LES ANCÊTRES DE LIANJA : LONKUNDO 377

Nous publions ici le chef d’oeuvre de l’art oral Mongo. L’épopée de LIANDJA, tel que racontée par le moniteur BAMALA Louis en 1937. letexte est tirée du site http://www.abbol.com/books/EtudesAequatoria5.htm, trés riche en documents sur le Congo, plus precisement la région de l’Equateur. Fqites lire ces histoires à vos enfqnts qfin qu’ils sachent qu’ils ont des ancêtres et une culture.

La renommée de Lonkundo

Il y a bien longtemps habitait ici un homme appelé Lonkundo. Cet homme était plus puissant que tous les hommes. La contrée où il habitait était Méditerre (1). La femme de Lonkundo s’appelait Nsombe et son fils Yonjwa. Il avait un très grand pouvoir sur cette région. Un jour Lonkundo rêva (2) que son père Elombo lui dit : ‘Rends -toi de grand matin sur le sentier du puits-d’eau. Quand tu seras arrivé, regarde bien tout autour, tu y trouveras une petite piste. Coupe un arbre à ressort, prends une fibre de raphia (3) et tout l’outillage pour tendre un piège à collet. Tu n’échoueras pas, à ce moment-là je serai avec toi’.

De très grand matin, Lonkundo décrocha ses outils (4) et s’y rendit. Il fit tout comme il avait vu dans son rêve pendant la nuit, puis il rentra.

Le jour venu les femmes s’assemblèrent et partirent (5) puiser l’eau. Elles trouvèrent le piège dressé. Elles se mirent à se demander qui aurait fait cette chose étrange. Lonkundo leur dit : ‘C’est moi qui l’ai fait’. Le soleil se coucha. Le matin se leva. Lorsque les femmes allèrent aux champs elles trouvèrent une bête prise au collet. Mais elles ignoraient le nom de cette bête. Elles rentrèrent chez elles. Elles dirent à Lonkundo : ‘Nous avons trouvé une bête mais nous ne savons pas ce que c’est’. Lonkundo battit le tam-tam. Les hommes affluèrent (6). Arrivés en forêt, ils trouvèrent la bête prise. Ils la détachèrent et la prirent avec eux au village. Arrivés chez eux ils cherchèrent en vain le nom de cette bête, ils ne le connaissaient pas. Là-dessus Lonkundo leur dit : ‘Laissez-moi faire, je vous l’apprendrai’. Il se dressa au milieu. Il leur ordonna de battre les mains. Ils le firent. Il dit :’ Donc vous tous ignorez le nom de cette bête. Ne voyez-vous pas qu’elle est noire à cause de la magie’ ? Et il dit : ‘Battez les mains pour recevoir la magie de la danse ; le chant ne peut rester sans réponse’. Et il chanta :

Ce que vous ignorez ici

R/ n’est-ce pas la mangouste l’habitant de la clôture ?

Qu’est ceci ?

R/ n’est-ce pas la mangouste l’habitant de la clôture ?

Amis, cessez de fuir

R/ la petite mangouste de la clôture

Tous s’approchèrent ; ils savaient que cet animal est la mangouste habitant de la clôture de chasse. Ils enlevèrent la bête et la portèrent chez eux. Dès lors tous les hommes ont appris à dresser des pièges grâce à Lonkundo.

Quand ils eurent apporté la bête, Lonkundo annonca à sa femme de la rôtir. Elle prépara un panier plein de manioc et rôtit la mangouste. Le matin très tôt Lonkundo commanda à Yonjwa de battre le tam-tam. Les gens s « assemblèrent et mangèrent la mangouste.

Lonkundo ajouta encore quelque chose : ‘Parce que les femmes n’ont pas osé détacher cette bête, elles ne peuvent en manger’. Il lui donna le nom de : animal félin (8). Voilà pourquoi les femmes ne mangent pas la viande des animaux félins.

Lorsque Lonkundo vit qu’il avait tué la bête-prémice il se rendit dans la très grosse forêt appelée Bengongo et établit une clôture grnade et longue. Il dressa beaucoup de collets et creusa une grande quantité de fosses. Il y circulait chaque matin et tuait une multitude incalculable de bêtes. Il devint extrêmement riche (10).

Une nuit Lonkundo rêva qu’il avait pris le soleil dans un collet. Il se fit des soucis à ce sujet, parce que la terre demeurerait dans les ténèbres. Là-dessus il s’éveilla. Il réveilla da femme et lui raconta son rêve. Sa femme lui dit simplement : ‘Voyons ce qui se passera ces jours-ci’.

