LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO 950

La Ligue des Pasteurs pour un Changement Radical, LPCR adresse une lettre ouverte au président de la république du Congo, pour protester contre l’insécurité qui regne dans le pays.

Palais de la Nation
Kinshasa Gombe

Monsieur le Président,

Par la présente, la Ligue des Pasteurs pour un Changement Radical, LPCR en sigle, voudrait vous faire parvenir ses vives inquiétudes face à la dérive totalitaire qui caractérise votre présidence à la tête de notre pays, la République démocratique du Congo.

En effet, l’insécurité et le sentiment de peur épouvantable dans lesquels vous même ainsi que votre police maintenez nos concitoyens nous poussent à vous interpeller publiquement car cette situation devient de plus en plus inacceptable.

C’est depuis un long moment que nous observons attentivement tout ce qui se passe dans le pays. Mais si nous avons décidé de réagir aujourd’hui, c’est parce que nous estimons qu’il est temps de nous prononcer face à cette situation et pour marquer notre attachement inconditionnel aux valeurs de liberté, de justice et de paix prônées par les Saintes Ecritures.

Nous pensons très sincèrement que la mission de l’Eglise n’est pas seulement de préparer les croyants à être prêts pour le grand rendez-vous du ciel, mais elle consiste aussi à veiller et à s’assurer du bien-être social, économique et physique du peuple de Dieu.
L’épisode de la distribution des nourritures et de la guérison des malades par Jésus-christ est une preuve que l’Eglise doit prendre conscience non seulement de la dimension spirituelle de l’homme mais aussi de son corps, c’est -à-dire des aspects liés à la gestion quotidienne de son existence sur la terre.

Monsieur le Président,
A l’heure même où malheureusement la violence, la mort et la pauvreté continuent encore à rythmer le quotidien de notre peuple, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que les pasteurs, les prêtres et autres serviteurs de Dieu sont aux premières loges du malheureux spectacle de souffrance qui frappe de plein fouet des milliers de nos compatriotes.

Et dans une société où les pouvoirs publics sont incompétents et incapables d’assurer le bien-être social du peuple, comme c’est le cas actuellement en République démocratique du Congo, n’eut été l’action éducative des Ministres de Dieu sur le peuple, le pays aurait sombré depuis très longtemps dans un chaos indescriptible.

Et dans une société où les pouvoirs publics sont incompétents et incapables d’assurer le bien-être social du peuple, comme c’est le cas actuellement en République démocratique du Congo, n’eut été l’action éducative des Ministres de Dieu sur le peuple, le pays aurait sombré depuis très longtemps dans un chaos indescriptible.

Nous croyons dur comme fer que si la société fonctionne, c’est en grande partie grâce à eux. Ils ne sont pas seuls. Il y a aussi les actions non négligeables (même si en RDC elles ne sont pas reconnues et rémunérées à leur juste valeur) des magistrats, des avocats, des syndicalistes, des médecins, des infirmiers, des étudiants, des artistes, des sportifs, des commerçants, des défenseurs des Droits de l’Homme, des leaders des mouvements associatifs, des leaders d’opinion et de tous ceux qui, dans le secteur public ou privé, font correctement leur travail.

Ils sont pour la plupart des personnes de bonne volonté. En effet, ce sont elles qui font régner la paix dans les rues, conseillent et encadrent les enfants, prodiguent des soins, maîtrisent des foules surexcitées et prononcent des paroles sensées d’une voix tranquille.
Monsieur le Président,

Il est toujours facile d’attaquer, de menacer ou de tuer de telles personnes. Leur honnêteté les empêche même de se protéger.
Le propagandiste et la presse à sensation ont souvent tendance à détourner l’attention du public de ce fait primordial et indéniable.

Si on ne vous le dit pas encore, sachez que tout le monde s’inquiète de votre comportement dans le pays. Même le CIAT qui pourtant passe pour être un soutien inconditionnel à votre politique, commence sérieusement à s’inquiéter du recul des libertés publiques en République démocratique du Congo. Il suffit de lire son communiqué de Jeudi 25 mai 2006 pour s’en rendre compte.

