Les Occidentaux ont de l’Afrique une vision fausse 2132

A ceux qui croient et disent que l’Afrique se meurt victime de la misère, de la corruption et de la mauvaise gouvernance, nous ne saurions trop conseiller de lire le pavé que vient de jeter dans la mare de la bonne conscience occidentale un banquier africain, et non des moindres puisqu’il s’agit de Lionel Zinsou, l’un des associés-gérants de la très réputée Banque Rothschild.

Petit extrait en forme de gifle adressée aux Français : « La gauche pense que l’Afrique végète et qu’il faut faire un effort de générosité ; la droite part du même constat pour prôner des solutions libérales. Tous nous trouvent nuls. La réalité est que l’Afrique atteint 5 % ou 6 % de croissance pendant que la France est à 1, 8 %. En jetant ce regard misérabiliste et compassionnel sur l’Afrique, la France se rassure elle-même. Elle a besoin de penser que l’Afrique ne va pas bien. Pendant ce temps, les gens de Dubaï, les Indiens et les Chinois ne nous disent pas que nous ne sommes pas entrés dans l’histoire : ils commercent avec nous. »

Petit extrait seulement car le texte de cette interview, titrée ironiquement « L’Afrique vous salue bien », couvre une page entière de l’édition du quotidien Le Monde parue en France le 1er octobre. Le tout accompagné d’une caricature de Vincent Sardon où l’on voit un Africain balayer les scories de la domination européenne sur fond de cadavres, d’armes et de barils de pétrole, faisant ainsi apparaitre un continent neuf.

Une vision dangereuse

Cruel mais juste ! Car, nous en faisons ici même l’amère constatation tous les jours, les Occidentaux ont de l’Afrique une vision aussi fausse que dangereuse pour leurs propres intérêts. Ayant été contraints il y a près d’un demi-siècle de laisser leurs colonies devenir des Etats souverains, ils cherchent toujours à le dominer par le biais de l’aide au développement, utilisant sans vergogne les institutions financières internationales pour parvenir à leurs fins. Et cela au moment même ou des puissances qui ne nourrissent pas les mêmes obsessions font de l’Afrique leur partenaire privilégié.

Ce que Lionel Zinsou ne dit pas, sans doute par courtoisie, mais que l’on peut lire aisément entre les lignes de son interview, c’est que la bataille est d’ores et déjà perdue pour le coq gaulois. Comme pour les autres animaux symboliques européens car le continent a désormais d’autres interlocuteurs qui ne cherchent pas à lui imposer leurs modes de vie et de pensée. Le monde changeant à un rythme rapide, il reste en vérité très peu de temps aux responsables politiques donneurs de leçons, à leurs médias vertueux et à leurs ONG bien pensantes pour changer radicalement d’attitude. Car l’Afrique a compris qu’elle peut très bien se passer de l’aide occidentale.

Pan sur le bec donc !

Source : publié le 3 octobre 2007 par Les Dépêches de Brazzaville

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