Septembre noir pour Kinshasa qui se bat sur plusieurs fronts 2064

« 1 Septembre noir », titre déjà la presse congolaise…Sans exagération, car à la veille de la rentrée parlementaire les fronts se multiplient. Le gouvernement doit faire face à la fronde des syndicats d’enseignants, dont la grève a fait échouer la rentrée scolaire. Paradoxalement, c’est parce que les enseignants, pour la première fois depuis une décennie, ont reçu la promesse d’être payés qu’ils ont cessé le travail ! En effet, assurant que le budget de l’ Etat (deux milliards de dollars dont 600 millions affectés au remboursement de la dette) ne lui permettait pas de faire plus, le gouvernement s’est engagé à payer 70 dollars par mois aux enseignants et il a interdit d’encore recourir aux contributions des parents, qui pouvaient assurer aux professeurs un revenu de 200 dollars par mois.

Jugeant le salaire promis à la fois insuffisant et incertain, les syndicats ont exigé un barème plus élevé et lancé un mouvement de grève. Le « front social » risque de s’embraser dans d’autres domaines encore, dont les entreprises publiques, ce qui renforcera les critiques contre le gouvernement Gizenga, auquel on reproche son absence de politique de communication et sa lenteur, alors qu’il manque surtout de moyens financiers.
Mais c’est surtout sur le front militaire, les deux Kivu et l’Ituri, que la situation est inquiétante. Il apparaît en effet que si le général rebelle Laurent Nkunda, qui a déjà décliné plusieurs propositions, dont un exil en Afrique du Sud, a déclenché des attaques contre les forces gouvernementales, son action n’était pas celle d’un desperado isolé. Au cours des derniers mois, Nkunda a pu augmenter ses effectifs (aujourd’hui évalués à 12 000 hommes, dont des démobilisés de l’armée rwandaise) s’est procuré médicaments et uniformes, provenant entre autres du Rwanda et a reçu plusieurs visites d’Occidentaux. Au moment du déclenchement de l’offensive de Nkunda sur Katale et Sake, d’autres fronts auraient du être allumés, dans le Sud Kivu et du côté de Minembwe, dans le fief des Tutsis congolais Banyamulenge, tandis que des combats éclataient dans le « grand nord », du côté du lac Albert, entre forces congolaises et ougandaises. Au Sud Kivu, c’est le commandant Adrien, basé à Kaniola qui, à l’occasion de l’interrogatoire d’un suspect, a découvert le pot aux roses : des documents détaillés, faisant état d’une offensive générale qui devait se déclencher le 25 août e, plusieurs points de l’Est du pays. Ces informations furent alors transmises au colonel Kashala, dit Foca Mike, très engagé dans des opérations contre les miliciens hutus Interhahamwe, qui lui-même les communiqua au gouverneur du Sud Kivu, Celestin Cibalonza. Ce dernier procéda à l’arrestation du bourgmestre et du curé d’une commune de Bukavu, Bagira, qui furent transférés à Kinshasa et accusés d’avoir voulu lancer le « mouvement Simba-Mai-Mai ». Pour le gouverneur, « ce mouvement armé affirmait vouloir lutter pour l’indépendance de la province, défiant ainsi l’autorité de l’Etat. »
Déjouée au Sud Kivu, la violence a éclaté dans l’Ituri, sur les haut plateaux de Minembwe et au dessus de Goma. Là, les forces gouvernementales qui ont reçu d’importants renforts, essaient de réduire définitivement Laurent Nkunda, un homme visé par un mandat d’arrêt international pour des massacres commis à Kisangani et lors de la prise et du saccage de Bukavu en 2004. Ce recours à une solution militaire pour réinstaurer l’autorité de l’Etat, est blâmé par la communauté internationale, qui prône cessez le feu et négociations, et redoute que le mouvement armé hutu hostile à Kigali ,(Front démocratique pour la libération du Rwanda) n’occupe les positions libérées par les forces loyalistes. Avec l’Ouganda cependant, un accord a été conclu à Arusha entre les présidents Museveni et Kabila portant sur l’exploitation conjointe du pétrole et la sécurisation de la frontière commune. Le président congolais et son premier ministre doivent cependant faire face à un troisième front, plus fuyant mais tout aussi dangereux
: le désaveu des Occidentaux. L’état de grâce dont jouissait le président élu n’a pas duré et les critiques formulées par le ministre De Gucht lors des journées diplomatiques font ’écho d’autres reproches : déficit de communication avec les ambassadeurs occidentaux, qui aimeraient poursuivre la « diplomatie de l’injonction », refus d’accepter que le sénateur Bemba rentre à Kinshasa doté d’une garde armée, absence de progrès tangibles sur le plan social,
réticences face à une relance de la communauté économique des pays des Grands Lacs avec le Rwanda et le Burundi, (ce que Kinshasa explique par la persistance des trafics transfrontaliers illégaux). Mais surtout, l’Union européenne, qui avait financé et rendu possible les élections démocratiques, voit d’un très mauvais œil la conclusion d’un nombre croissant de contrats avec la Chine (entre autres dans le domaine des routes) et la remise en cause’ de plusieurs contrats miniers conclus durant la transition, des contrats qui avaient cependant été dénoncés comme totalement désavantageux pour l’Etat congolais….
En plus de leurs causes locales, les tensions qui se rallument simultanément en plusieurs points de l’Est du pays et qui sapent la base électorale du président représentent peut-être aussi une piqûre de rappel…

Colette Braeckam (article paru dans Le Soir du lundi 10/09/2007)

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