c’est-à-dire, il doit y avoir les 16emes de finale, les 8emes de finale, les quarts de finale, les demi-finales et la finale… On a mis en place une organisation telle que seul le pays organisateur l’emporte. Alors, moi en tant qu’équipe, je me demande s’il ne faut pas jouer parce que les règles du jeu ne sont pas bonnes, parce que le pays organisateur va l’emporter.
Mais dans ce cas, nous risquons de perdre le match par forfait. N’avez-vous jamais vu le pays organisateur perdre la coupe même s’il a derrière lui l’arbitre, les juges de touche, les journalistes… Voilà la logique qui nous conduit aux élections avec les amis défenseurs des droits de l’homme. J’ai refusé d’être sur la liste de la Société civile pour qu’on ne m’accuse pas un jour de mener la politique et de véhiculer l’idéologie de l’UDPS.
J’aime à être libre. J’ai décidé de me battre parce que j’estime, comme l’une des personnalités ayant œuvré pour donner du punch à l’UDPS, que j’ai le devoir de continuer avec cette vision du changement. Les méthodes de lutte sont diverses et je pense qu’il faut parfois savoir changer le fusil d’épaule. Voilà pourquoi j’ai levé cette option. Quand on parle de changement des méthodes de lutte, cela ne signifie pas seulement prendre les armes.
Dans l’opinion, il va se poser un problème de compréhension, je le sais. Mais je suis convaincue de ma vision. Le plus important est que je reste intègre dans ma position, c’est-à-dire ne pas être en contradiction avec moi-même, ni avec les idéaux du parti. J’essaie d’apporter, à ma manière, une autre façon de pouvoir combattre. C’est tout à fait différent des cas des autres collègues ou combattants qui ont été nommés par le pouvoir, qui ont été désignés par le pouvoir, qui ont fait des combines avec le pouvoir… Si je dois être corrompue, je préfère l’être par la population. Et si je dois rendre compte, c’est à la population que je le ferai.
Les amis qui nous ont précédés avec ce genre de méthodes n’ont pas bien réfléchi parce qu’ils étaient obligés de rendre compte aux personnes qui les avaient nommés. Moi, je vais rendre compte aux hommes et aux femmes de ma circonscription de Mont Amba qui vont m’élire et qui vont me donner leur confiance parce que nous sommes en train de signer un contrat social. Ils promettent de m’élire à condition que je reste fidèle à la ligne maîtresse du parti, c’est-à-dire: l’intégrité, la lutte contre les anti-valeurs.
Croyez-vous encore que l’UDPS saurait obtenir gain de cause dans sa revendication du processus électoral?
Je crois que l’UDPS peut obtenir gain de cause à condition qu’il y ait bonne volonté et bonne foi de la part de la classe politique. Toute la difficulté se situe au niveau de la bonne foi de la classe politique.
Quand l’UDPS a, lors des négociations de Sun City, proposé la durée de la transition à cinq ans avant d’organiser les élections, nous étions hués par la classe politique actuelle, notamment le PPRD. Maintenant, c’est le même PPRD qui est en train de pousser la CÉI à la prolongation. On finira toujours donner raison à l’UDPS.
Quand nous sommes rentrés de la table des négociations, c’est toujours le PPRD qui a favorisé la tricherie… Le Comité de suivi a été dirigé par le président de la République qui est l’initiateur du PPRD, c’est-à-dire le souffleur même de l’idéologie de ce parti. Il a cautionné la tricherie lorsqu’on a fait passer un belligérant pour un membre de l’opposition non armée, en l’occurrence Z’Ahidi Arthur Ngoma.
C’est à partir de là que les données ont été faussées. Et d’ailleurs, Joseph Kabila lui-même, prédisait une transition agitée… C’est parce qu’il savait qu’on avait commencé par un mauvais départ. Ce que le vice-président Azarias Ruberwa confirmera. J’étais à Goma au moment où il s’apprêtait à venir à Kinshasa. Il a déclaré aux militants du RCD que la transition avait démarré avec des ratés et qu’ils allaient nous rattraper.
Et moi, je dis que ces ratés vont nous rattraper parce que tout n’a pas été organisé avec le sérieux qu’il faut pour ce genre d’élections. Je suis personnellement d’avis que pour qu’un fou me comprenne, il n’ y a pas une autre recette sinon celle de me faire passer pour une folle afin d’émettre sur la même longueur d’ondes. À mon avis, je ne pense pas qu’on parvienne à assainir l’environnement de l’extérieur. Et cela n’engage que ma personne tout en respectant l’idéologie de l’UDPS.
Comment appelez-vous cela sinon une rébellion?
Pas du tout! Au contraire, je pense qu’il faut entrer dans cette maison-là pour essayer d’assainir l’environnement… Je n’y serai pas seule. Je vous ai parlé de la masse critique des défenseurs des droits de l’homme.
