Les petits métiers de Mbandaka: Trieurs de mazout 173

Les récentes enquêtes sur l’état de la pauvreté à travers la Province de l’Equateur dans le cadre de l’élaboration du Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) l’ont confirmé : la misère est extrême et généralisée. Rares sont les familles équatoriennes qui peuvent prétendre vivre avec 1 USD par semaine !

L’agriculture, qui autrefois constituait l’essentiel des activités des populations, est en panne. Guerres, destruction des (rares) voies de communications existantes, absence de routes de dessertes agricoles, désaffection des entreprises privées, bref, la province de l’Equateur est en proie à une pauvreté endémique. Les quelques productions agricoles sont difficilement acheminées vers les centres urbains où elles peuvent être vendues et procurer ainsi de maigres revenus à leurs propriétaires.

Dans de nombreuses familles, à Bumba, Basankusu, Imese, Zongo, Lissala, Befale, Bolomba, Boende ou Mobeka, la nourriture de base reste les feuilles de manioc et la chikwangue. A l’exception de Gbadolite, l’électricité demeure encore un luxe à Mbandaka, chef-lieu de la Province, ainsi que des zones environnantes. Bougies artisanales et autres lampes-tempête continuent à être utilisées abondamment ; mais faute de moyens pour acheter du pétrole, dont le litre se vend entre 350 et 500 francs congolais (soit plus d’un dollar US), de nombreux équatoriens n’ont même pas la chance de s’en équiper. Mbandaka n’est pas épargnée par cette misère ; le chef-lieu de la Province où, pour survivre, des enfants qui ne veulent pas sombrer dans la prostitution ou la délinquance ont inventé un nouveau petit métier : trieurs de mazout !

Mbandaka abrite en effet de nombreux ports où accostent presque quotidiennement de vieilles barges que l’on appelle bateaux ; ainsi, pendant leur séjour à quai – qui peut durer plusieurs jours ou semaines, voire des mois -, les mécaniciens de ces vieux tas de ferraille qui ressemblent à tout sauf à des bateaux procèdent à la maintenance des équipements et au nettoyage des cuves. Le carburant usagé ainsi rejeté dans le fleuve est récupéré par ces gamins, qui le revendent ou le ramènent dans leurs familles pour alimenter leurs bougies artisanales.

« Mousse de matelas comme outil de travail ». A l’aide de mousses de matelas (éponges) soigneusement découpées en petits morceaux, ces enfants parcourent des dizaines voire centaines de mètres à la recherche d’un bateau à quai ; là, ils imbibent leurs éponges de cette eau souillée et noire, à l’odeur insoutenable. Car c’est dans cette même eau que les passagers du bateau se soulagent, lavent leurs habits, nourriture et animaux ! Entre bouts de bois, herbes, déchets ménagers et même fécaux, mazout ou gas-oil usagés, il faut du courage pour plonger sa main non gantée dans une telle eau ! Ces gamins le font pourtant pour recueillir le précieux liquide et le reverser dans des bouteilles en plastique ou dans des assiettes. Mais il est bien difficile de faire la différence entre le Gas-oil ou le mazout et l’eau ainsi recueillis, même si les premiers, du fait de leur densité, sont censés rester en surface. Il faut compter environ une heure pour remplir une bouteille d’un litre et demi de ce liquide étrange, mais qui fera le bonheur de toute une famille deux ou trois jours durant. Ou du trieur qui le revend parfois bien moins cher que le litre de pétrole : à peine 100 francs congolais ! Il fallait y penser.

Ainsi va la vie dans l’Equateur !

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