Dans un forcing effréné, les bailleurs de fonds des élections en RD Congo tiennent à ce que celles-ci aient lieu le 30 juillet 2006. Le décor est déjà planté pour l’épilogue d’un spectacle dont le scénario a été écrit loin du Congo. Durant près de dix ans, comme des amuseurs publics et en bons petits nègres, des acteurs de tout acabit, souvent novices, se sont rués sur la scène politique congolaise rivalisant en pitrerie et autres bouffonneries.
Quel sera le dénouement de cette longue dramatique ? Un coup de théâtre de dernière minute ne bouleversera-t-il pas le cours de l’histoire ? Un personnage inattendu ne viendra-t-il pas perturber la trame ?
Pourquoi pas.
Car si certains congolais ont accepté de jouer des rôles au rabais, quitte à hypothéquer la terre de leurs ancêtres, d’autres sont restés lucides et fidèles à certains idéaux.
Pluralisme d’opinion et démocratie oblige, jusqu’à ce jour, une grande frange de la population dénonce ce processus électoral biaisé. Arguments et preuves à l’appui .
Le rapport de force étant ce qu’il est, tout laissant croire que les élections auront lieu, doit-on adresser un mot d’ordre aux électeurs, ou ceux-ci seront-ils abandonnés à eux-mêmes comme des brebis sans pasteur ?
Face à cette échéance, quoique imposée, Monsieur Etienne Tshisekedi leader de l’opposition devra-t-il parler ou se taire ?
POSITION DES BAILLEURS DE FONDS
Jusqu’au-boutistes, la Belgique et l’Union Européenne se laisseront-elles impressionner par les résultats d’un scrutin au rabais ? Reconnaîtront-elles le nouveau pouvoir ? Oui.
Autant le gouvernement sécessionniste de Moise Tshombe avait rapidement été reconnu par la Belgique en 1960, autant, si cela va dans le sens du plan des bailleurs de fonds, les gouvernants qui sortiront des urnes auront droit au tapis rouge. Cette fois, toute honte bue, pas seulement de la Belgique, mais aussi de l’Union Européenne et de l’ONU.
Pour s’en convaincre, voici des situations où, curieusement, ceux qui pilotent notre processus ont adopté un profil étonnement bas :
– L’élimination physique de Mzee Kabila
– La mise en place du « 1+4 » avec à l’intérieur des personnes à nationalité douteuse
– L’escamotage du recensement de toute la population
– L’exclusion du processus électoral des congolais vivant à l’étranger ainsi que de tous ceux qui auront eu 18 ans entre juin 2005 et aujourd’hui.
– La prolongation de la transition en juin 2005 pour des raisons autres que techniques.
– La rédaction d’une constitution taillée sur mesure et dont certains articles aliènent délibérément la souveraineté nationale
– Une campagne référendaire mensongère où en définitive, le pourcentage du « OUI » était au moins égal au pourcentage de gens qui n’avaient pas lu un traître mot du texte proposé. Un véritable hold-up électoral.
– Le flou autour du corps électoral
– Un processus électoral qui commence par l’élection présidentielle au lieu des locales, en violation flagrante des accords du dialogue inter congolais.
– La navigation à vue de la commission électorale et l’absence à ce jour d’un calendrier électoral complet.
– Le vide juridique dans lequel vit le pays depuis le 30 juin 2006
– Une campagne électorale présidentielle d’un mois dans un pays grand comme l’Europe alors qu’ici en Belgique par exemple, pour des élections communales, la campagne qui a commencé il y a dix jours, durera trois mois !
La liste des griefs peut s’allonger.
Cela n’est-il pas suffisant pour énerver même le peuple le plus doux du monde ?
Cette précipitation, ce harcèlement, cette complaisance visent quel but, le bonheur du Peuple congolais ou à faire main basse sur les richesses du sous-continent qu’est le Congo?
Si prêt du but, la haute finance internationale pourrait-elle lâcher prise ?
Un pouvoir clopin-clopant ne fera-t-il pas l’affaire ? Et durant cinq ans, n’assisterons-nous pas à un véritable Far West , à un business à moindre coût ? En attendant que ceux qui tirent les ficelles de la politique mondiale trouvent un autre homme de paille ou… renforcent un pouvoir totalitaire à leur solde.
A QUI DONNER SON SUFFRAGE ?
C’est un secret de polichinelle, le cheval des occidentaux, c’est Monsieur Joseph Kabila, et leur bête noire, Etienne Tshisekedi. Courtisé par tous les grands du monde, il est resté constant.
A moins de deux semaines du scrutin, les jeux sont-ils faits ? Les occidentaux sont-ils parvenus à neutraliser complètement Etienne Tshisekedi afin qu’il ne fasse pas ombrage à leur poulain ?
Oui et non.
Oui dans la mesure où Etienne Tshisekedi n’est pas candidat. Ce qui permet à Joseph Kabila d’apparaître comme le favori au premier tour, pour certaines raisons :
– Il est le Président sortant
– Quelque soit son profil, de tous les candidats, il est celui dont le nom est le plus connu chez les électeurs
– La loi électorale étant muette sur la hauteur du budget électoral, le candidat pro-occidental a mis le paquet dans la campagne : posters géants, supports divers, matraquage médiatique, avions et hélicoptères pour le déplacement de son équipe de campagne, achat des consciences , muselage de la presse, campagnes d’intimidation, même vis-à-vis des autres candidats…
Non, parce que Etienne Tshisekedi garde encore une carte entre ses mains : il ne s’est pas encore exprimé depuis le cap du 30 juin. Selon une dépêche diffusée par le Bureau Benelux de l’UDPS, l’homme d’Etat congolais se prononcera.
