-Un faux sirop chinois pour la toux a fait 100 morts au Panama.
Longtemps synonyme de bas prix, l’inscription «Fabriqué en Chine» prend désormais des allures de mise en garde.
De la nourriture pour animaux au dentifrice en passant par les jouets, les pneus et les aliments, les alertes aux produits contaminés ou défectueux se multiplient à un rythme inquiétant en Amérique du Nord. Il est temps de réaliser que les produits chinois ne sont pas tous équivalents à ceux fabriqués ici.
La liste des contaminants découverts un peu partout dans le monde au cours des derniers mois donne la nausée. Un composant de l’antigel dans du dentifrice. Du plomb dans la peinture des jouets. De la mélamine dans des ingrédients pour la moulée. Des antimicrobiens cancérigènes ou qui risquent d’augmenter la résistance aux antibiotiques dans le poisson et les crevettes d’élevage.
Devant ces crises à répétition, le dragon souffle le chaud et le froid. Pékin a tour à tour nié et minimisé les problèmes, accusé les médias occidentaux d’affoler la population et sommé Washington de ne pas bloquer aveuglément ses exportations. Mais il a aussi réagi, à sa manière. Cent quarante usines agroalimentaires ont fermé leurs portes et le haut fonctionnaire responsable de la qualité des médicaments a été condamné à mort.
Le gouvernement chinois a beau répéter que la majorité de ses exportations ne posent aucun problème, il sait qu’un grand ménage s’impose. Il a lui-même admis que 20% des biens destinés au marché local ne répondent même pas à ses propres normes. Les consommateurs chinois se sont ainsi fait offrir des bonbons, des cornichons, des biscuits et des fruits de mer contenant de la teinture, de l’huile minérale, de la paraffine ou du formaldéhyde. Des peluches rembourrées avec des déchets. Du lait maternisé sans valeur nutritive – une douzaine de bébés sont morts de faim – et des antibiotiques contaminés – 14 enfants sont décédés et des centaines d’autres ont été malades.
Même des entreprises qui misent sur la qualité sont à risque. Le seul transformateur d’anguille chinois agréé en Europe s’est vu refuser l’entrée aux États-Unis plusieurs fois ce printemps. Ses produits contenaient des traces d’antibiotiques interdits dans l’aquaculture nord-américaine.
Les importations canadiennes en provenance de la Chine ont quintuplé depuis cinq ans. C’est aussi de là que viennent les deux tiers des articles retirés de notre marché Ottawa ne prévoit pas de programme d’inspection spécifique pour ce pays, mais certains produits sont surveillés de plus près. Fini les dentifrices chinois, tant que les importateurs n’auront pas prouvé leur innocuité. Les poissons et fruits de mer, eux, faisaient déjà l’objet de tests plus systématiques.
De toute façon, les contrôles ont des limites. Vous songez à un boycottage? Bonne chance! Dans bien des catégories, les alternatives sont rares ou hors de prix. Et beaucoup de produits fabriqués au Canada peuvent contenir des composantes ou des ingrédients importés.
Pour l’instant, les seuls décès nord-américains attribuables à des contaminations chinoises sont ceux de chiens et de chats. Mais il n’en faudrait pas beaucoup pour créer un vent de panique. Au Panama, une centaine de personnes sont mortes après avoir ingurgité Un faux sirop chinois pour la toux, du sirop fabriqué avec un ingrédient chinois contenant du diéthylèneglycol, une substance qu’on retrouve normalement dans l’antigel. En oute, la même substance mortelle a été retrouvée dans des tubes de pâte dentifrice chinois au Panama et aux Etats-Unis, où les consommateurs sont déjà remontés par des croquettes chinoises pour chiens et chats qui ont causé la mort de 3 600 animaux entre le début mars et la mi-avril.
Les entreprises qui importent des biens, des aliments et des matériaux de ce pays doivent renforcer leurs systèmes de vérification, car elles seraient les premières éclaboussées si une catastrophe survenait.
Jusqu’ici, la Chine nous a surtout fourni des prix imbattables. Si nous voulons de la qualité, il va falloir l’exiger, et accepter de payer pour.
Mais comme on a pu le voir récemment, la médiocrité peut elle aussi coûter très cher
