Nous accueillons dans la soirée de ce mercredi 25 mai 2005 dans l’enclos du Centre Hospitalier CELPA de Bukavu des rescapés du massacre de Nindja, perpétré dans la nuit entre lundi et mardi 23 et 24 mai 2005.
La foret les défend très bien.
Depuis un certain temps ces gens ont commencé à rançonner les populations de toute la zone de Nindja en créant tout un milieu de violences et de barbaries de tout genre. La zone demeure très dangereuse. Elle pourrait exploser d’un moment à l’autre et déstabiliser toute la province. On continue à se poser toute une série de questions : qui est-ce qui les ravitaille en armes ? quelle est la place de la Monuc dans la zone ? Quelle est aussi la complicité des FARDC ? Dans tout cela la patte de Kigali semble bien présent.
Voilà donc le récit des événements de ces derniers jours, tel que nous l’avons pu enregistrer de la bouche des rescapés. Radio Maria Malkia wa Amani les à rencontrés avant d’être internés à l’Hôpital de Panzi, à 5 Km du centre ville.
Ils étaient dépaysé dans la court du Centre Hospitalier Celpa de Bukavu. Les yeux ouverts, pleins encore de peur et très tristes pour toutes les horribles barbaries vues. Pas de sourire sur leurs bouches, mais avec lèvres séchés, dues surtout aux immenses souffrances de ces derniers jours Très fatigués pour le voyage , mais surtout pour les nombreux coups subis depuis la nuit de samedi 21 mai 2005.
Muhimuzi Cizungu, est un garçon de 20 ans du village Bwira. Les Interamwe lui ont coupé le pied gauche. Il est venu à Bukavu avec son pied enveloppé dans un sachet en plastique. « Ils sont entrés dans le village pendant la nuit de lundi 23 mai. Nous étions déjà dans nos lits. Ils sont entrés dans la maison. Ils sont commencé à nous torturés, en nous donnant des coups et nous piétinant terriblement partout sur nos corps. Ils voulaient nous prendre en otage. Ils voulaient aussi l’argent. Ils sont commencé à battre mon petit frère, qu’ils sont laissé à terre presque amorti. Ils sont fouillé de partout dans la maison sans rien trouver. Notre famille est terriblement pauvre. Furieux ils ont commencé à me battre, à me demander de l’argent…et toujours en parlant en kinyarwanda. A’ la fin avec un coup de machette m’on coupé le pied gauche… et je suis tombé évanoui… Le matin j’apprend par les amis, venus me soigner, que bien 13 personnes avaient été tuées. Un bilan horrible !… » et Cizungu commence à pleurer.
L’infirmier NN. qui les a accompagné dans le convoi, à ajouté : « La situation est grave. Nindja est en train de vivre son enfer. Les Interamwe, les FDLR, les Rastas arrivent avec leurs fusils et terrorisent la population civile en prenant en otages n’importe qui et l’amènent dans la foret. Pour les libérer demandent bien 100$Usa par personne. Si l’argent n’est pas alors il tuent inexorablement sans aucune pitié. Ils ont fait ainsi dans les villages de Bwira, Kamegema… Un papa à été éventré. Un garçon de plus au moins 18 ans à été battu et on a lui enlevé le cœur. Une fillette de 8 ans a été violée et tuée. … »
Mubalama Gendekeza a 65 ans, il est Pasteur d’un Eglise Protestante, il est dans le convoi avec sa femme. Il a passé 10 jours dans la forets, séquestré par les Intermawe. Il a payé 200$, « toute sa fortune » il répète continuellement, pour être libéré. Sa femme montre ses bras, où les signes des ligots sont très visibles.
Les massacres continuent à être perpètres et personne intervient. Les « terroristes » restent impunis.
Les FARDC n’ont rien fait. La MONUC est dans les environs, elle a certainement entendu les cris et les pleures des gens, mais elle n’est pas intervenue, ni pour défendre les droits humains, ni pour punir les agresseurs. Ces jeux « terroristes » ont une unique signature : Interamwe, Rasta et FDLR.
Avant de laisser la court du Centre Hospitalier Celpa de Bukavu, au moment qu’une délégation de la Radio Okapi entre en scène elle aussi dans ce petit et étroit emplacement, le jeune Cizungu m’appelle et me dit : « Libérez Nindja… libérez nos gens de Nindja… »
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