Pourquoi a-t-on chassé Mobutu? 889

Il y a exactement neuf ans, jour pour jour, que le maréchal Mobutu Sese Seko quittait précipitamment Kinshasa pour Gbadolite, avant de prendre le chemin de l’exil vers le Maroc où la mort le surprendra, laissant ainsi le pouvoir aux troupes de l’Afdl, conduites par Laurent-Désiré Kabila. Neuf ans après, force est de constater que ceux qui, hier, s’étaient autoproclamés «libérateurs», voulant monter plus haut, sont tombés plus bas. A quoi servait-il de chasser Mobutu pour commettre les mêmes erreurs pour lesquelles on avait pris les armes ? A-t-on seulement déshabillé Saint Pierre pour habiller Saint Paul?

Les années passent vite. Les jours s’égrainent et se ressemblent. Entre-temps, le Congo continue de piétiner et s’engage d’avancer dans une marche à reculons. Est-ce la malédiction de feu le maréchal Mobutu qui avait prédit «Après moi, c’est le déluge» qui produit ses effets sur les actuels acquéreurs ? Assurément, rien n’augure un lendemain meilleur dans ce vaste bourbier dénommé «République démocratique du Congo». Ceux qui ont eu l’amabilité de sacrifier un peu de leur temps pour faire un petit tour à l’intérieur du pays, savent combien nos populations sont rentrées dans le style de vie qui n’est pas loin de l’antiquité.

NEUF ANS POUR RIEN

L’on dirait que le gouvernement actuel a commencé là où Mobutu avait terminé. Pourtant, toute la lutte menée, des années durant, par l’Udps et l’avancée spectaculaire des forces de l’Afdl, avait pour leitmotiv : chasser Mobutu, mettre fin à la dictature et instaurer la démocratie, l’Etat de droit ; bref redonner au Congolais sa joie de vivre sur son propre sol. Mais hélas ! Neuf ans après, où est-on arrivé? Nous n’avons aucune intention d’encenser le régime Mobutu qui avait été ce qu’il était, mais les acteurs politiques actuels, s’ils ne sont pas cupides, se sont plutôt comporté en donneurs de leçon qu’en véritables hommes d’action. Le bilan est là. Plausible : un peuple très paupérisé et misérable qu’on amène aux élections pour que les mêmes acteurs rééditent leur exploit sur la même scène.

Il faut dire qu’en neuf ans, Mobutu avait réalisé beaucoup de choses. Il ne faut pas qu’on se voile la face. Aujourd’hui, si l’on peut évaluer objectivement les neuf ans de l’après-Mobutu, – ce qui est l’équivalent de deux mandats américains – ceux qui ont chassé Mobutu ne l’avaient combattu que pour eux et leurs poches. Rien pour le peuple. La guerre qu’ils tiennent pour prétexte, une guerre d’ailleurs fabriquée par eux-mêmes et leurs alliés, ne doit pas être une excuse. L’on connaît les pays qui ont passé plusieurs années de guerre et qui ont géré avec efficacité le peu qu’ils produisaient. C’est d’ailleurs pendant le temps de crise qu’une nation doit renforcer la rigueur dans sa gestion. Le Congo en fait le contraire : non respect des textes, l’impunité, pas de liberté d’expression. Au nom du «respect de l’ordre public», on torchonne, on kidnappe, on muselle, on réprime toute manifestation publique.

ASSUMER NOS RESPONSABILITES

S’il nous était donné d’évaluer, l’on épouserait le point de vue de ceux qui pensent que «Le gouvernement actuel a une gestion scandaleuse. Tout ce qu’il reçoit pour le redressement social de cette pauvre population congolaise, est destiné aux différentes missions inutiles et à la campagne de ceux qui sont au pouvoir! Que le Fmi maintienne sa décision de suspendre son assistance jusqu’à la mise en place de nouvelles institutions issues des prochaines élections, n’étonne personne».

«C’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser!», pour paraphraser Rivarol. Nous avons échoué. Nous avons à assumer nos responsabilités tant au niveau individuel que collectif afin que par les élections, nous assurions un sursaut d’une grande envergure dans la gestion de la chose publique. Il s’agit d’une question de mentalité et de comportement social.

Or, au niveau de la gouvernance, les signes les plus évidents de lassitude, voire de ras-le-bol se font voir au sein de la communauté financière internationale. Tant rien n’est fait du côté des gouvernants congolais dans le sens d’engager immédiatement des actions visant à lutter contre la corruption, la fraude et toutes les pratiques incompatibles avec l’effort de redressement engagé depuis plusieurs années.

Mobutu parti, le peuple voudrait voir, dans cette troisième République un pouvoir qui soit capable de contrôler efficacement toutes les administrations afin de réconforter les gestionnaires honnêtes, respectueux de l’intérêt général et mettre au ban les agents véreux afin qu’ils n’aient plus accès à la gestion des affaires publiques. De sorte qu’ensemble, nous puissions résolument barrer la route à toutes les pratiques répréhensibles pour sauver notre pays et assurer sa survie.

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