Le Bureau de la Commission électorale indépendante (Cei) a habitué l’opinion publique à des improvisations «de dernière minute», quoique son président s’en offusque souvent lorsque des acteurs politiques l’accusent de «manœuvres dilatoires» destinées à retarder l’organisation des scrutins.
Parmi ces «manœuvres dilatoires », l’opposition politique évoluant hors des institutions de la transition cite la prolongation «de manière cavalière» de la période de dépôt des candidatures à la présidentielle et aux législatives, susceptible de renvoyer au mois de juillet les premiers scrutins.
REPORTS
La Cei a reçu de l’Accord global et inclusif la mission d’organiser les élections générales endéans les 24 mois de transition ou, en cas de force majeure liée à des contraintes matérielles, durant la «prolongation de six mois, renouvelable une fois».
En janvier 2005, le président de la Cei avait créé la sensation en annonçant, dans une interview à une radio périphérique, la tenue des élections au-delà du 30 juin, «terme constitutionnel de la transition». Cette déclaration avait suscité un émoi tel que les deux bureaux du parlement ‘Assemblée nationale et Sénat) avaient initié un séminaire interinstitutionnel pour examiner la situation politique prévalant au pays à quelques mois de la fin «constitutionnelle» de la transition.
Des voix s’étaient même fait entendre pour suggérer une organisation «combinée» de la présidentielle et des législatives avant le 30 juin. D’autres, visiblement extrémistes, avaient menacé de provoquer des manifestations de rue pour déclarer le régime 1+4 «démissionnaire» au 1er juillet.
Evidemment, la Cei arguait de l’absence de la loi référendaire, de la Constitution de la IIIème République et de la Loi électorale pour justifier la non élaboration d’un calendrier électoral. La responsabilité était donc partagée entre la Cei et l’Assemblée nationale (lois référendaire et électorale) ainsi que le Sénat (Constitution).
Puis vinrent le référendum (18-19 novembre 2005), la promulgation de la Constitution (18 février 2006) et de la Loi électorale (9 mars 2006). Dans la soirée du même jour, la Cei dévoilait le «calendrier des élections de 2006 en Rdc» au cours d’un point de presse, fixant au 18 juin le premier tour de l’élection présidentielle et les législatives.
Le coup d’envoi (10 mars) du dépôt des candidatures pour les élections présidentielle et législatives donna à penser que, le 23 du même mois, le Bureau de réception et de traitement des candidatures (Brtc) allait clôturer ses opérations. Que non ! Une prolongation «de dix jours, jusqu’au 2 avril à 16H30 locales» était aussitôt «improvisée», la Cei faisant valoir que le nombre de candidats enregistrés pour la députation était largement inférieur aux 500 sièges dont doit disposer constitutionnellement l’Assemblée nationale.
«Il faut éviter les improvisations de dernière minute. Nous n’avons plus droit à l’erreur, surtout au regard des passions et des intérêts politiques que va soulever la phase de ramassage des plis et des résultats» des élections, avait pourtant averti le président de la Cei au mois de mars. Mais, lors de son récent séjour en Belgique, l’abbé Malu Malu a admis que la prolongation de dix jours allait perturber le calendrier électoral.
Et, tout aussi naturellement, la Cei à Kinshasa laissait entendre que le premier tour de la présidentielle et les législatives pourraient ne pas être organisés au mois de juin, à cause du temps que prendraient l’impression et la livraison des bulletins de vote.
PROJECTIONS
Le début du dépôt des candidatures pour les élections provinciales auprès des bureaux de la Cei, antérieurement prévu pour le 9 avril, a été aussi décalé de dix jours, allant du 20 avril au 11 mai.
Il en va de même pour la date de publication de la liste définitive des candidatures aux élections présidentielle (5 avril) et législatives (9 avril). La Cei l’a annoncée pour le 19 avril, jour auquel pourrait être également révélé le calendrier électoral aménagé.
Pour rappel, le chronogramme journalier de la Cei pour la tenue des élections présidentielle et législatives prévoyait 110 jours «de la convocation aux élections jusqu’au premier jour du scrutin». La période des dépôts des candidatures et de la production des listes définitives des candidats était de 36 jours, celle de la production et la livraison des bulletins de vote (imprimés par plusieurs fournisseurs) de 42 jours, et 36 jours pour la distribution du matériel électoral vers les bureaux de vote.
Pour les élections provinciales, il prévoyait 43 jours pour la période de dépôts de candidatures et de production des listes définitives des candidats, et 42 jours pour celle de la production et de la livraison des bulletins de vote. La Cei avait fait cette simulation le 20 février 2006, dans l’hypothèse d’une promulgation de la loi électorale le 27 février.
Si l’on s’en tient au même décalage de dix jours, des observateurs optimistes pensent que la Cei, avec «un zeste de bonne volonté» pourrait bien organiser la présidentielle et les législatives le 28 juin 2006, deux jours avant le fameux 30 juin querellé. «A moins d’une nouvelle improvisation de dernière minute», craignent-ils.