Le matin venu Lonkundo décrocha son outillage et partit. Arrivé à la clôture, il se promena tout au long mais ne trouva aucune bête. Arrivé à l’avant-dernier piège il vit soudain une personne assise au bord du piège. Il s’effraya. Cette personne était éclatante comme le feu. Mais Lonkundo prend courage, apprête sa lance (11) , s’approche. Arrivé tout près d’elle femme lui dit : ‘Lonkundo, contre qui apprêtes-tu les lances’ ? Lonkundo répond : ‘Et toi, que fais-tu là’ ? La femme répondit : ‘Approche, je vais te le dire’.

Lonkundo remit (12) la lance en place, et s’approcha d’elle. La femme dit : ‘Arrête-toi là, ne me touche pas’. Mais Lonkundo la touche. Et la femme dit : ‘Mai, je suis l’aînée rénommée de mon père. J’ai refusé tous les hommes. Mon père ne voulait pas que je me marie. Or, un homme vint un jour demander ma main ; je l’aimai et l’accompagnai dans sa famille (13). En route je ne vis plus où il avait passé. On dit que c’était un mâne. En voulant rentrer chez moi, je m’égarai et vins me faire prendre dans ce piège. Maintenant il vaut mieux que tu me libères et que nous allions chez mon p`re, qu’il te paie ton salaire de cuivres pour ma libération’.

Londundo regarde en hout, regarde en bas (14) et dit : ‘Non, pas ainsi. Je te libère et tu seras mon épouse. Je ne veux point d’autre salaire’. Et il lui demanda : ‘Comment donc säppelle ton père’ ? Elle dit : ‘Mon père est Esombyankaka (15) et mon nom est Ilankaka’. Puis Lonkundo reprit : ‘Partons’. La femme ne fit pas d’objection et ils partirent.

Ilankaka avait avac elle une petite corbeille, dans laquelle elle avait mis une amande palmiste et un morceau d bois d’allumefeu (16). Venus au village, ils le traversèrent et arrivèrent à la sortie. Ilankaka dit à Lonkundo : ‘Arrête, que je te fasse connaître chez mon père et ma mère. Lorsque nous serons arrivés chez toi, même si nous nous querellons ou que nous nous battons, ne me lance pas l’injure : je t’ai prise au piège. Ce jour-là, fût-ce au moment de la plus forte chaleur du jour, gare à toi’ !

Ils arrivèrent. On questionna le patriarche Lonkundo au sujet de cette femme. Il leur dit : ‘C’est la femme dont je vous ai parlé ; je viens da la ravir. Je crois que cela me causera une guerre’. Ils entrèrent chez lui et bientôt il indiqua à sa femme sa propre maison à elle (17).

Un jour Ilankaka dit à son mari : ‘Tu es un patriarche, il ne convient pas que tu n’aies que deux femmes. Cherche encore d’autres’. Lonkundo reprit : ‘Moi aussi je le veux bien, mais je n’en ai pas les moyens financiers’. Ilankaka reprit : ‘Va les demander, je payerai pour toi les titres de mariage autant que tu veux’. Lonkundo ne refusa pas le conseil d’Ilankaka et partit chercher des épouses.

Lonkundo revint. Sa femme lui dit : ‘Combien de femmes as-tu obtenu’. Il dit : ‘J’en ai quatre’. Ilankaka : ‘Est-ce tout ? Ce n’est pas assez. Va en chercher encore d’autres’. Le seigneur se leva avant le jour et partit.

Il arriva au vaillage où il avait laissé les femmes précédentes (18). Celles-ci dirent : ‘Lonkundo est venu’. Lui dit à leurs pères : ‘Voici, moi je veux que vous m’appeliez d’autres femmes, même celles qui sont mariées ; j’en veux même cent’. Les pères s’étonnèrent : ‘Lonkundo est-il venu comme par amusement ? Peut-on demander cent fiancées’. Ils le quittèrent, eux et leurs filles.

Là-dessus Londundo retourna chez lui. Il raconta à sa femme tout ce qui lui était arrivé. Son épouse acquiesca et dit : ‘De grand matin réveille ton fils ; nous allons avec ton fils chercher des fiancées’. Le soleil se choucha. De bon matin Lonkundo alla réveiller son fils et ils retournèrent à ce village.