Prendra-t-il position dans le processus électoral ou, en bon légaliste continuera-il à l’ignorer ? Et quelles seraient les conséquences de sa position ?
PRENDRE POSITION :
Durant la transition post-Sun City, Etienne Tshisekedi a régulièrement pris position par rapport au processus :
– Lors de la mise en place du système 1+4 qu’il a reconnu en tant que pouvoir légal.
– Lors du piétinement du démarrage du recensement
– Après le cap du 30 juin 2005
– Lors du référendum
– Et même en début de cette année pour une éventuelle participation de son parti aux élections.
Une prise de position du leader de l’UDPS peut-elle influer sur l’électorat ? Sur les résultats ?
Oui. Autant le nom de Tshisekedi est connu dans tout le pays, autant L’UDPS son parti a des ramifications à travers tout le Congo. Son seul mot d’ordre est en mesure de faire tout basculer.
Oui, dans la mesure où cela peut avoir lieu une semaine au moins, avant les élections. Le temps que l’information parvienne au plus grand nombre et soit intériorisée. Au delà du lundi 24 juillet, ce sera trop tard..
Mais dans quelle direction irait ce mot d’ordre ?
Pour le boycott .
La CEI et le clan Kabila ayant tout mis en œuvre pour que les candidats de l’UDPS ne s’enregistrent pas, pire et pour des raisons fallacieuses, ayant refusé d’ouvrir les bureaux d’enregistrements pour les militants de ce parti, logiquement, il n’y a pas de raisons que l’UDPS se dédise.
La conséquence sera que l’UDPS aura été conforme à sa ligne de conduite. Ce qui rappelle une déclaration moqueuse d’Isabelle Durant, une élue belge disant à peu près ceci : « l’UDPS n’a qu’à attendre les prochaines élections dans cinq ans ».
Qui boycotterait ?
– Il va de soi, ceux qui ne sont pas sur les listes électorales. Ils boycottent déjà, eux !
– Ceux qui ne croient pas en la transparence du processus, et ils sont nombreux.
Et à qui ce boycott profiterait-il ?
Le boycott aura comme premier effet de laminer la légitimité du pouvoir issu des urnes. En même temps, il confortera la position du candidat pro-occidental. Ceux qui se déplaceront lui donneront des voix. Malgré un taux faible de participation, la CEI s’empressera de proclamer le pourcentage du gagnant par rapport à la participation. Elle l’a déjà fait lors du référendum. Devrait-on lui donner une nouvelle occasion de pavoiser et de se pavaner ?
Pour le soutien d’un candidat
Il y a quatre à cinq candidats possédant assez de chances de se retrouver au second tour. Au profit de quel candidat Etienne Tshisekedi pourrait-il se prononcer?
Sur base de quels critères ?
De ces quelques candidats sortis de l’anonymat et selon les informations en notre possession, Jean Pierre Bemba est celui dont la campagne est parvenue à quadriller toute la république. Il n’est certes pas un saint. Mais s’il est en mesure de devenir un autre homme, pourquoi ne profiterait-il pas de la bénédiction du leader de l’UDPS ?
Autant les nations n’ont que des intérêts, autant en politique les alliances se lient au gré des intérêts. Les meilleurs des exemples nous sont donnés actuellement par la grande coalition en Allemagne ainsi que par le gouvernement belge où la droit et la gauche sont au pouvoir, au grand dam des puritains. Pourquoi donc pas au Congo ?
Jean-Pierre Bemba est-il en mesure de négocier une alliance avec l’UDPS ?
L’UDPS est-elle en mesure de se transcender et de voir la réalité en face ?
Les données sont simples :
Ou, Tshisekedi donne un mot d’ordre de vote en faveur du leader du MLC et celui-ci est élu président au premier tour,
Ou Tshisekedi garde sa ligne pure et le candidat pro-occidental rempile.
Y a-t-il une troisième piste ?
Le choix, ce n’est pas toujours entre le bien et le mal, rarement entre le bon et le moins bon, mais souvent entre le mal et le moindre mal. Le non-choix équivalent à un quitus au mal.
Des rigolos sur Internet disent ceci : « Ce qui est bien chez les congolais, ce qu’ils savent très bien ce qu’ils ne veulent pas. Mais ils se mettent rarement d’accord sur ce qu’ils veulent »
DIVIDENDE POLITIQUE
Pour Etienne Tshisekedi, le mot d’ordre au profit d’un candidat aura les effets suivants :
– Rassembler et ressouder l’électorat du parti quelque peu dispersé
– Confirmer son leadership politique, devenir la pièce centrale de toute recherche de consensus. N’est-ce pas là les négociations tant recherchées ? Elles peuvent ainsi avoir lieu avant la sanction des urnes. Ceux qui les auront fui, se retrouvant subitement à l’index .
– La personne ainsi plébiscitée aurait le loisir de battre le candidat des occidentaux, dès le premier tour.
– La tension politique s’estomperait
– Le pays fera l’économie d’un deuxième tour dont le financement n’est d’ailleurs pas acquis.
– Les élections provinciales et locales seraient plus transparentes.
Pourquoi enfin ne pas faire un pied de nez à cette « communauté internationale » qui croit avoir bien ficelé le dossier Congo en sa faveur, réduisant les congolais au rang d’ « éternels grands enfants » ?
Entre son puritanisme et la « real politik », de quel coté Etienne Tshisekedi penchera-t-il ?
