Opération 1848

“La situation est grave à Butembo. Chaque jour qui passe, quatre personnes au moins sont abatues la nuit. Des hommes en armes font quotidiennement du safari dans les maisons des paisibles populations civiles qui sont malmenées, violentées et dépouillées de leurs biens”. Ceux qui s’adressent ainsi au Phare sont des députés élus du Nord-Kivu. Il s’agit des honorables Bayoli et Lusembe qui ont tenu à sensibiliser l’opinion publique et les autorités nationales sur la situation intenable que traverse leurs électeurs, situation davantage aggravée par les événements de la nuit du 2 au 3 juin 2007.

Que s’est-il passé Honorables ? Réponse laconique : “Toute la nuit de samedi à dimanche, les armes ont parlé à Butembo”.
A la question de savoir s’il s’agissait d’une nouvelle querelle intermiliciens, les députés Bayoli et Lusembe ont précisé que tel n’est pas le cas. En réalité, ce sont des hommes en uniforme qui sont descendus comme ils en ont l’habitude dans les cités populaires pour s’approvisionner à leur manière. Ces pratiques ayant pour effet d’énerver la population, celle-ci s’est cette fois saisi de l’un d’entre eux pour le montrer à leur hiérarchie en guise de preuves quant aux responsabilités sur l’insécurité qu’elle endure. Les amis de l’homme arrêté par la population ont fait appel à des renforts qui sont arrivés pour libérer celui-ci et ainsi empêcher que leur forfaiture n’éclate au grand jour. Ils ont ainsi tiré de 21 h00 jusqu’à 0 heure sans obtenir gain de cause. Le bilan de l’affrontement est d’un mort (militaire). Plusieurs civils blessés ont été transférés dans les hôpitaux de Butembo. Les quartiers les plus touchés sont Ndjiapanda, Kitulu et Rughenda.
A en croire les députés Bayoli de Butembo et Lusenge de Butembo, qui ont livré ces informations au Phare, les victimes quotidiennes ( 4 morts chaque nuit) sont généralement enregistrées dans les quartiers Ndjiapanda, Kitulu et Rughenda à l’occasion de chaque descente ou opération punitive des hommes en uniforme. Interrogés sur la réaction que les autorités civiles et militaires locales, provinciales et même nationales réservent à cette escalade d’insécurité, ils se sont à leur tour posé, à haute voix, la question de savoir pourquoi personne ne réagit alors que des compatriotes tombent chaque nuit comme des mouches dans une partie bien connue du territoire national.
Aussi les députés Bayoli et Lusembe ont-ils saisi l’opportunité pour interpeller le gouvernement sur l’impératif d’apporter des réponses urgentes aux questions sécuritaires de l’Est du pays. Ils ont par ailleurs exprimé leurs vifs regrets face à l’attitude équivoque de leurs collègues parlementaires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu qui, le 28 mai dernier, à l’occasion de la plénière axée sur l’examen du budget, avaient fait une déclaration selon laquelle ils suspendaient leur participation aux travaux de l’Assemblée Nationale jusqu’à ce que les signaux forts de la sécurisation des populations de leurs provinces soient émis. Au lieu de se lever comme un seul homme pour faire aboutir leur revendication, ces élus du peuple se sont désolidarisés les uns des autres selon leurs territoires d’origine ou leurs partis politiques.
Il convient de rappeler qu’une délégation des parlementaires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu conduite par Vital Kamerhe a été reçue par le Chef de l’Etat pour discuter de la question. Et depuis, elle ne fait pas signe de vie. A la place, le ministre d’Etat chargé de l’Intérieur projette une table ronde intercom-munautaire comme pour se moquer du schéma des parlementaires alors que le problème ici est plutôt politique et militaire.
Sentant que certains délégués des populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, pour des raisons inavouées, sont dans l’incapacité de traduire les aspirations de leurs bases électorales en programmes politiques, l’Archevêque de Bukavu a eu, le 28 mai dernier, le courage de dénoncer l’atermoiement de l’Assemblée Nationale et du gouvernement de la République face à la question sécuritaire dans sa province écclésiastique. Le gouvernement a donc intérêt à prendre à coeur la question sécuritaire dans cette partie du pays ; car à l’allure où vont les choses, une implosion aux conséquences incalculables est à craindre dans un avenir proche.

2007-06-04

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