Le succès de Lonkundo

Ils arrivèrent, lui et Ilankaka et Yonjwa. Ilankaka portait avec elle la corbeille. Elle dit à son mari : ‘Appelle les personnes qui s’étaient séparées de toi, afin de discuter’. Lonkundo ordonna à Iselamaka (19) de battre le tam-tam, et il le battit. Tout le monde afflue ; ils trouvent Lonkundo assis. Eux aussi s’asseyent. Ils demandent pourquoi il les appelle. Il leur dit : ‘Nous nous étions séparés et maintenant je viens terminer cette affaire’. Tous s’exclamèrent : ‘Ainsi donc tu viens payer le titre pour cent femmes comme tu l’as dit’ ? ‘Oui’. Et eux : ‘Bien, expose donc ta première affaire’.

De suite il appela le père de Bolumbu et ils parlèrent. Le père de Bolumbu fixa le prix. Lonkundo ne tarda pas ; il accosta sa femme ; ils prirent tous les biens que le père de Bolumbu voulait et les lui donnèrent. Lonkundo appela un autre ; il lui demnada ce qu’il voulait pour lui. Cet homme le lui dit et on lui donna tout. Ils arrangèrent les mariages toute la journée ; ils terminèrent toutes les affaires sans être à court de rien.

Tous envoyèrent des messages à leurs filles mariées et elles vinrent. Lonkundo paya pour toutes, les bonnes et les mauvaises, sans distinction. Il ramassa toutes les filles nubiles de ce village sans laisser aucune (20).

Lonkundo dit : ‘Alliés, moi et vous sommes devenus parents par alliance. Sachez que cette épouse-ci n’est pas une épouse, c’est ma mère’. Tous les alliés dirent : ‘Là tu dis vrai, elle n’est pas ton épouse, elle est ta mère’. Lonkundo reprit : (21) ‘Faisons nos adieux, je pars’. Mais les alliés dirent : ‘Tu ne pars pas aujourd’hui ; patiente, reste dormir : pour que nous cherchions des victimes pour tes épouses (22), tu pourras partir demain’.

Lonkundo ne s’opposa pas. Il alla se coucher. Le lendemain matin on apporta les animaux domestiques aux épouses ; à chaque femmes deux esclaves et des animaux domestiques sans compter. On se fit des adieux ; puis Lonkundo et sons escorte se mirent en marche en groupe serré et ils arrivèrent chez eux.

Arrivée de Lonkundo avec son escorte

Quand Lonkundo eut pris congé de ses alliés, ceux-ci le laissèrent partir avec son trésor (23). Ils se hâtèrent (24) et arrivèrent chez eux. Les parents du patriarche vinrent tout joyeux souhaiter la bienvenue aux fiancées (25).

Il arriva à ses maisons mais il n’y avait pas assez de résidences. Il ordonna au groupe d’esclaves venus avec lui de construire plus de huttes. Ils se dispersèrent dans la fôret, coupèrent les matériaux pour la construction (26) et construisirent les huttes ce même jour. Lonkundo distribua les résidences : Il y en avait assez.

Le patriarche et ses femmes vivaient et s’habituaient. Mais il ný avait pas de champs. Un matin il alla avec elles leur désigner le terrain. Elles établirent des champs et eurent une abondance de produits. Il vivait avec elles en bonne entente ; il eut une nombreuse progéniture (27). Les gens devinrent envieux de sa prospérité. Tout la journée ils se querellaient avec ses femmes (28).

Là-dessus Lonkundo convoqua une assemblée. Il dit aux gens : ‘Maintenant je veux quitter ce village, parce que vous ne m’aimez plus. Je suis aux abois (29). Je ne vous le dis pas pour rien, mais afin que vous ne me preniez pas pour une antilope qui détale sans raison'(30). Les uns se déclarent d’accord, les autres le retiennent, mais lui-même ne veut pos. Il attend encore quatre mois, puis il émigra. Il dit à ses femmes : ‘Aucune femme ne peut emporter quelque chose d’ici, exceptée maman Ilankaka qui emporte sa corbeille. Vous toutes partez les mains vides’ (31).

Dès le matin ils partirent. Ils pénétrèrent dans la fôret. C’est Ilankaka qui ouvre la marche. Pendant qu’elle marche elle ne parle à personne, elle n’écoute que l’appel des perroquets ; quand elle entend cet appel c’est qu’elle est arrivée à l’endroit où ils fixent leur demeure.

Ils marchent résolument, très loin.(O ajoute : comme d’ici à Bondombe là-bas).
Ilankaka appelle Lonkundo par les doigts (c.à.d. par des gestes de la main), elle lui dit : ‘ Je vois que les gens qui marchent avec nous sont fatigués da la marche. Etablissons un chapement, couchons ici. Demain matin nous allons plus loin’. Il ne s’oppose pas et on fait halte. On se couche. Le lendemain, ils se mettent en route et partent.

