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Il vit à Bruxelles plusieurs communautés étrangères. Les plus importantes sont les communautés marocaines, turques et congolaises. Il existe plusieurs quartiers de Bruxelles où les deux premières sont installées (habitations, lieu de culte, supermarché, centre culturel, banque..) La communauté congolaise quant à elle est visible dans le quartier Matonge de la commune d’Ixelles. D’autres communautés africaines sont également visibles à Matonge : rwandaise, ghanéenne, camerounaise…
Le quartier Matonge de Bruxelles, est-il un quartier africain ou un quartier congolais ?
Bien malin celui qui peut répondre correctement à cette question. Voici pourquoi.
Il s’est tenu ce samedi 12 mai 2007 à Bruxelles un colloque ayant pour thème « Quartier Matonge, enjeux, états des lieux, perspectives. »
C’était dans une des salles du cinéma Flagey, sur initiative de Interface culture, asbl pilotée par Kungu Luziamu., en prélude de la septième édition de son festival « Matonge en couleurs », prévu pour le dimanche 24 juin 2007.
Deux groupes d’orateurs se sont succédés pour tenter de cerner le thème :
– les « acteurs de terrain » Mirko Popovitch d’Africalia, Daniel Van de Casteele du contrat de quartier Blyckaerts, Philippon Toussaint de Dynamo Ixelles., Marie Cécile Ngamp de afrostyle, et Karel Stuer de centre Amani. Le commissaire de police Herzeele et Cyprien Wetchi des amis de Wetchi ayant été empêchés.
– Les scientifiques et chercheurs Wamu Oyatambwe de « Acodev » et Éric Corijn professeur au VUB.
Matonge-Bruxelles est un tout petit quartier de Bruxelles dans l’intersection de l’avenue du Trône, chaussée de Wavre et chaussée d’Ixelles. Si ceux qui y ont une résidence sont de diverses nationalités (2% de congolais), ceux qui y créent l’animation sont essentiellement d’origine africaine et en majeure partie, congolais.
Par rapport aux quartiers environnants, Matonge-Bruxelles paraît délabrée. La commune d’Ixelles fournit des efforts louables pour rendre ce quartier « propre. » C’est ainsi que dans certaines propositions faites par les orateurs, il y a entre autre la nécessité de faire de ce quartier un centre véritablement urbain.
Un des problèmes de Matonge-Bruxelles, c’est cette rencontre de cultures. Il est vrai que la coexistence de plusieurs cultures enrichit. Il arrive aussi que celle-ci soit un choc négatif : quand certains comportements, normaux dans les pays d’origine, heurtent ceux des belges de souche. Comment concilier les deux ?
Le deuxième problème de Matonge-Bruxelles est l’entendement que chacun en a : quartier africain pour certains, quartier congolais pour d’autres.
Pour l’Européen, il est plus facile et rassurant de parler d’africain quand on voit un noir. Cela l’est-il ainsi pour les noirs eux-mêmes ?
Sans pour autant transplanter en Europe nos conflits des pauvres et des sous-développés, il serait judicieux que les autorités belges prennent en compte un certain nombre de données :
– L’Afrique en tant qu’entité culturelle ou politique existe-t-elle vraiment afin que puisse exister un quartier africain ?
– Les Congolais étant largement les noirs les plus nombreux fréquentant le quartier Matonge, quelle est leur perception de ce quartier ?
– L’affirmation identitaire congolaise, est-elle encline à se noyer dans l’identité africaine ?
Les chiffres sont là : ni les Africains, encore moins les Congolais ne sont propriétaires des immeubles du quartier.
Et pour compliquer le tout, parmi ceux qui tirent financièrement le plus profit des activités de Matonge, il y a des nouveaux venus : les commerçants pakistanais grands vendeurs des aliments africains : « fumbwa, safu, ndole, biteku-teku, makemba, pondu… » Y avait-il un seul de leurs représentants dans la salle ?
Quant aux congolais, ils sont des millions à Kinshasa à rêver de fouler l’Europe avec un passage obligé à Matonge-Bruxelles. Ils sont des centaines de milliers en Europe et en Amérique qui ont fait ou feront un jour un pèlerinage à Matonge-Bruxelles, par nostalgie du pays, pensant au quartier Matonge de Kinshasa.
Matonge-Bruxelles est un enjeu économique et touristique. L’afflux congolais amène une autre donne : culturelle, et même politique par moments.
Qui ignore l’impact réciproque entre la communauté congolaise de Belgique et la musique ainsi que le théâtre au pays ? Trouve-t-on à Matonge-Bruxelles un super-marché congolais ? Une banque ? Un grand restaurant, un centre culturel… Comme c’est le cas dans les quartiers marocains ou turcs ?
Depuis peu, Matonge-Bruxelles est devenu aussi le point focal des contestations politiques congolaises en Europe. Une simple rixe entre femmes rivales, l’arrestation musclée par la police d’un congolais, peuvent à tout moment tourner à l’émeute dans ce quartier.
Les raisons ? Les frustrations accumulées suite à l’implication quelque peu maladroite du politique belge dans la marche du Congo. Sans compter le célèbre « contentieux colonial belgo-congolais. » N’entend-t-on pas durant les manifestations des congolais à Bruxelles des phrases du genre, adressées aux policiers : « La Belgique nous doit beaucoup…Tout ceci a été construit avec l’argent du pillage de notre pays durant un siècle… »
Devrait-on voir un jour l’érection à Matonge-Bruxelles d’un centre culturel africain ou congolais ? Sur initiative de qui ? Des africains ? Des congolais ? De la Belgique ?
Dans tous les cas, à brève échéance, une clarification de tout cela ne s’impose-t-elle pas ?
La seule commune d’Ixelles est-elle en mesure d’harmoniser cela ? Le pouvoir fédéral belge ne devrait-il pas s’impliquer ?
Tant qu’il en sera ainsi, Matonge-Bruxelles n’évoluera-t-il pas comme une nébuleuse ? Chacun croira voir une vessie là où l’autre voit une lanterne. Y a-t-il plus désespérant qu’un dialogue de sourd ?
