RDC : Et si la « gaffe » de Félix Tshisekedi était son plus beau coup de poker ?

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« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. » Le vieil adage de Corneille n’a jamais semblé aussi actuel sous les latitudes kinoises. Depuis les déclarations du président Félix Tshisekedi sur la révision constitutionnelle et les horizons électoraux de 2028, la scène politique congolaise est en ébullition. En réaction, l’opposition s’est enfin réveillée de sa léthargie pour donner naissance à la coalition « Article 64 ».
Là où la majorité des observateurs n’ont vu qu’une énième gaffe présidentielle – ou une provocation maladroite –, et si, au contraire, nous faisions face à un calcul politique d’une froide lucidité ?

Briser le tête-à-tête avec la rébellion

Pour comprendre cette hypothèse, il faut observer la configuration du ring politique de ces derniers mois. Le pouvoir de Kinshasa se retrouvait piégé dans un huis clos étouffant et ultra-dangereux : un duel exclusif, armé et rhétorique, face à la rébellion du M23 et ses parrains. Un affrontement où l’espace politique intérieur s’asphyxiait, laissant le président seul face à la crise sécuritaire de l’Est, sans autre contrepoids institutionnel ou populaire que le grondement des armes.
En jetant le pavé de la révision constitutionnelle dans la mare, Félix Tshisekedi a instantanément déplacé le centre de gravité du débat national.

Forcer l’opposition à exister autour du « verrou » de 2028

Qu’on ne s’y trompe pas : une démocratie sans opposition crédible est un piège pour celui qui gouverne. Jusqu’ici, l’opposition congolaise avançait en rangs dispersés, atone, presque inaudible. En agitant le chiffon rouge du changement des règles du jeu, le Chef de l’État a offert à ses détracteurs le ciment qui leur manquait.

Le nœud de la discorde : En 2028, Félix Tshisekedi arrivera au terme de son second mandat. Selon la Constitution actuelle, un troisième mandat lui est formellement interdit. En évoquant une révision des textes, le pouvoir réveille les vieux démons du « glissement » et de la remise à zéro des compteurs juridiques.

C’est précisément pour protéger ce verrou constitutionnel que la coalition « Article 64 » est née. Le calcul secret du président ? Réveiller cette opposition institutionnelle pour recréer un espace de jeu politique classique (gouvernance, lois, élections) et, par ricochet, ringardiser l’option des armes.
En ramenant le débat sur le terrain de la Constitution, le président force tout le monde – opposants, société civile, partenaires internationaux – à revenir à Kinshasa, dans l’arène démocratique. Le message subliminal envoyé aux rebelles devient alors cinglant : « Le destin du pays se joue ici, par les urnes et les lois, pas dans le maquis. »

Un triomphe qui a besoin de contradicteurs

Gagner face à un vide politique n’apporte aucune légitimité. Pour que le second mandat de Félix Tshisekedi s’ancre dans l’histoire, il lui faut des adversaires de taille à affronter sur le terrain des idées, et non uniquement des seigneurs de guerre à combattre dans les collines du Nord-Kivu.
Si cette hypothèse se vérifie, la sortie du président n’était pas un dérapage incontrôlé, mais une masterclass de diversion stratégique. En feignant de fragiliser sa propre position et en assumant le tabou du troisième mandat, Félix Tshisekedi a peut-être réussi son plus grand coup : forcer ses opposants à s’unir pour mieux redessiner les contours d’un match politique dont il reste, pour l’instant, le maître du tempo.

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