Arrivé à un gros arbre boemba Lonkundo entendit des gens murmurer et médire de lui. Ayant entendu pronocer don nom il prit ses flèches, pénétra en fôret, se coula furtivement vers ces personnes. Il trouva l’homme qui était venu chercher Ilankaka. Lonkundo cria fort et le saisit. Il l’amena à Ilankaka et le lui donna comme esclave pour assouvir sa colère.

Ils progressent un peu ; Ilankaka tend l’oreille et entend le tapage des perroquets. Elle impose silence à la caravane par un geste et quitte le sentier.

Elle trouva des perroquets en train de s’amuser. Elle se glissa vers eux. Quand les perroquets eurent entendu le crissement de ses pieds (sur les feuilles mortes) ils s’envolèrent. Cependant Ilankaka s’approcha et arriva à cet endroit.

Elle était très contente qu’on est arrivé. Elle retourna auprès de son mari et de ses coépouses et dit : ‘Nous sommes arrivés’ (32). Ils se rendent à cet endroit et voient qu’il convient très bien comme habitat. Ils se jettent par terre tout joyeux en faisant des culbutes.

La nouvelle demeure de Lonkundo

Lorsqu’il furent arrivés Lonkundo dit : ‘Aujourd’hui personne ne peut couper ne fût-ce qu’un feuillage. Demain matin je vous dirai ce que je veux’. On écouta ses paroles et tous se couchèrent à même le sol sous les arbres.

Au matin le patriarche appela Ilankaka et lui dit : ‘Ilankaka, maintenant nous sommes arrivés dans notre nouveau village. Avant de couper les premiers arbres pour les travaux, nous devons enterrer notre victime de fondation pouir la résidence'(33).

La femme répondit : ‘Qui, c’est bon. Mais qui allons-nous tuer comme victime de fondation’ ? Il dit : ‘Prenons cet homme qui t’a importuné et tuons-le pour le punir’. Ils prirent donc cet homme, on le décapita à la potence et l’enterra comme victime de la fondation de la résidence.

Lonkundo envoya les esclaves chercher les arbres pour les maisons de toutes les femmes ce jour-là même. Il dispersa les femmes en fôret chercher des aliments. Elles se dispersèrent : les unes partent pêcher par écopement, les autres sur la terre ferme ; il en retint d’autres pour égaliser le terrain pour les huttes. Aussi-tôt elles partirent (34).

A la baisse du jour tout le monde revint. Surabondance de poissons ! Le terrain arrangé par les femmes était tout égalisé. Ceux qui étaient allés aux pieux et aux poutres pour les maisons revinrent. Ils construisirent les maisons et les finirent complètement. Les gens étaient très contents.

Puis le mari vint et distribua les maisons aux femmes et aux enfants. A sa première femme, Bonduwa, il donna une maison mauvaise. Bonduwa se mit en colère ; elle assembla les coépouses et le leur raconta.

Quand Lonkundo eut entendu cela, il prit ses affaires et la chassa. Quand Yonjwa vit sa mère déshonorée il partit avec elle ; il lui bâtit une maison et lui interdit d’aller chez son père.

Ilankaka demeurée avec Lonkundo lui dit : ‘Lonkundo, moi je possède un objet qui mon père m’a donné. Au sujet de cette chose, il m’a dit : avant de la planter tu dois savoir si ton mari t’aime vraiment. Maintenant je veux la planter’.

Lonkundo dit : ‘Tu vois toi-même comment je me conduis avec toi. Plante donc ton objet’. Ilankaka prit l’amande palmiste qui se trouvait dans sa corbeille et la planta.

Un certain laps de temps étant passé, le palmier était devenu un gros palmier (35) et produidit un régime de fruits de palme énormes. Les fruits murirent et on les coupa : un seul frit gros comme un fruit de Chrysophyllum ! Ilankaka l’spprêta et le donna à son mari.

Lorsque le mari se mit à le manger, il lui trouva un guôt si doux et si savoureux qu’il oublia les noms de ses épouses et de ses enfants. Il appela toutes ses femmes et leur dit : ‘De ce palmier personne ne peut manger. C’est là un pacte que j’ai conclu avec Ilankaka. Toi, Ilankaka, sache-le (ne l’oublie pas)’. Ils continuaient à vivre en paix.

Un jour ce palmier porta trois régimes. Lonkundo dit : ‘De ces trois régimes produits personne ne peut manger, excepté moi et Ilankaka’.

