NATIONS UNIES (Reuters) – Madeleine avait quasiment fini l’école primaire en République démocratique du Congo quand elle a été contrainte de rejoindre les rangs des miliciens Mai-Mai comme soldate. Elle avait onze ans.
Elle s’est battue deux ans en première ligne, et a vu des filles se faire violer et devenir des esclaves sexuelles. Elle a finalement réussi à s’enfuir.
Vendredi, Madeleine a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle reconnaisse les crimes commis contre les filles enrôlées de force dans les groupes armés de RDC.
« Nous avons été oubliées par ces gens qui auraient dû traduire en justice l’exploitation sexuelle dont nous avons souffert, qui s’apparente à de l’esclavage sexuel », juge Madeleine, dont le nom de famille ne doit pas être révélé par mesure de sécurité.
« Nous regrettons que la Cour pénale internationale n’ait pas jusqu’ici pris en compte cet aspect, ce qui contribuerait à alléger notre souffrance », a expliqué l’adolescente, aujourd’hui âgée de 15 ans, lors d’un forum organisé au siège des Nations unies.
La RDC – riche en or, diamants et bois – a été le théâtre d’affrontements entre des rebelles, des factions locales, des tribus et plusieurs pays voisins lors de la guerre de 1998-2003, qui a fait quatre millions de morts dont beaucoup ont été emportés par la faim et la maladie.
« VICTIMES D’INTÉRÊTS ÉGOÏSTES »
La Cour pénale internationale a jugé le mois dernier qu’elle disposait de suffisamment de preuves pour ouvrir avec Thomas Lubanga, un chef de milice congolais accusé d’avoir enrôlé des enfants pour le combat, son premier procès.
Mais des organisations de défense des droits de l’homme ont reproché au tribunal de n’avoir inculpé qu’une personne et elles jugent que les charges devraient aussi porter sur des meurtres, des viols et des tortures.
« Ce qui nous est arrivé n’est pas notre faute. Nous avons été victimes d’intérêts égoïstes et, dans ce sens, tout le monde est coupable, nos communautés tout autant que la communauté internationale », a déclaré Madeleine, qui a fondu en larmes et a reçu une ovation debout après son intervention.
« Nous regrettons d’avoir été oubliées par ceux qui auraient dû nous aider », a-t-elle dit en présence de quelque 6.000 femmes du monde entier.
Le forum, intitulé « Les filles parlent », était organisé dans le cadre de la 51e session de la Commission sur le statut des femmes, consacrée à la lutte contre les discriminations et les violences faites aux filles.
Madeleine est de retour à l’école et participe à la réintégration d’autres jeunes filles comme elles dans leurs communautés. Selon elle, environ 30% des enfants recrutés pour le combat – et pour servir d’esclaves sexuels – en RDC sont des filles âgées de 12 à 15 ans.
« Entre 70 et 80% d’entre nous ont quitté ces groupes avec des bébés, et ces enfants sont indésirables aux yeux du monde, sans parler des maladies que nous avons contractées », a-t-elle souligné. « Je me demande bien de quoi l’avenir sera fait après la démobilisation. Le monde devrait demander pardon pour ce crime irréparable. »
