28 juin 2006 – Dans une lettre ouverte adressée au Général Karlheinz Viereck, commandant de l’Eufor, les militaires congolais se disent indignés par les propos du général. « Votre déclaration annonce et promet une mort aux citoyens congolais. Il est dès lors facile de conclure que l’Eufor loin de
constituer une force de paix s’érige d’emblée en une autre armée d’intimidation et d’insécurité pour les congolais qui doivent se tenir tranquille comme sous la dictature. Il est d’ailleurs facile d’observer que sans qu’il y ait une réelle menace sur le terrain à Kinshasa, ville ayant déjà accueilli et qui accueille en ce moment sans aucune hostilité les
éléments d’avant-garde de votre armada, l’EUFOR prépare comme vous l’annoncez clairement, une démonstration des forces militaires disproportionnée par rapport aux besoins réels d’une mission de maintien de la paix dans une ville de Kinshasa ou ailleurs en RDC dans un style de défit voire de provocation à l’endroit d’une population civile pacifique et non armée. Nous devons vous rappeler que, déjà meurtrie par plusieurs guerres
imposées qui ont généré plus de 4.000.000 (quatre millions) des morts, la population congolaise et kinoise n’a que faire d’un bras de fer injustifié par la réalité et inutile avec une énième force d’occupation que serait l’EUFOR prête à TUER grâce à la force létale que vous mettrez en place », peut-on lire dans la lettre dont une copie a été déposée en nos bureaux. Ci-dessous, le texte intégral du message des militaires congolais en exil.
Lettre ouverte au Général Karlheinz Viereck Commandant Eufor en RDC
Général,
Nous avons pris connaissance des propos que vous avez tenu au cours de la
conférence de presse organisée à Bruxelles le mercredi 14 juin, propos
relayés dans les médias dont le Phare édition du 19 juin 2006 (Kinshasa). A
la lueur de ces propos, les militaires congolais se sentent interpellés
quant à la nature de la mission réelle de l’Eufor en R D Congo pour que
l’Union Européenne tolère ce type de discours de la part d’un commandant de
la mission. En effet vous clamez sans ambages : « J’ai toutes les forces
nécessaires et nous serons crédibles. Nous voulons montrer au peuple
congolais que nous sommes ici pour garantir la tenue des élections. Nous
devons être visibles à Kinshasa pour avoir un effet de dissuasion et éviter
tout problème durant le processus électoral ». « Nos soldats seraient prêts
à employer la force létale et nécessaire, si la dissuasion ne suffisait pas,
ceci afin de protéger l’intégrité des élections générales qui se dérouleront
le 30 juillet ».
Général,
Ces propos sont excessifs, gravissimes, contraires à l’éthique militaire et
inquiètent. Ils reflètent d’emblée et rappellent un allemand parlant
méchamment à un ennemi dans les moments sombres des années 40. Mêmes les
Généraux français (et ils sont nombreux) qui ont eu à commander des forces
de paix ou ont souvent été confrontés à des missions autrement plus
insurrectionnelles en Afrique depuis les années 60 à ce jour, n’ont jamais
usé d’un tel langage aussi méprisant de la vie et de l’homme et qui frôle
l’incitation à l’extermination programmée promis au peuple congolais à la
faveur de prochaines élections grâce à votre force létale. Cela traduit
votre profond mépris des populations congolaises. Dès lors qu’ailleurs des
précautions de langage sont prises pour parler des opérations militaires ou
de leurs effets nocifs (par exemple effets collatéraux) vous vous exprimez
paradoxalement sans aucun scrupule, sans retenue, de manière brute et vous
semblez en tirer une grande fierté et suffisance!
Si le but inavoué de la mission EUFOR en RDC est de tester la capacité des
Forces de Réaction Rapide, FRR, que l’Union Européenne est entrain de mettre
sur pied pour garantir ses interventions à l’étranger, le peuple congolais
serait prêt à apporter sa contribution dans un esprit et dans un partenariat
gagnant-gagnant qui respecte sa dignité, son intégrité physique et
territorial et sa souveraineté, d’autant plus que l’initiative de cette
mission de l’Eufor ne relève vraisemblablement pas de la volonté souveraine
du peuple congolais mais de la Monuc et de l’UE.
Votre déclaration annonce et promet une mort aux citoyens congolais. Il est
dès lors facile de conclure que l’Eufor loin de constituer une force de paix
s’érige d’emblée en une autre armée d’intimidation et d’insécurité pour les
congolais qui doivent se tenir tranquille comme sous la dictature. Il est
d’ailleurs facile d’observer que sans qu’il y ait une réelle menace sur le
terrain à Kinshasa, ville ayant déjà accueilli et qui accueille en ce moment
sans aucune hostilité les éléments d’avant-garde de votre armada, l’EUFOR
prépare comme vous l’annoncez clairement, une démonstration des forces
militaires disproportionnée par rapport aux besoins réels d’une mission de
maintien de la paix dans une ville de Kinshasa ou ailleurs en RDC dans un
style de défit voire de provocation à l’endroit d’une population civile
pacifique et non armée. Nous devons vous rappeler que, déjà meurtrie par
plusieurs guerres imposées qui ont généré plus de 4.000.000 (quatre
millions) des morts, la population congolaise et kinoise n’a que faire d’un
bras de fer injustifié par la réalité et inutile avec une énième force
d’occupation que serait l’EUFOR prête à TUER grâce à la force létale que
vous mettrez en place. Vous foulez ainsi au pied à la fois l’éthique de
l’officier que vous êtes, le respect que vous devez avoir vis-à-vis de la
vie en général et des populations des zones occupées sous votre
commandement. Vous défiez ainsi les règles militaires et les droits humains
élémentaires. Mêmes les criminels éventuels ont droit à la vie et à des
procès équitables mais ils ne doivent pas être menacés publiquement de mort
ou tués selon le bon vouloir de l’occupant Il n’y a plus de Far West au
21ème siècle où les droits de l’homme et l’humanisme priment sur tout.