Les jours passaient. Un jour, vers le soir, les gens de Méditerre envoyèrent un message à Lonkundo : ‘Viens à l’assemblée demain matin, nous n’attendons que toi’.

Le matin venu, le patriarche dit à sa femme : ‘Allons un peu voir les fruits de palme’. Ils allèrent et trouvèrent les fruits mûrs.

Lonkundo bondit de joie, il dit à Ilankaka : ‘Voici, va m’appeler quatre femmes pour qu’elles aillent m’accompagner à l’assemblée. Toi qui restes ici, appelle Yonjwa pour qu’il coupe ces fruits des palme et prépare-les. Apporte-les-moi à l’assemblée l’avant-midi, que je les mange. Ainsi je me payerai la tête de ces gens-là’.

L’épouse prit quatre jeunes femmes et les fit se mettre en route pour accompagner leur mari à cette réunion. Après leur départ elle prit un couteau, appela Yonjwa qui coupa les fruits de palme et les découpa. Elle prit des ignames et d’autres alments et les prépara. Elle invita une jeune fille qui les emballa dans une petite hotte et elles partirent, puis arrivèrent à l’assemblée et entrèrent dans une maison.

Lorsque Lonkundo vit son épouse, il tressillit d’allégresse et dit : ‘Amis, celle qui vient là-bas n’est-elle pas comme la mère de mon ami’ ? Ils regardèrent et dirent : ‘Oui, fourre un cure-dents entre les dents’ (36).

Lorsque Ilankaka se fut approchée Lonkundo envoya celles qui étaient venues avec lui : ‘Allez accueillir votre tante’. Elles partirent et se chargèrent de la hotte. Elles vinrent et déposèrent la charge.

Lonkundo appela sa femme et lui dit en secret : ‘Voici : délie d’abord le paquet d’aliments et quand les gens sont venus manger, délie le paquet des fruits de palme seulement après, entendu’ ?

L’épouse acquiesca. Elle vint, mais elle n’avait pas encore délie un paquet qu’une jeune coépouse prit le paquet aux aliments et l’ouvrit. Les membres de l’assemblée mourant d’appétit et tout ébahis se jetèrent sur les mets et les mangèrent tous. La jeune fille délia également le paquet de fruits de palme ; les gens se ruèrent sur les fruits et les firent disparaître d’un coup.

Lorsque le patriarche vint il chercha la nourriture : rien ! Il se mit dans une colère terrible.

Ceux qui s’étaient jetés sur le mets et dur le fruits de palme les finirent et dirent : ‘Comment ! patriarche Lonkundo, tu manges ces bons fruits de palme tout seuls ! Où les as-tu obtenus’ ? Et ils léchèrent les feuilles avidement.

Ilankaka Etait toute ébahie. Elle alla se mettre à côté de son mari pour le calmer. Mais le mari se fâcha et la souffleta devant tout le monde. L’épouse dit : ‘Comment ? Qu’ai-je fait ? Pourquoi me frappes-tu ? Je suis bien venue avec les aliments mais je ne les ai pas dépaquetés, ce sont les jeunes femmes qui les ont dépaquetés ; de quoi suis-je coupable’ ? Là-dessus elle prit sa hotte et emballa tous ses sffets pour partir. Lonkundo dit : ‘Reste que je te dise quelques mots. Tu as enfreint ma loi, maintenant je vais enfreindre la tienne. Je vais dévoiler nos secrets réciproques’.

Déshonoration d’Ilankaka

Lonkundo dit : ‘Vous tous les camarades assemblés, écoutez que je dégrade cette femme. Vous savez tous que je me conduis avec cette femme en tout bien. Ce n’est pas pour rien qu’elle est l’objet de ma bonté, car elle est très active. Savez-vous pourquoi épousée par un titre, je l’ai simplement ramassée, je l’ai prise dans un piège.

Je ne connais pas son père et sa mère. Pas un seul anneau de cuivre n’a été versé pour elle. Elle est devenue comme ma mère ; elle travaille à m’enrichir. Elle est mon paladin. Mais a-t-elle un clan ?

Si vous le contestez : n’avez-vous pas vu comment je l’ai amenée ?

Qu’est-ce que vous m’avez demandé ? D’où viens-tu avec cette femme ? Que vous ai-je répondu ? J’ai dit que cette femme était celle que j’avais cherchée depuis fort lontemps et que je viens d’enlever. Je vous ai menti. Sachez qu’elle n’est qu’une esclave’.

