Devant un parterre des journalistes triés sur le volet, quelques cadres de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ont tenu un point de presse, mardi en fin d’après-midi, dans une terrasse située sur l’avenue de la Justice, derrière l’immeuble Royal. Parmi eux, deux membres du Collège des fondateurs, notamment Zéphyrin Diayikwa et Raymond Mukoka, le porte-parole du parti Jean-Baptiste Bomanza, deux membres du Comité national Gaston Dyndo et Emmanuel Kwakenda.Raymond Mukoka a lu une déclaration dite du Collège des fondateurs de l’Udps datée du 26 septembre, signée par lui et son collègue Zéphyrin Diayikwa.
Selon cette déclaration, signée par les deux fondateurs seulement, Raymond Mukoka et Zéphyrin Diayikwa, le Collège ou ce qui en tient lieu déclare s’être concerté avec le président national du parti, le 23 septembre dernier sur la situation politique nationale, marquée par les enjeux du second tour de la présidentielle.
» La Nation étant en danger, la neutralité politique par rapport aux enjeux électoraux actuels et la volonté clairement exprimée par la base du parti et la majorité du peuple congolais, constituerait pour le Collège des fondateurs une attitude d’irresponsabilité inacceptable qui frise la non assistance à un peuple en danger, et pourtant, ce Collège est la haute autorité morale du parti « , indique la déclaration. Avant d’ajouter que le Collège des fondateurs enjoint au peuple congolais, aux combattants du parti à apporter leur soutien politique et électoral au président du MLC, Jean-Pierre Bemba Gombo, qui s’est engagé à défendre les intérêts vitaux des Congolais. En conséquence, conclut la déclaration, ils doivent tous apporter un appui total à l’Union pour la Nation.
Bomanza, Diayikwa et Mukoka
Abordé par le Phare, Jean-Baptiste Bomanza, secrétaire national à la communication et porte-parole du parti, a justifié le choix de cette terrasse par des raisons de célérité. » Le bureau de Raymond Mukoka est situé non loin d’ici, c’est pourquoi nous n’avons pas voulu inviter la presse à la permanence de l’UDPS à la 12ème rue Limete « . Selon lui, Mukoka et Diayikwa se sont prononcés au nom du Collège des fondateurs dont ils sont membres. Et de poursuivre que le Comité national et le Secrétariat national du parti ne s’étant pas encore prononcés, le communiqué signé par Valentin Mubake et Rémy Massamba n’engage qu’eux-mêmes. » Ce sont deux rebelles qui ont agi en violation des textes qui régissent le parti « , a-t-il lâché.
Malgré son nouveau langage, le porte-parole de l’UDPS n’admet pas avoir changé de camp. Il dit appartenir au camp du respect des textes du parti. » Bomanza ne quittera jamais l’UDPS, il n’adhérera pas non plus au MLC, je suis venu uniquement accompagner les membres du Collège des fondateurs qui est l’autorité morale du parti « .
De son côté, le signataire de la déclaration Raymond Mukoka a indiqué que ses contacts avec le chairman ne dataient pas d’hier. Il l’a rencontré le 2 septembre, en compagnie de Zéphyrin Diayikwa, avant que le leader du MLC n’adresse une lettre à Etienne Tshisekedi pour demander le soutien à sa candidature et proposer le principe d’une rencontre au sommet. Se référant à ce long entretien avec Jean-Pierre Bemba dans l’une de ses résidences de la Gombe, puis avec son père Jeannot Bemba au téléphone, Mukoka a souligné que son parti gardait une dette morale envers la famille Bemba du fait que celle-ci a toujours mis ses avions à la disposition de l’UDPS pour le rapatriement des dépouilles mortelles des fondateurs du parti décédés à l’étranger.
A la question de savoir s’il avait mandat de parler au nom du Collège des fondateurs, R.Mukoka a soutenu que » dans la pratique « , il fait des déclarations devant la presse grâce à une délégation des pouvoirs du président national. Pour la déclaration du mardi, il n’a pas été délégué mais a agi comme membre du collège des fondateurs, a-t-il précisé. Une nuance qui a tout de même son importance.
Pour sa part, Zéphyrin Diayikwa a indiqué que le doyen du Collège Bernard Kwedy était » malade » et donc empêché. Il a précisé que le collège ne comptait plus que cinq membres, dont les deux signataires de la déclaration, Etienne Tshisekedi, Kwedy Bernard et l’épouse de feu Kanana.
A propos du cadre choisi, il a répondu qu’il s’agissait d’un point de presse et non d’une réunion statutaire du parti. » Il n’y a rien » a-t-il ajouté, en réaction à une question sur l’éventualité d’un cinglant désaveu par la base de l’Udps.
Craintes et interrogations
Pour les observateurs, il est tout de même étonnant que des membres du Comité national et du Secrétariat national de l’UDPS présents à ce point de presse, remettent aussi facilement en cause les signatures de leurs chefs, alors que le communiqué co-signé par Mubake et Massamba reste , en plus, conforme à celui, avalisé par Etienne Tshisekedi en personne, daté du 25 août et signé par cinq parmi les représentants de l’UDPS à l’extérieur du pays.
Dans le même ordre d’idées, la tendance à mettre subitement le Collège des fondateurs aux devants de la scène, alors qu’il ne constitue qu’une autorité morale, paraît suspecte lorsqu’on connaît le poids somme toute marginal de cet organe dans la gestion du parti.
Pour le reste, en donnant l’impression d’encourager cette rébellion à l’intérieur de l’Udps, on peut se poser la question de savoir si ce qui passe pour une provocation et une tentative de contourner ceux qui ont la véritable décision à l’Udps arrange vraiment les affaires du leader de l’Union pour la Nation (UN). Dans tous les cas, était-il permis, très sérieusement, de penser qu’un parti aussi attaché aux principes et qui s’est toujours déclaré exclu du processus électoral pouvait, tout d’un coup, renoncer à ce qui a toujours fait sa force pour intégrer le même processus par la petite fenêtre ?
