Les auditeurs de la RTBF (radio et télévision belge francophones) ont suivi, ce matin (du 17/07/06) aux informations de 7h00, une petite interview d’un allemand et à celles de 8h00 celle de Mr Louis Michel.
L’allemand intervenant ce matin sur la RTB a affirmé, sans ambages, que la mission de l’Eufor au Congo rentrait dans le projet de la mise sous tutelle de ce pays pour avoir accès à ses richesses. (Ce que les congolais avertis ne cessent de dire depuis toujours !) Bien que dans son interview, Mr Louis Michel (par Marise Jacob) ait qualifié les accusations de ce genre de ridicule, le commissaire européen au développement a reconnu que certaines entreprises européennes exploitent de manière indue les richesses du Congo. Il s’est expliqué en alléguant que dans un contexte de non-existence de l’Etat, cette exploitation était possible. D’où toute l’importance que revêt pour lui les élections pouvant conduire les Congolais à avoir un gouvernement contrôlé par un parlement responsable. « Si les choses se passent bien », a-t-il avoué, les élections pourraient mettre fin à la souffrance des congolais même si elles étaient organisées dans la précipitation ! (Nous sommes en plein dans une lecture réductrice de la crise congolaise à la crise de légitimité politique. Et pourtant, elle est anthropologique ; plus éthique que politique !)
I. Un argumentaire apparemment cohérent
Analyser les deux interviews permet de voir sur fond d’une information suffisante sur le fonctionnement des réseaux d’élite au Congo et sur la façon dont la campagne électorale y est organisée donnerait un peu plus raison à l’allemand qu’à Mr Louis Michel. Tenez. En lisant les différents rapports sur l’exploitation illicite des ressources du sol et du sous-sol congolais, un constat se dégage : « les amis exploiteurs » le font sous couvert et ou avec la complicité des autorités gouvernementales et en retour accompagnent celles-ci dans l’implantation de leurs partis politiques et/ou financent leur campagne électorale. Donc, « si les choses ne se passent pas bien », ce sont les mêmes autorités prédatrices qui se retrouveront aux commandes du pays demain avec leur majorité parlementaire.
Au regard du déroulement de la campagne électorale sur le terrain congolais, les choses sont loin de se passer convenablement. En dehors des candidats dont les partis et des candidats qui n’ont pas pignon sur rue et qui « saisissent tous les prétextes pour dénoncer la campagne électorale » (Marie-France Cros, Contestation et crainte des élections, dans La Libre Belgique du 17/07/06), il y a des faits parlant d’eux-mêmes : « La télévision nationale, dans ses journaux, accorde une place nettement plus importante au président Kabila qu’à ses concurrents. Certains de ceux-ci voient leur campagne entravée par le blocage d’affiches ou de T-shirt à l’aéroport, voire, comme s’en sont plaints les candidats à la présidence Oscar Kashala et Joseph Olengankoy, par l’application de taxes sur ce matériel non réclamées à d’autres candidats. » Et « en l’absence de loi de financement des partis politiques, la différence de moyens entre concurrents est criante, le président Kabila se détachant nettement de ses rivaux, suivi par Jean-Pierre Bemba, les autres étant distancés par une différence abyssale de richesse, stigmatisée par la conférence des évêques. » (Ibidem). Dans cette quadrature du cercle, sans des mesures correctrices adéquates, les élections ne seront pas la voie la mieux indiquée de sortie de la misère pour le peuple Congolais. Elles font partie de ces multiples alternatives infernales auxquelles recourent habilement « les petites mais du capital » pour faire main basse sur les richesses du Congo. Et l’apparent argument cohérent de Mr Louis Michel n’est qu’un argument spécieux destiné à la vente des « élections-arrangés-d’avance » aux plus naïfs d’entre nous congolais. A l’écoute de l’allemand de ce matin, cela devient davantage un secret de polichinelle. Il n’a pas changé d’avis face au journaliste qui trouvait « ses accusations graves ».
II. Un débat contradictoire
Après avoir affirmé (sur la RTL-TVI) que Kabila était « l’espoir » pour le Congo de demain, Mr Michel a reconnu ce matin que les officiels belges auraient dû s’abstenir du défilé fait au Katanga les mois passés ; ce qui ne change pas grand’chose à l’approche que plusieurs congolais ont de ces politiques belges : ils ont déjà choisi leur camp. Cela même si Mr Michel s’évertue désormais à dire à qui voudrait l’entendre qu’il ne soutient aucun candidat au Congo ; que sa seule priorité est le peuple Congolais « qui a tant souffert ».
« La souffrance du peuple Congolais » devient de plus en plus un fonds de commerce pour ses bourreaux d’hier et d’aujourd’hui. On en parle sans une analyse sérieuse des procédés et méthodes qui la pérennisent. On fait comme si le fonctionnement à plein régime des réseaux d’élite au pouvoir n’était pas pour beaucoup dans la crise éthique dont le Congo souffre depuis plus de trois décennies.
Nous appelons de tous nos vœux, sur les chaînes des radios et des télévisions belges francophones, un débat contradictoire entre Mr Louis Michel et certains représentants des forces congolaises acquises à la cause d’un autre Congo comme Bana Congo, Apareco, Calcc, C2R, Toponi Congo, etc. Cela permettrait aux contribuables belges, aux congolais résidant en Belgique et autres européens de se faire une idée exacte sur les enjeux réels des futures élections au Congo. La façon dont les choses se passent actuellement sur la RTBF et sur la RTL-TVI favorise l’audition d’un ou deux sons de cloches belges ou occidentaux. Le jour que ces radios et télévisions deviendront capables de faire entendre plusieurs sons de cloche (des congolais et des occidentaux) sur notre pays, les écailles tomberont des yeux de maints européens. Sera-ce une façon de couper la branche où ces radios et télévisions sont assises ou une façon de tester leur capacité de donner une information objective ? L’avenir nous le dira. La RTBF n’est-elle pas déjà établie à Kinshasa ?