Lorsque les gens eurent entendu cela ils furent tout honteux. Ilankaka était écrasée, elle ne pouvait plus lever un pied (37). Tous avaient les yeux fixés sur elle. Elle se couvrit et baissa la tête. Transpirant et sèchant alternativement, elle s’enhardit et quitta l’assemblée/

Toutes les coépouses étaient très mécontentent et réprimandérent leur mari. Celui-di dit : ‘Non, laissez-moi. Elle vous traite mal toujours. C’est pour cela que j’agis ainsi'(38). Elles n’écoutaient pas leur mari et n’incriminaient que lui seul.

Ilankaka s’éclipsa furtivement. Mais arrivée en forêt elle éclata en sanglots, toute triste. Quelle affliction indescriptible ! Elle courut à pas de géants. Elle se dévêtit de tous ses vêtements et continua toute nue. Elle courut vite et arriva au village.

Lorsque ses coépouses la virent nue elles eurent peur. Elles allèrent s’enfermer.

Ilankaka entra dans sa maison ; elle prit sa corbeille, sortit et pleura : ‘Papa hélas, maman hélas ! ma parenté qui n’a pas besoin de chercher le travail hélas ! que dois-je faire ? on m’a nommée esclave hélas’ !

Ensuite elle alla au milieu des épouses et leur dit : ‘Moi et vous avons vçu ensemble. Lonkundo est devenu célèbre par moi. Mais sachez qu’aujourd’hui il m’a déshonorée. Je ne demeure plus avec vous. Emballez vos affaires pour que je vous reconduise dans votre famille’.

Elles ne désobéirent pas. Elles entrèrent dans leurs maisons, ramassèrent toutes leurs frusques et se mirent en caravane.

Ilankaka prit des cendres, s’en couvrit et cria l’invitation : ‘Nous toutes avons vécu ensemble, moi aussi, écoutez et répondez’. Et elle entonna : ‘Libres’ ! Elles répondirent : ‘En avant’. Les femmes se mirent en rang serré et partirent. Ilankaka marcha en tête avec la fumée d’un brandon et chanta : ‘Fumée, brouille le chemin’ (39).

Elle alla conduire les femmes chez leurs pères et leur dit : ‘Prenez vos filles et les payements de mariage’. Toutes arrivèrent chez leurs parents et ils se réjouirent. Mais elle-même contiua sa marche avec sa corbeille et arriva chez ses parents qui étaient séparés d’elle depuis fort longtemps. On lui souhaita la bienvenue, et on tua pour elle des poules et des chèvres.

Les femmes qui étaient restée là-bas avec Lonkundo l’avertirent qu’elles devaient se rendre derrière les huttes (40). Là elles sentirent l’odeur de la fumée laissée par Ilankaka qui les appelle et elles partirent définitivement. (O ajoute : Voilà le trébuchement de Lonkundo à cause de sa stupidité et de son orgueil).

Retour de Lonkundo

Avant que la réunion ne fut terminée Lonkundo se rappela ses fautes envers son épouse. Il avait beau attendre le retour de cellles qui étaient allées derrière les maisons : elles ne revenaient pas. Il dit : ‘Amis, moi et vous étions en assemblée. Vous avez vu avec quelle colère Ilankaka est partie. Voici que les femmes qui étaient avec moi ne reveinnent pas. Attendez-moi donc un peu, je vais regerder, je reviendrai demain’.

Ils dirent : ‘Pas ainsi ! Tu es un grand seigneur ; il ne convient pas que tu voyages par la forêt tout seul. Il est préférable que nous envoyons des jeunes gens qui aillent te chercher quelques femmes qui viennent te prendre’.

Ils envoyèrent les jeunes gens. Ceux-ci partirent en partie courant en partie marchant ; ils arrivèrent à la résidence du patriarche. Mais ils trouvèrent le village désert ; ils jetèrent des regards mais ne virent personne. Les maisons étaient abandonnées depuis longtemps. Quelle peur ! Ils retournèrent en grande vitesse. Ils arrivèrent chez eux et communiquèrent la nouvelle aux membres de l’assemblée.

Lorsque Lonkundo eut entendu cela il s’élanca en courant. Mais ses compagnons lui dirent : ‘Seigneur, arrête de courir, marche correctement. Tes épouses ne sont pas parties ailleurs, elles sont encore là’.

Mais lui rétorqua : ‘Laissez-moi, je ne vous entends pas, j’ai perdu la tête’. Il partit au galop. Il passa par plusieurs villages et questionna les habitants : ‘N’avez-vous peut-être pas vu mes épouses par ici’ ? Ils dirent : ‘Vas-y toi-même, nous autres nous avons trop peur’.

