Savimbisation 1705

Ainsi donc le Procureur général de la République (PGR) a lancé – avec une rapidité inouïe – un mandat d’arrêt à l’encontre de l’ancien vice-président de la République et sénateur élu Jean-Pierre Bemba Gombo. Chef d’inculpation : « haute trahison ».

On le sait, les éléments de la garde prétorienne de Joseph Kabila se sont affrontés jeudi 22 et vendredi 23 mars avec des membres de la garde rapprochée du leader du MLC. Bilan provisoire : une centaine de morts et plusieurs blessés graves.

Les Congolais découvrent à leurs dépens que la force brutale demeure encore et toujours, dans ce Congo dit démocratique, le moyen par excellence pour résoudre les différends politiques. En lieu et place du dialogue. De la négociation. Le PGR s’est fondé sur l’article 188 de la Constitution promulguée le 18 février 2006 : « Les Forces armées sont républicaines. Elles sont au service de la nation toute entière. Nul ne peut, sous peine de haute trahison, les détourner à ses fins propres. Elles sont apolitiques et soumises à l’autorité ».

« Jean-Pierre » est donc poursuivi pour avoir entretenu une « milice ». Ce que l’intéressé réfute énergiquement arguant que les membres de sa garde sont titulaires de numéros matricule des Forces armées de la RD Congo et rémunérés par l’état-major général de l’armée.

Qu’est ce qu’une milice ?

Le premier dictionnaire définit ce concept comme une « organisation paramilitaire constituant l’élément de base de certains partis totalitaires ou de certaines dictatures ». En poussant la logique et l’équité jusqu’au bout, force est de relever que l’accusation portée à charge de Bemba a un côté tragicomique qui met à nu la stupidité autant que l’inféodation de la justice congolaise au pouvoir politique.

Questions : les 14.000 hommes du GSSP (garde présidentielle) ne tombent-ils pas sous le coup de cette définition quand on sait que ces miliciens, pardon, ces membres de la « Garde républicaine » n’ont jamais été brassés mais surtout échappent à tout contrôle de l’état-major général de l’armée congolaise ?
Joseph Kabila, qui est le véritable chef du GSSP, serait-il au-dessus des lois ?
Au nom de quel principe ?
Pourquoi un mandat d’arrêt autant qu’une inculpation analogue à celle de Bemba n’ont jamais été signifiés au chef mutin Laurent Nkunda ?
Est-ce parce que celui-ci est un Congolais rwandophone jouissant de la haute protection du général Paul Kagame ?
Pourquoi dans le cas de Nkunda et de ses miliciens, Kabila a opté pour des négociations plutôt qu’un affrontement armé ?
Peut-on expliquer aux Congolais pourquoi cet officier qui défie les autorités de son pays depuis juin 2004 circule librement notamment à Goma et a assisté, jeudi 22 mars, à Kitshanga, au Nord Kivu, à la cérémonie officielle de « mixage » et non de « brassage » des « éléments qui lui sont fidèles » en compagnie du général John Numbi et du gouverneur du Nord Kivu ?
Pourquoi des poursuites judiciaires tardent à être menées à charge du chef milicien Peter Karim, promu au demeurant colonel des FARDC par Kabila, après des négociations qui sont loin d’aboutir ?
Est-ce parce que le fameux Karim est à la tête d’une milice armée au service de quelques généraux véreux ougandais dans le district de l’Ituri ?
Pourquoi, le procès du chef milicien Kasongo alias « Gédéon » est sans cesse reporté alors que cet individu a commis des graves exactions sur la population dans le district du Nord Katanga ?
Est-ce parce qu’il est le protégé du « pasteur » Daniel Mulunda Ngoy, le « conseiller spirituel » de Kabila ?
Où est la cohérence ?
Où est la justice juste et impartiale à laquelle aspirent les filles et fils de ce pays ?
Les Congolais ne doivent-ils pas être traités de manière égale devant la loi ?

Sous l’habillage faussement juridique, l’accusation portée contre Bemba préfigure la commission d’un assassinat politique légal. A l’instar de son parrain angolais José Edouardo dos Santos, Joseph Kabila a ainsi mis en route le processus de « savimbisation » de son adversaire politico-militaire le plus coriace.

Chef de l’opposition armée angolaise et candidat malheureux aux élections présidentielles de 1992, Jonas Savimbi fut abattu début 2003 lors d’une embuscade tendue par les troupes d’élite de l’armée angolaise. L’élimination physique du « Chairman » est un vieux rêve caressé par les kabilistes. C’est un secret de polichinelle dans les milieux diplomatiques à Kinshasa.

Du 20 au 22 août derniers, un contingent de la garde présidentielle avait tenté de tuer Bemba en pilonnant sa résidence pendant que celui-ci recevait des ambassadeurs des Etats membres de l’ex-CIAT. Le « président élu » et ses partisans ont sans doute bu du « petit lait » en apprenant dans la soirée du jeudi 22 mars que le sénateur Bemba Gombo est allé se réfugier à l’ambassade de la République Sud africaine à Kinshasa. Un acte qui place Jean-Pierre dans la posture d’une victime. C’est connu, les victimes sont rarement des héros. « Un adversaire politique de moins », a, sans doute, pu s’exclamer le « raïs » lequel, conforté par ses « amis » politiques belges francophones, se refuse à toute idée de négociation. Erreur. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, « Jean-Pierre » continue, en dépit de ses erreurs, à jouir de l’estime d’une importante frange de la population congolaise. Celle-ci lui reconnaît le courage d’avoir pris un jour les armes pour secouer les piliers de la dictature restaurée par le régime mis en place par l’AFDL, un certain 17 mai 1997. Une dictature qui s’est consolidée sous « Joseph ». Nous écrivions dans ces mêmes colonnes que l’arrestation de l’avocate Marie-Thérèse Nlandu Mpolo Nene n’est qu’une étape. Et que Bemba devait s’attendre à être la prochaine cible des faucons du clan kabiliste. C’est désormais chose faite. Il est toujours pénible d’avoir négativement raison. Que faire ? Les Congolais n’ont désormais qu’une alternative : regarder en laissant faire la tyrannie en développement transformer le Congo tout entier en un goulag africain. Ou réagir en barrant la route, par tous les moyens, aux marionnettes au pouvoir à Kinshasa qui sont décidés à transformer le « Grand Congo » en un « comptoir » des régimes autoritaires angolais et rwandais…

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