Les chefs d’Etat et de gouvernement africains, réunis pour le 4e sommet de l’Union africaine (UA) à Abuja, la capitale nigériane, les 30 et 31 janvier, ont décidé de l’envoi « rapide » d’une force pour désarmer les rebelles rwandais qui sévissent à l’est de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre).
Ces rebelles (des soldats des anciennes Forces armées rwandaises, les FAR, et des miliciens interahamwe) ont fui en RDC après avoir participé au Rwanda au génocide de 1994. Depuis, ils alimentent la tension entre le Rwanda et la RDC.
La force de l’UA sera composée par des soldats de deux pays africains, sans doute l’Afrique du Sud et le Nigeria. L’idée a été favorablement accueillie à Kinshasa comme à Kigali, il reste maintenant à la mettre en ouvre.
L’UA n’a pas précisé la taille de cette force, même si des diplomates ont indiqué qu’une brigade (5 000 hommes) serait sans doute suffisante. Rien non plus sur le commandement de la force : officiellement l’UA doit aider l’armée congolaise à désarmer par la force les Interahamwe. La question du rapatriement de ces rebelles au Rwanda n’est pas plus claire.
« La RDC est en année électorale, il faut que ce déploiement se fasse le plus vite possible, dès le mois de février j’espère, parce que c’est une étape obligatoire avant la tenue des élections », a affirmé Arthur Zahidi N’Goma, un des vice-présidents congolais du gouvernement de réconciliation nationale.
« Le temps des accusations réciproques est terminé parce que pendant ce temps, des gens meurent, des femmes sont violées et nos ressources sont pillées. Cela enlèvera au Rwanda un motif d’incursion au Congo et nous permettra d’aller de l’avant. Les Interahamwe n’ont jamais été invités au Congo, ils doivent rentrer chez eux », a-t-il ajouté en référence aux accusations de Kigali sur le soutien de Kinshasa aux rebelles rwandais.
Ces rebelles ont été reconnus par l’UA comme la principale source d’instabilité dans la région des Grands Lacs, et l’organisation panafricaine a décidé d’en finir une bonne fois pour toutes en tablant sur un « désarmement forcé » qui serait suivi d’un « rapatriement volontaire », selon Aldo Ajello, le représentant spécial de l’Union européenne (UE) dans la région des Grands Lacs, en marge du sommet d’Abuja.
« Personne ne sera forcé à rentrer au Rwanda et nous devons travailler avec l’UA pour trouver un asile aux Interahamwe, aux ex-FAR et aux mutins », a-t-il estimé, soulignant que « l’UA est déterminée à faire cette opération très rapidement avec des troupes crédibles militairement disposant d’une bonne capacité de dissuasion. L’UE apportera un soutien financier ».
Fin 2004, la guerre avait bien failli reprendre dans la région congolaise de Kanyabayonga où Kinshasa avait massé des troupes pour officiellement stopper des incursions rwandaises. Depuis, la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) a créé une zone tampon pour éviter des affrontements, mais le problème des Interahamwe demeure.
« Ces dix dernières années nous avons supplié les Nations unies d’agir contre ces forces qui ont commis le génocide : tout ce que le Conseil de sécurité nous a offert c’est un appel au désarmement volontaire, et ça n’a pas marché. L’UA, elle, va aider à mobiliser des troupes pour résoudre cette question », a fait valoir le ministre rwandais des affaires étrangères, Charles Murigande.
Reste à savoir si l’ONU va endosser l’opération de l’organisation panafricaine avec une résolution qui permettrait de mettre en partie un terme à la crise dans la région des Grands Lacs. Celle-ci a bien failli se transformer en 1998 en une guerre continentale avec l’implication militaire en RDC d’au moins huit pays africains.
