Mobutu, un nom « chargé», un patronyme plein d’amalgames, car pour certains il incarne plus que quiconque les valeurs aujourd’hui disparues de l’unité nationale et la paix. Et pour d’autres, c’est le pouvoir centralisé d’une seule main pendant plus de trente deux ans.
Auquel des deux croyez-vous en analysant les nouvelles du pays? Comme ont prédit les analystes de l’époque à propos de la chute de Mobutu: «… si vous n’arrangez pas la situation sociale et économique, le mobutisme va revenir au galop. » Et ils n’avaient pas totalement tort. Les mobutistes sont partout et se font entendre, même au centre du pouvoir actuel.
Pour Nzanga, la bataille politicienne est pratiquement inversée ; lorsque beaucoup se battent pour créer un nom, lui se bat pour se faire un prénom. Dans l’ombre de ses frères aînés durant pratiquement toute la deuxième république, beaucoup voient en lui les qualités qui peuvent aider pour redorer la phase moins bonne de l’exploit de son père (pourtant à chacun ses péchés) et lui concéder la splendeur des années soixante-dix. Aujourd’hui beaucoup d’intellectuels disent à ce sujet que les erreurs du léopard appartiennent au Maréchal :« L’âme qui pêche est celle qui sera condamnée. Nzanga n’est pas Joseph Désiré, ils ont grandi dans deux contextes qui sont diamétralement opposés. »
Aujourd’hui donc, celui que l’on dit « le plus humble » de tous les Mobutu doit se battre au delà des impressions pour se faire connaître en tant que politicien et stratège.Le fils d’un léopard, n’est-il pas un léopard dans la jungle?
Les réponses sortiront cette fois des urnes , nous observerons comment ce jeune homme va se défendre.
Car chez les Mobutu, il y a une tradition: c’est l’aîné des garçons qui prend les commandes, le flambeau de la famille; donc après les morts successives de Niwa et Manda, fils de Marie Antoinette Mobutu, la première épouse du Maréchal, décédée en 1977, il est naturel que François Joseph Nzanga Ngbangawe, issu du mariage avec Maman Bobby Ladawa, la deuxième et dernière épouse du président Mobutu jusqu’à sa mort en exil au Maroc, reprenne les commandes.
Le 12 décembre 2005, en annonçant sa candidature pour les élections présidentielles et législatives pour son parti de juillet 2006, il se retrouve ainsi en compétition avec son beau-frère Jean-Pierre Bemba, pour succéder au fils du successeur de son père. « Car ce sont les Joseph et les Desiré qui dirigent le Congo … et lui s’appelle François Joseph », plaisante un congolais en plein débat.
Dissocié du MPR qui a connu une bipartition, il a récupéré une bonne partie des mobutistes en symbiose avec de nouveaux venus et des prosélytes pour mettre en œuvre son parti l’UDEMO, en sigle.
Nzanga, 36 ans, autrefois, porte-parole officiel de son père, a fait ses études en Amérique du Nord, espère gagner les premières élections libres du pays en juillet. « Nous ne disons pas que Mobutu était parfait. Il était un être humain, ainsi il a fait des erreurs » a souligné le candidat de l’Udemo pour Kisangani, Christophe Enjimo-Ngado à un journal européen… « Mais la démocratie signifie quelque chose de différent aux africains. Regardez ce qui est arrivé à notre pays après que nous ayons perdu Mobutu – nous avons vu l’anarchie ». Au tour du Président de l’UDEMO : » Face à ces drames, je prends l’engagement solennel devant Dieu, devant le peuple congolais et devant l’humanité de redonner la dignité à mes concitoyens et de faire de la RDC une nation forte et dynamique au sein de l’Afrique « , a déclaré le président Nzanga Mobutu à la presse locale et internationale, avant d’ajouter : » Ma candidature n’est pas une fantaisie. Il faut vraiment la prendre au sérieux », toujours dans sa démarche de renaissance de l’image du Congo.
L’Union des mobutistes de Nzanga Mobutu présente également 172 candidats dans 9 provinces (aucun au Kasaï Oriental et au Sud Kivu) pour les élections législatives. En d’autres termes, une bonne prestation pourrait lui garantir le poste de premier ministre et beaucoup d’influence à l’hémicycle. Il compte évidement bénéficier de l’appui de tous ceux qui considèrent que les Kabila ont apporté l’homicide des institutions ainsi que l’aventurisme politique ; et aussi de sa sœur Ngawali Mobutu plus expérimentée dans les rouages de la politique. En somme, sa quasi virginité politique et son tempérament sociable le placeraient en dehors des radars des critiques, reste à savoir comment il capitalisera ces atouts.
