Autoritaires, présomptueux, impitoyables, irrévocables et eschatologiques, les qualificatifs fusaient les uns après les autres, de l’establishment congolais et de l’occident officiel, amplifiés et relayés par des médias nationaux et occidentaux en concours de superlatifs.
Le Docteur Tshisekedi était dit fatigué, essoufflé, déphasé, fini,… Les manifestations du 30 juin furent exploitées par ses pourfendeurs de façon à faire accréditer ces thèses à l’opinion publique nationale et internationale pour l’enterrer politiquement.
C’était sans connaître l’homme. Neuf jours seulement après la répression sanglante du 30 juin, l’homme réussissait un meeting géant en réunissant des dizaines des milliers des personnes sur l’esplanade du Stade Tata Raphaël, en dépit du traumatisme encore vivace causé par ces tueries d’un autre âge, en dépit de l’obtention tardive de l’autorisation arrachée seulement la veille au soir, en dépit de la délocalisation de la manifestation, en dépit de l’instruction donnée par on ne sait pas trop bien qui aux transporteurs de déserter la ligne «Kinshasa Est» où l’UDPS, parti cher au Docteur Tshisekedi, compte d’inconditionnels militants.
Ecce homo! n’a pas pu s’empêcher de s’exclamer un chevalier de la plume ayant couvert l’événement. L’homme était là «égal à lui-même» (Le Phare), «sans un début de ride» (Le Soft). Les superlatifs venaient de changer de camp. Les pourfendeurs extérieurs, pour ne pas perdre la face, à travers une certaine presse occidentale qui n’impressionnera jamais plus les professionnels des médias congolais au delà de conditions technologiques, réduisit la foule à 15.000 personnes parmi lesquelles elle vit «quelques curieux». A Kinshasa, on ressortit le bon vieux slogan qui pourtant ne faisait même plus danser Mobutu et sa bande: «Kinshasa n’est pas le Congo».
Quoi de plus compréhensible que l’adversaire, naguère si arrogant et si loquace, perde subitement de sa superbe, batte en retraite et adopte une rhétorique défensive. Comment nier un fait qui était bien là, géant, têtu, insolent? Comment le déformer tant les pillages, les casses et les troubles encore agités par le pouvoir et certaines ambassades n’ont pas eu lieu de la part des militants qui ont fait montre d’une correction exemplaire? Comment le dénigrer tant rien n’a été dit ni contre le processus électoral, ni contre l’occident et qu’une minute de silence a même été observée en mémoire des victimes des attentats de Londres avant d’attaquer «nos moutons intérieurs» ?
Il ne restait de salut de la part des faucons, thuriféraires et courtisans du 1+4 que dans la parade. Question d’entretenir le doute dans les têtes de leurs seigneurs et de gagner du temps, stratégie d’arrière-garde d’une cour aux abois, qui voit la terre se dérober sous ses pieds, au vrombissement du moteur de la «machine UDPS qui n’a pas du tout été rouillée» (Le Soft) et qui se signale sur un terrain où elle entend clarifier une bonne fois pour toutes les vrais rapports de force.
L’heure est bien trop grave pour que l’UDPS leur laisse le moindre quartier. Toute illusion doit leur être ôtée et le coup tordu au doute une fois pour toutes en les poursuivant dans ce repli qu’ils espèrent stratégique à l’intérieur du Congo profond, là que leurs guerres de libération- agression de 1996 à nos jours ont fait et continuent à faire des millions de morts, de veuves, d’orphelins, de sidéennes, d’handicapés, de sans-abri, de chômeurs, de déplacés, . Et là, leur prouver que le congolais n’a pas perdu mémoire, qu’il tient à l’unité et l’indivisibilité du Congo avec Kinshasa comme reflet fidèle de ses désespoirs et de ses espoirs, de ses craintes et de ses espérances, qui s’expriment et se fédèrent les uns et les autres, bien au-delà des clivages ethniques et tribaux.
Ce n’est donc ni le moment, pour le Docteur Tshisekedi et l’UDPS, de prendre un bon repos du guerrier bien mérité, ni encore moins de se laisser distraire par des négociations aux contours déjà unilatéralement tracés, mais plutôt d’assener un coup fatal à l’adversaire en mettant en branle la «machine» du parti dans toutes les provinces, avec un programme marathon arrêté sur deux mois où le Président national de la «fille aînée de l’opposition» devra tenir un meeting dans chaque capitale de province, où les membres du directoire national devront aller chacun dans sa province prêter main forte aux entités fédérales du parti, pour de grandes manifestations dans les localités, secteurs, territoires et districts.
Après demandes dûment adressées à qui de droit, parce que le pays est dit réunifié, et l’autorité de l’Etat partout rétablie, il ne devrait être invoqué aucune raison d’ordre sécuritaire pour empêcher «l’Homme de Limete», de ‘devenir ce qu’il a toujours été: «l’Homme du Congo» en allant porter un message d’amour et d’espoir dans ce Congo profond dont il a été si longtemps privé et qu’il n’a visité ces deux dernières décennies que grâce aux bontés des maîtres de Kinshasa ».
Ainsi, il ne sera plus laissé à l’adversaire aucune parade possible, tant il deviendra évident pour tous que ce que reflète Kinshasa n’a aucune raison d’être contredit par un Congo profond logé à pire enseigne. Kinshasa sera prise pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle a toujours été: miroir du Congo profond.
Pourvu que le Docteur l’entende, et s’il le fait, pour ses détracteurs, le cauchemar ne fera que commencer car ils n’ont encore rien vu !