Il s’élanca à toute allure. Arrivé à l’extrémité : ah ! le village tout désert ! Il commenca à trembler ; il hésita, il passa dans la rue, il jeta des appels à celles qui sont mieux connues, en vain ! rien ! Il appela : ‘Maman Ilankaka ! Maman Ilankaka !’Absolument rien. Il se jeta par terre. Il sanglota à pleine gorge. Il pleure bruyamment. Et il se rend chez Bonduwa qu’il avait chassée. Il lui demande où son bonheur est allé. Bonduwa répond : ‘Est-ce à moi que tu le demandes ? Comment saurais-je ce qui se passe entre toi et tes femmes’ ?

Il appela son fils et le questionna sur ce qui s’était passé. Son fils lui dit : ‘Là où tu te trouvais à l’assemblée as-tu mal agi envers Ilankaka ‘ ? Il acquiesca. Le fils reprit : ‘Voici : quand elle est venue ici, elle assembla les femmes et les enfants et leur raconta tout. Ce fut une colère extrême. Elle entra dans la maison, prit tous ses effets, elle maudit le palmier. Toute la multitude des coépouses entrèrent dans leurs huttes, emballèrent tous les ustensiles, et sortirent sur-le-champ : ‘Libres ! En avant ‘ ! Ilankaka en tête entra avec elles en forêt. Si tu mets cela en doute, voilà le chemin par lequel elles ont passé’.

Lonkundo est là comme un chien qui a mangé les chenilles (41), il perd ses esprits. Il appelle son fils et dit : ‘Viens, poursuivons-les’. Ils allèrent en forêt par le même chemin quélles avaient pris mais n’arrivèrent nulle part. Ils s’égarèrent et marchèrent par le même chemin par lequel ils avaient pénétré dans la forêt.

Le fils dit : ‘Papa, maintenant nous n’arrivons pas où elles sont allées ; il y a trop de fumée. Nous ne voyons plus le chemin. Retournons donc’. Lonkundo brisé se laissa lourdement tomber, pleurant sans cesse, mais les pleurs ne rendent rien à personne.

Il retourna à sa femme précédente. Lui et sa femme et son fils emballèrent leurs effets et retournèrent à Méditerre. Il u revint monogame. Il débroussa les jachères, remit ses maisons en bon état et reprit son travail habituel de la clôture de chasse. Le fils devint un grand homme propre au mariage. Il désirait se marier lui aussi.

YONJWA

Le Mariage de Yonjwa

Lonkundo se réhabitua à Méditerre ; il se fit vieux et affaibli. Il laissa le pouvoir à son fils, disant : ‘Yonjwa chéri, maintenant il convient que tu prennes femme ; pars donc demander une épouse, que je paie le titre de mariage encore de mon vivant’.

Le fils dit : ‘Bon, je l’ai entendu. Mais je ne veux pas aller moi-même choisir une fiancée ; il vaut mieux que tu le fasses pour moi’. Le père consentit : ‘Demain matin, je vais chercher une femme pour toi’.

Le lendemain matin, le père prend ses armes, part chercher une femme pour son fils. Arrivé à certain village il se rend chez un patriarche nommé Ilela, il lui dit : ‘seigneur, je ne suis pas venu pour rien, je suis venu demander pour mon fils la main de ta fille aînée’. Ilela dit : ‘Bon, mais attendons Bolumbu wui est allée pêcher’.

Le soir tombé les personnes parties à leurs travaux revinrent. Ilela raconta à sa fille ce qui s’était passé.

Bolumbu dit : ‘Bon, discutez l’affaire ; moi-même j’irai voir cet homme’.

Le soleil couché, on porta les côtes à la natte (42). Puis il se fit matin. Bolumbu et le beau-père partirent et arrivèrent. Lonkundo appela son fils et lui présenta son épouse. Le fils dit : ‘Ca va, mais attends-moi que j’appelle mes compagnons d’âge pour qu’ils la voient’.

Les compagnons vinrent et firent la moue contre elle, disant : ‘Cherche de la bière, buvons, puis chante :

Papa renvoie celle-là

Son visage n’est pas beau

Je ne veux pas celle-là

Sa conduite n’est pas bonne

R. Papa renvoie celle-là

On apporta la bière et on but. Enivrés ils se mirent à chanter. Yonjwa se dressa et lanca les termes d’accueil : ‘Ce que je fais tous les villages l’entendent’.

Puis il entonna son chant et ses compagnons répondirent : ‘Papa renvoie celle-là. Son visage n’est pas beau’.

Le père et la mère ne l’entendent pas, ils sont distraits. Seule la fiancée l’entend, elle est toute honteuse. Elle s’enfuit la nuit-même. Pour de bon.