Faites une enquête, vous verrez combien les membres de la Société civile, la vraie alors, celle des personnalités intègres, se sont fait enrôler en masse. En termes d’organisation, vous remarquerez que ce sont les personnes qui ont évolué dans les structures comme l’ASADHO, le Groupe AMOS, WOPPA, les confessions religieuses, les syndicalistes, les enseignants, les fonctionnaires… qui briguent un mandat électif.
Cela veut dire tout simplement qu’on ne nous écoute pas du dehors, donc, il faut faire bouger les choses de l’intérieur parce que, comme on dit, l’union fait la force. Je suis convaincue que nous allons faire bouger les choses et que les élections ne sont qu’une étape. Après celles-ci, le Congo va continuer à bouger si nous ne rentrons pas dans la droite ligne telle que le prévoit l’UDPS.
Croyez-vous à la bonne réussite du processus électoral?
Je ne suis pas prophétesse de malheurs, ni pessimiste… Je suis de nature optimiste, mais je vous dis qu’aussi longtemps qu’on ne prendra pas en compte les revendications des forces politiques importantes, on va naviguer dans l’exclusion, on ne parlera jamais du Congo en termes de développement et nous serons en train de tournailler.
Quels sont les enjeux des élections en R-dCongo?
Il y a les belligérants qui se battent bec et ongles pour demeurer au pouvoir. Ils ont les mains sales, teintées de sang… La CPI poursuit Thomas Lubanga, il y a d’autres qui, actuellement, gèrent et ne recherchent que l’immunité pour échapper aux poursuites. Au pouvoir, quand bien même il y aurait des poursuites, ils bénéficieront des circonstances atténuantes.
Il y a les opprimés: fonctionnaires, population, femmes. Tous veulent instaurer une certaine légitimité au pouvoir, qui a fait défaut depuis plusieurs années. Étant dans les syndicats, défenseurs des droits de l’homme… il est difficile d’être nommé ou placé quelque part parce qu’on va dénoncer, on va gêner.
Mais c’est facile de passer par la population. Elle vous désigne pour le Parlement et même au Gouvernement. C’est un malade qui n’a jamais compris l’origine de sa maladie et comment se guérir et qui décide de faire la médecine pour bien comprendre l’état de sa santé au lieu d’avoir à se remettre toujours à l’autre…
Et pour la femme?
Cela fait des décennies que l’on parle des droits humains comme des droits des femmes. Il est grand temps que les femmes accèdent aux instances de prise de décision, non seulement pour contribuer au développement de la nation, mais aussi pour s’occuper de la majorité de la population composée des femmes et des enfants.
D’où votre candidature?
Ce sont notamment tous ces enjeux qui m’ont motivé. Ma candidature est une candidature de révolte. Je suis révoltée par l’oppression, l’inconscience de la classe politique congolaise qui ne pense qu’à l’extérieur, qui ne capitalise pas les compétences, les volontés et les disponibilités de ses fils et filles pour l’avènement d’un État de droit dans ce pays. C’est ça qui me révolte… Ce n’est point l’effet d’un coup de tête, c’est un acte réfléchi.
J’ai pensé à mon parti, à ma contribution à son combat, aussi comme fille de ce pays… C’est un processus, je me suis toujours préparée et j’ai toujours parlé avec des collègues de la faisabilité de tout ce que nous sommes en train de faire.
À un moment donné, je me disais qu’il y a un problème de lisibilité et de visibilité dans l’avenir. Que faire alors pour rendre réel et effectif notre combat? Je me disais que je ne pouvais plus me permettre de rêver et, à mes collègues, je disais que je devais intervenir comme politique.
Comment adapter notre vision d’un État démocratique avec ce qui se fait ici? Étudiante, un professeur de droit nous disait: «souffrez que je vous enseigne le droit qui devrait être parce que je sais que vous vivez le droit qui est». Ce que nous vivons ici, ce n’est pas la politique. C’est l’aventurisme, l’amateurisme, l’affairisme inutile pour s’enrichir les poches au détriment de la population. Pour cela, dois-je me laisser faire?
Je préfère souffrir, me jeter à l’eau… Je suis insultée, martyrisée, cela n’est pas grave pour moi parce que l’avenir me donnera raison par rapport à mon combat. Le plus important, c’est que je garde mon intégrité morale, l’éthique dans tout ce que je suis en train de faire. Je n’ai pas de moyens; lorsque je pose ma candidature, je pense à la population que je défends qui est en fait ma richesse parce qu’ensemble nous allons atteindre l’objectif de ma vision.
TSHIMANGA DOLAY.
NADINE KINGOMBE. lesoftonline.net 05/04/2006
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