Sachez que les Ministres de Dieu, à l’instar de tous les autres citoyens congolais, aspirent à une démocratie participative dans notre pays. Ils ont besoin de savoir qu’ils comptent et qu’ils ont la possibilité d’émettre leur avis. Ils ont donc besoin que le monde politique soit à l’écoute de leurs préoccupations afin de donner des réponses adéquates au peuple. Car la participation des citoyens et autres acteurs de terrain au diagnostic de la situation générale du pays, constitue un gage de la pertinence et de la justesse de toute démocratie.

Aujourd’hui, notre pays se trouve dans une situation très préoccupante. L’économie est inexistante; le social est catastrophique; l’intégrité du territoire est violée; les institutions nationales noyautées par les étrangers. Bref, la République démocratique du Congo n’est pas gouvernée ou du moins, pour mieux dire, elle se trouve actuellement dans une situation de quasi sous tutelle de l’ONU.
La raison de tout cet état des choses n’est rien moins que l’incompétence des dirigeants de la transition dont vous-même en premier.

Alors vous comprendrez aisément, Monsieur le Président, que si tout va mal dans le pays, vous ne devez donc pas attendre que les véritables Ministres de Dieu vous fassent des courbettes et vous chantent gloire !

Il n’est un secret pour personne que le gouvernement 1+4 dont vous êtes le chef est un échafaudage politique conçu et mis en place pour servir les intérêts autres que ceux des Congolais. Lorsqu’un gouvernement est ainsi organisé, la société n’en a pas pour longtemps.

Il est vrai que toute opposition à ce type de gouvernement ne conduit qu’à une escalade de la violence, comme celle que vous et votre police faites subir à notre peuple.
Malgré cela, les Ministres de Dieu ainsi que tous les autres Congolais sont en droit d’élever la voix pour marquer leur désapprobation lorsque de tels abus commencent à se répandre, car rien ne les oblige à soutenir un tel gouvernement.

Monsieur le Président,
Sachez que les Ministres de Dieu sont des hommes justes et craignant Dieu. Ils savent faire la différence entre le bien et le mal. Ils savent aussi que lorsqu’un gouvernement œuvre manifestement dans l’intérêt de tous et non pour un dictateur incompétent, il mérite qu’on lui apporte un soutien sans réserve. Mais malheureusement, tel n’est pas le cas du gouvernement que vous dirigez.

Les Ministres de Dieu doivent s’élever contre la corruption, la discrimination, l’injustice et la violence qui gangrènent votre régime. Ils doivent aussi exercer leur responsabilité sociale, c’est-à-dire payer les impôts, défendre le faible, prendre soin du pauvre, promouvoir la justice, la droiture, la vérité et obéir à toutes les lois de la République, surtout lorsque celles-ci n’entrent pas en conflit avec la Parole de Dieu et la bienséance.

Monsieur le Président,
Nous croyons au caractère sacré de la vie humaine. Toute vie appartient à Dieu et doit être célébrée et honorée en tant que telle. Dieu étant l’unique créateur, l’unique auteur et donateur de la vie, nous nous opposons donc de manière la plus énergique à toute action et toute attitude qui aurait la prétention de dévaluer la vie humaine.

Etant entendu que Dieu accorde une très grande valeur à la vie humaine, toutes les décisions ultimes, en ce qui concerne la vie et la mort appartiennent donc à Dieu et à Lui seul. Par conséquent, nous estimons que les méthodes employées par vous ainsi que votre police pour déshonorer l’homme et enlever la vie sont sans conteste des affronts à la souveraineté de Dieu.

Votre acharnement à traquer, à arrêter et à tuer ou à faire tuer injustement les Ministres du culte nous amène à croire que vous êtes un homme très dangereux. Nous ne voulons pas porter un jugement de valeur sur votre personne tant il est vrai que seul Dieu connaît les profondeurs des cœurs des hommes. Mais le discernement et surtout la lecture des actes que vous posez nous amènent à douter de votre appartenance à la communauté chrétienne. Car un bon chrétien n’agit pas de cette manière; poussé par la fougue de la jeunesse et par l’orgueil. Ces méthodes-là sont d’un autre temps et ne cadrent nullement pas avec les valeurs de démocratie et de chrétienté auxquelles aspire profondément l’ensemble de notre peuple.

Où sommes-nous, Monsieur le Président ? Dans quel pays vivons-nous ? En quoi la République démocratique du Congo est-elle réellement démocratique si la moindre critique contre votre personne doit donner lieu à des arrestations spectaculaires et à des assassinats ignobles ?

