Je ne dois pas être le seul à avoir été frappé par une coïncidence. La même semaine, où la Présidente suisse a annoncé que la Suisse était prête à rembourser… 8 millions au lieu des milliards attendus, que ses banquiers recèlent pour compte de feu le dictateur Mobutu, on inaugurait à Masina l’hôpital offert par Jean-Jacques Dikembe Mutombo.
De multiples commentaires ont déjà été faits sur la modicité de la somme « retrouvée » dans leurs coffres par les banquiers suisses. On a remarqué à la fois que les Helvètes ont laissé le temps à la nombreuse parentèle du défunt de mettre à l’abri tout ce qu’elle pouvait, qu’il est d’autres paradis pour l’argent sale que la Suisse, que les dépôts en argent ne sont pas tout et qu’il faudrait aussi regarder du côté des titres, bijoux, propriétés immobilières, etc… Je ne répéterai donc pas ce qui a été dit.
Il y a eu aussi moult commentaires au sujet du basketteur philanthrope : un vaste chœur de louanges bien méritées, avec quelques regrets quant à ce que d’aucuns perçoivent comme une « récupération médiatique gouvernementale » de l’inauguration. Et il est vrai que jusqu’ici, sur les fameux « chantiers du Chef de l’Etat», on a surtout vu l’inauguration des réalisations des autres ! Je n’y reviendrai pas davantage…
Mais ce qui me frappe, dans tout ceci, c’est qu’il semble prodigieux, admirable, exceptionnel et digne de louanges sortant du commun qu’un Congolais riche fasse quelque chose pour son peuple. Précisons : qu’il le fasse hors du contexte d’une quelconque candidature lors de lune ou l’autre élection ou nomination.
Il est triste, il est malheureux, il est inadmissible et il est presque criminel que ce soit aussi rare !
Parce que, si des millions de Congolais vivent dans une misère atroce, ne sont pas sûrs du lendemain, vivent dans l’angoisse de pouvoir nourrir leur famille, savent que la moindre maladie signifiera sans doute la mort faute de pouvoir payer des soins hors de prix… je ne parle même pas de ceux qui depuis dix ans plongent pour éviter les balles… Bref, si le Congo est un pays où il y a énormément de gens misérables, il y a aussi des Congolais riches. Il y en a même beaucoup, et ils sont très riches !
Il y a beaucoup plus de mini-Mobutu que de petits Mutombo !
Certains de ces Congolais riches méritent d’être comparés avec le dictateur, en ce sens qu’ils se sont enrichis sur le pillage de leur propre patrie, et on « planqué l’oseille», comme lui, à l’étranger. D’autres, comme Dikembe Mutombo ont simplement fait fructifier à l’étranger les talents les aptitudes et les connaissances qu’ils possédaient ou avaient acquises. Peu importe ici. L’important c’est que cet argent, qu’il ait été gagné à la sueur de leur front ou à celle du front des autres, le Congo et les Congolais en voient tellement rarement la couleur, qu’à cette occasion, on estime que cela vaut le coup de sortir les banderoles, la fanfare et les majorettes !
Alors, il me semble que certains discours deviennent difficiles à supporter. Cela a-t-il un sens de se plaindre sans cesse des contrats léonins, de déplorer d’autre part que les investisseurs étrangers se fassent tant prier pour investir au Congo, quand celui qui tient ce discours est lui-même riche et n’investit pas dans sa patrie (soi-disant bien aimée) pour que ses frères en profitent ?
Et je n’ai nulle envie de rester dans les généralités.
Il est notoire que les Kabila, toutes personnes confondues et sans trop chercher qui est le fils de qui, ont largement bénéficié des contrats concernant le diamant du Kasaï. Pourquoi cet argent n’est-il pas investi au Congo ?
Les divers ayant-droits du défunt Maréchal Mobutu sont, eux, en droit de demander aux banquiers de Suisse et d’ailleurs le compte exact de la fortune qu’il a laissée. Pourquoi cet argent n’est-il pas investi au Congo ?
La situation est la même en ce qui regarde les héritiers de feu Litho Moboti. Pourquoi cet argent n’est-il pas investi au Congo ?
Au moment des diverses campagnes électorales qui se sont succédées ces dernières années, un certain nombre de candidats se sont vantés de leurs talents d’hommes d’affaires qui faisait d’eux « des gestionnaires hors-pair qui avaient montré ce dont ils étaient capables ». C’est ce qu’ont fait autant Bemba que Pay Pay, auant Katebe Katoto que Kengo wa Dondo. Je ne me soucie pas de savoir comment exactement leur enrichissement a eu lieu. Je demande simplement : Pourquoi cet argent n’est-il pas investi au Congo ?
Et quand je dis « investir », j’entends par là un investissement qui comporte des installations coûteuses et durables, des bâtiments et des machines, avec des salariés régulièrement payés. Pas une «société d’études », un « établissement commercial » ou un « bureau d’affaires » comportant une infrastructure minimum, un personnel composé de la secrétaire, « deuxième bureau » du patron, et de deux cousins sous-germain par alliance qu’on ne paye jamais, avec pour fonction principale d’exporter encore plus de capitaux.
A-t-on déjà réfléchi à la puissance économique que représenteraient toutes ces fortunes congolaises si elles s’associaient pour la mise en valeur du Congo ?
Je n’ai pas plus de sympathie que les Congolais pour Georges Arthur Forrest. Mais je puis dire une chose à son sujet, à laquelle les Congolais devraient réfléchir. Tant que l’on se bornera à pleurer ou à vociférer au sujet des contrats miniers, Forrest et ses pareils ne feront que ricaner.
Le jour où, à côté de leur usine, ils verront construire une autre usine, financée par des Congolais et construite par eux, alors, et alors seulement, ils prendront peur.
© Guy De Boeck 21/07/2007