Après un certain nombre de jours Uonjwa envoya encore son père lui demander une fiancée. Le père lui amena un multitude de fiancées, mais il agissait toujours de la même façon.

Une autre fois qu’il envoya son père celui-ci dit : ‘Non, tu n’es pas sérieux. Je t’ai présenté une grande quantité de filles et tu n’en veux pas. Il vaut mieux que tu ailles toi-même comme font tes compagnons. Quand tu en auras trouvé une, reviens-moi que je te donne les richesses dotales’.

Yonjwa se déclara d’accord. Un soir il dit à son neveu : ‘De grand matin demain nous partons chercher une femme qui me convient’. Le neveu acquiesça.

Le matin venu Yonjwa et son neveu se mirent en marche. Arrivés à Inganda ils quittèrent le sentier. Ils trouvèrent des jeunes filles en train de jouer. Il en aima une, et dit : ‘Je viens te demander’. La fille répond : ‘N’es-tu pas ce Yonjwa qui arrache les femmes par les bras (pour les répudier) ? Je ne t’aime pas, va-t’en avec ta beauté masculine’ (43).

Yonjwa se retira et partit. En progressant il trouva d’autres jeunes filles jouant à dinette.Il alla vers elles, en aima une et lui dit : ‘Je viens chez toi’. La fille lui dit : ‘Faire quoi ? ‘Il le lui dit, mais elle : ‘Non, tu m’aimes aujourd’hui, mais quand ton père m’a prise pour toi je crois que tu m’as refusée. Comment me trouves-tu, aujourd’hui ? Ai-je donc changé ? Va-t-en’ ? Yonjwa est tout désappointé.

Yonjwa sortit et poursuivit son chemin. Il trouva des jeunes filles en train de faire leur coiffure. Il s’y porta et en aima une. Il dit : ‘Maman, je viens chez toi’. – ‘Chez moi’ ? – ‘Qui’. – ‘D’abord ton nom’. – Je m’appelle Yonjwa’. – ‘C’est donc toi Yonjwa le bafoueur qui va bafouant les femmes, comme ton père maltraitait min aînée et c’est moi que tu demandes en mariage ? Va-t-en vit, n’ai-je pas déjà vu d’autres beaux jeunes gens ? Quelle laideur’ ! (44)

Yonjwa revint sur le chemin. Son neveu lui dit : ‘Oncle, je vois que tes demandes n’ont pas de succès. Il vaut mieux que nous allions consulter un magicien’. Yonjwa se dit d’accord.

Ils se rendirent chez Bokika-le sauvage se faire désensorceler. Bokika dit : ‘Apporte-moi deux anneaux de cuivre ( avance sur les honoraires). Il les lui donna. Bokika dit : ‘Prends cette petite natte ramasse-balayures et ces deux feuilles, donne-les à ton neveu. Toi-même marche toujours derrière lui’.

Ils firent ainsi. Ils marchèrent tout droit. Ils travesèrent le village et pénétrèrent en forêt. Arrivés juste à l’entrée du village ils rencontrèrent un homme ruisselant d’huile de palme : il en est devenu invisible.

Bolembe voulut rebrousser chemin mais Yonjwa l’empêcha : ‘Arrête’ ! Yonjjwa arrêta cet homme et le questionna : ‘D’où viens-tu’ ? ‘Mais cet homme ne répondit pas, il ne faisait qu’haleter. Il dit : ‘Je te raconterai’. Ils s’assirent.

Quand l’halètement fut diminué, Yonjwa dit : ‘Raconte-mai un peu comment tu es devenu tout couvert d’huile’. Lui dit : ‘J’etais allé demander une fiancée. Je ne voulais pas n’importe quelle femme. J’appris la renommée d’une femme nommée Eyonga. Comme elle est extrêmement forte à la lutte on lui applique le sobriquet Championne. J’y allai. Arrivé, je la demandai en mariage. Elle accepta. Mais avant de la prendre, on doit la terrasser dans l’huile. Nous nous sommes mesurés moi et elle ; bien vite elle me terrassa deux fois, puis elle me versa encore le résidu d’huile dur le corps. Voilà pourquai je suis tout crasseux d’huile. Je m’élançai en vitesse derrière les maisons ; je rentre chez moi. Si tu ne le crois pas, écoute ce chahut-là avec lequel on se moque de moi’.

Yonjwa ne répondit rien. Ils se firent leurs adieux et se séparèrent. A l’arrivée à l’entrée du village, Yonjwa sit à Bolembe : ‘Quand nous ser

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