Il existe un devoir de réserve et de respect aussi bien des prisonniers de
guerre que de toute personne dans un territoire occupé. La RDC n’est pas en
guerre contre l’UE mais par vos propos et bien d’autres signes vous montrez
que votre mission inavouée est donc on ne peut plus claire imposer et
protéger les élections, rien que les élections même au prix du sang au
peuple congolais qui, à vos yeux et selon votre langage ne compte pas plus
que les élections et envers qui vous vouez d’avance une hostilité gratuite
et vous ne témoignez aucune compassion ni aucune préoccupation quant à sa
misère et détresse quotidiennes.
En effet, si l’Eufor avait le moindre souci pour les populations
congolaises, pourquoi ne mobiliserait-elle pas sa « force létale » sur le
front EST et Nord-est où on a grandement besoin pour contrer les milices
armées qui servissent depuis des nombreuses années et constituent la vraie
menace? Ce faisant, l’UE soulagerait et la MONUC et les citoyens des zones
troublées. Les militaires congolais constatent que vos propos trop primaires
rappellent une certaine époque révolue. Ils tiennent à vous exprimer leur
profonde indignation et reprouvent votre langage qui ne diffère en rien des
incitations sur la radio mille collines à Kigali appelant au génocide des
rwandais en 1994. En effet, « force létale » donne un signal fort et négatif
: c’est un permis de tuer accordé à vos troupes. Par ce mauvais signal et ce
conditionnement mental violent et la visibilité forcée que vous préconisez,
les militaires sous vos ordres pourront constituer des escadrons de la mort
contre une population des plus démunies, incapable de se procurer même la
plus petite arme pour se défendre ou attaquer. Cette hostilité gratuite que
votre message développe en direction d’un peuple libre et souverain est
malsaine, injuste et contraire, à la déontologie du métier des armes.
Le peuple congolais ne doit pas être traité en ennemi ou en terroriste à
éliminer même illégalement de la planète terre. Loin de se voir livré par la
volonté de la Monuc et l’Eufor à une mort promise par un général européen,
il a plutôt besoin d’une aide internationale non militaire qui soulagerait
sa misère : -soins de santé, -médicaments, – denrées alimentaires, –
agriculture, – enseignement, – routes, – emplois etc. Sa protection comme
nous l’avons toujours souligné, peut parfaitement être assurée par une armée
républicaine moderne locale comme ce fut durant la quarantaine d’années qui
ont précédé l’ordre institutionnel actuel. C’est une simple question de
volonté et d’option.
Général,
Votre vision d’une mission en RDC avec des militaires conditionnés
mentalement pour tuer d’emblée une population non armée vivant dans son pays
est contraire à notre philosophie. Votre position et votre langage sapent
les efforts que nous avons entrepris et développés depuis des années en
direction de la communauté internationale, de hautes autorités et
responsables congolais, pour les amener à moraliser et à éduquer les
militaires sur le respect des populations, la discipline de feu lors du
maintien et la restauration de l’ordre publique et de la paix, l’encadrement
pacifique des manifestants etc. comme cela se passe dans vos pays. Votre
permis de tuer des personnes en exercice de leurs droits et libertés de
citoyen est donc inopportun, gravissime et contraire aux mours en cours dans
votre propre pays. Cela mériterait une interpellation sous d’autres cieux
notamment dans votre pays d’origine! Par ailleurs, votre insistance sur la
seule sécurisation des élections et rien que les élections est l’indication
d’une déshumanisation des interventions de l’Union Européenne au Congo. A
une époque antérieure, vous n’hésitez pas à déclarer « .les militaires
allemands qui seront engagés dans le pays pourraient être amenés à tirer sur
des enfants soldats. » Quelle gloire morbide ou plutôt quel discrédit pour
les armées de l’UE dont les soldats se vantent à priori d’affronter
vaillamment des civils non armés et des.enfants soldats! O tempora, O more!
En conséquence, les militaires congolais condamnent cet aveuglement, cette
vision étriquée de baroudeur bulldozer, cette promesse de mort gratuite à
l’encontre de nos populations qui sont des citoyens en pleine jouissance de
leurs droits et de leur citoyenneté comme en UE. Votre attitude qui foule au
pied le droit à la vie enfreint gravement l’éthique militaire et n’est pas
digne d’un officier général moderne, commandant d’une force d’un ensemble
des nations civilisées comme l’Union Européenne.
Votre désignation comme haut responsable d’une opération militaire de l’UE
en RDC où les lois sont bafouées, ne vous exempte en rien de l’observance et
de l’application stricte de la morale, des lois de la guerre, du droit
humanitaire tel que stipulés dans la convention de Genève et de l’éthique
militaire que nous avons tous apprise dans vos propres académies militaires.
Par vos propos récidivistes peu policés et votre mot d’ordre barbare vous ne
différeriez en rien des milices illégales et des chefs de guerre en RDC
poursuivis devant la CPI.
Fait à Bruxelles, le 24 juin 2006
Les Militaires Congolais
Transmis aux destinataires et à la presse par :
Dr Lusadusu N, Officier Supérieur