Les exemples malheureux de l’arrestation du Révérend Théodore Ngoy, pour ne citer que celle-là et de l’assassinat par empoisonnement du Pasteur Albert Lukusa, survenu à la suite de son incarcération dans les geôles de Lubumbashi par votre police pour s’être insurgé contre votre politique à la tête du pays en sont des illustrations irréfutables.

Pourquoi ne citerions-nous pas dans le même registre l’assassinat du journaliste Franck Ngyke et de son épouse qui ont sans doute payé pour avoir écrit un texte inconvenant à votre égard ?

Et comme si cela ne suffisait pas, vos puissants services de police ont encore procédé à l’arrestation de l’Archibishop Kuthino Fernando. Le seul crime que cet homme a commis est le fait d’avoir donné publiquement son opinion sur la situation chaotique générale de la République.

Jusqu’où va donc aller ce cycle ? Pourquoi doit-on emprisonner ou ôter la vie aux Congolais lorsque, de bonne foi, ils manifestent le besoin de comprendre comment leur pays fonctionne ou par qui leur Etat est gouverné?
La République démocratique du Congo serait-elle le seul pays au monde où les citoyens n’auraient pas le droit d’avoir une bonne lisibilité du fonctionnement de ses institutions?

C’est pourquoi les Ministres de Dieu exigent que les procédures de prise des décisions soient compréhensibles; que les compétences et les responsabilités puissent être identifiées; que les informations importantes sur les acteurs politiques et les institutions nationales soient accessibles à tous. Car, il faut le reconnaître, le principe de lisibilité est à la fois une condition d’efficacité du système de gouvernance et la garantie de son caractère démocratique.

Et c’est donc simplement par souci de lisibilité qu’une bonne frange des Congolais, parmi lesquels les Ministres de Dieu, voudrait par exemple avoir la certitude sur votre nationalité.
Et ne nous dites pas que vous ne vous sentez pas choqué et déshonoré lorsque plusieurs versions aussi contradictoires les unes que les autres circulent dans l’opinion tant nationale qu’internationale à ce sujet.

Si vous êtes « blindé » contre ce genre des critiques, pour utiliser vos propres expressions lorsque vous répondez à vos détracteurs, sachez au moins que cette situation de honte fait beaucoup du tort à la réputation du grand Congo et à la dignité du peuple congolais.
Il nous semble sincèrement que la seule manière sage de répondre à cette critique, c’est d’accepter de se soumettre par exemple à un test ADN.

Monsieur le Président,
N’ayant pas encore fini de faire le deuil du Révérend Albert Lukusa, nous attirons votre attention sur l’affaire Archibishop Kuthino Fernando qui se trouve injustement incarcéré à Makala depuis le 14 mai 2005 et jugé par une juridiction d’exception depuis le 31 mai dernier. Connaissant les méthodes diaboliques appliquées par votre police à l’encontre des prisonniers d’opinion, nous exigeons sa libération immédiate et sans condition car nous n’avons pas envie d’enterrer un autre Ministre de Dieu en ce moment.

Nous savons que votre Police ainsi que vous-même êtes passés pour des spécialistes des mises en scènes surréalistes car au regard de premières audiences de ce procès honteux, il apparaît clairement que Kuthino Fernando est victime d’une machination qui ne dit pas son nom et qui a pour objectif son élimination physique.

Et pour y parvenir, tous les moyens vous sont permis car, sachant que votre première et grossière accusation de détention illégale d’armes de guerre ne convainc pas grand monde, vous n’avez pas hésité d’opposer publiquement deux Ministres de Dieu et livrer ainsi en pâture la réputation des Eglises de Réveil en République démocratique du Congo. Et Dieu seul sait combien d’argent a circulé dans cette affaire ! Ô Tempore, Ô Mores !

Monsieur le Président,
Prenant à témoin tout le peuple congolais, nous terminons notre lettre en vous avertissant personnellement que s’il arrive malheur à l’Archibishop Kuthino Fernando pendant et après son incarcération, vous et votre police en serez tenus pour responsables devant la justice de Dieu et celle des hommes. Et nous insistons sur ce second aspect des choses.

Que Dieu bénisse la République démocratique du Congo et son peuple bien-aimé.

Fait à Bruxelles, le 03 Juin 2006

Pour le Collectif des Pasteurs pour un Changement Radical

Rév. Makolo Kotambola Marcel Président/Porte Parole

Pasteur Emile Diakesse Vice Président

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