Tout le monde convient que le Congo est le pays le plus riche au Monde, sur base de ses ressources naturelles. Cependant, dans le même temps, le Congo est l’un des Etats les plus pauvres de la planète. C’est en ces termes que se pose le problème du pillage et des contrats miniers. Les attributions des richesses non renouvelables ont été faites à des prix bradés, et presque gratuitement, et le plus souvent à des amis, alliés et autres complices. Les bénéficiaires spéculent leurs droits exorbitants et les revendent pour leur propre profit, parfois immédiat. Parmi les bénéficiaires que le pillage a rendus milliardaires figure un jeune israélien qui est sorti de nulle part et qui a littéralement grandi financièrement en pompant les diamants congolais et les ressources de la Miba.
A leurs heures de gloire, le cuivre et le cobalt du Katanga procuraient près de 60% des devises. Ces dernières années, c’est le diamant du Kasaï qui a remplacé le Katanga dans la contribution budgétaire. C’est également au Kasaï que les nouvelles pratiques de pillage se sont manifestées de manière criante. Le fameux pillage est une véritable idéologie de mal gouvernance qui consiste à brader les richesses publiques et à les détourner à long terme au profit d’élites nationales et d’alliés étrangers. Au Kasaï, L-D Kabila avait dépossédé la Miba de 45% de ses réserves en diamant pour les remettre avec la complicité de Charles Okoto, à la Sengamines, une association à 50% pour l’armée zimbabwéenne (Osleg) et à 50% pour la poche personnelle du chef de l’Etat et sa famille représenté par l’entreprise individuelle COMIEX. Le sort actuel et embrouillé des mines kimberlitiques de Senga Senga ne peut en faire oublier la motivation première avait de mettre en solde et de voler l’Etat.
C’est dans ce contexte minier nouveau que L-D Kabila avait octroyé en 2000, le monopole de la commercialisation des diamants à la firme IDI Diamonds de l’israélien Dan Gertler. L’homme d’affaires n’en était pas encore un ; il n’avait à l’époque que 27 ans et sans aucune référence de succès ou d’expertise professionnels. L’accord IDI avait été conclu par deux membres de l’entourage du chef de l’Etat. Dan Gertler avait promis de procurer rapidement 20 millions de dollars US, entre autres pour acheter des armes, grâce à ses prétendues relations avec des généraux israéliens. Il s’agissait d’un pillage typique et dénoncé par le Panel de l’ONU, et en même temps d’un accord criminel et classé comme « diamants de sang ». Finalement, l’affaire fut un désastre national, sauf pour Dan Gertler lui-même qui s’en était enrichi. IDI Diamonds aurait payé 3 millions de dollars US environ. Défaillante, la firme n’avait pas pu conquérir le marché en proposant des prix compétitifs, avec comme conséquence que les diamants avaient été trafiqués vers Brazzaville et Bangui. A l’époque, l’Observatoire Gouvernance Transparence (OGT) avait estimé que le monopole d’IDI avait favorisé la fraude et la criminalité dans ce secteur. A l’époque, les réseaux mafieux trafiquaient 300 à 400 millions de dollars US par an de diamants RDC. Certaines informations avaient même imputé à IDI l’assassinat de L-D Kabila, parce que le monopole avait fort mécontenté les milieux diamantaires libanais suspectés dans ce crime. Côté militaire, Dan Gertler a été poursuivi au tribunal par Yossi Kamisa qu’il avait recruté. On apprit au cours du procès que Gertler s’était rendu à Kinshasa avec Avigdor Ben Gal et Meir Dagan pour y rencontrer Kabila et ensuite demander au Ministère israélien de l’industrie militaire des autorisations d’exporter des armes légères en vue d’entraîner la garde présidentielle. Dan Gertler avait tenté d’expliquer aux juges que le marché IDI avait visé à améliorer la sécurité dans les mines de diamants congolaises. Chose que personne n’avait vue sur le terrain…
Le monopole désastreux d’IDI Diamonds fut arrêté en 2001. Dan Gertler chercha même à attaquer la RD Congo en justice, car l’une des caractéristiques du pillage et des contrats léonins est que les investisseurs bénéficient d’armes juridiques à sens unique pour poursuivre jusqu’ au bout la logique du pillage. Des arrangements ont été trouvés et les affaires congolaises de l’Israélien ont été renforcées. En 2002, Joseph Kabila avait nommé Dan Gertler et Chaïm Leibowitz comme ses représentants personnels auprès de l’administration américaine à Washington. Gertler avait 29 ans, et Leibowitz était un juif bailleur de fonds du parti républicain ayant des rapports étroits avec la Maison Blanche et le National Security Council (NSC). Les deux alliés du président se sont attribué l’arrangement de la rencontre de Kabila avec George Bush en novembre 2003.
A titre de récompense, Dan Gertler et Leibowitz sont entrés dans le premier cercle des décideurs à Kinshasa. Ils ont même accompagné le président dans son voyage officiel en Chine. Dan Gertler a été nommé Consul honoraire de la RD Congo en Israel. Il a été l’un des rares invités au mariage présidentiel. En un mot, le jeune Israelien fait partie du décor et du système. Ces relations privilégiées ont été vite converties en dividendes financières. Chaïm Leibowitz et Dan Gertler ont obtenu au travers de la firme Emaxon Finance International Inc (Emaxon), quatre ans de monopole de commercialisation des diamants de la Miba. Aux termes de ce contrat « de prêt et de vente » qui court de 2003 à 2007, Emaxon capte 88% de la production de la MIBA au « prix Emaxon » qui est un prix « convenu entre les parties avec déduction de 5 % ». En échange, la Miba a bénéficié d’un prêt de 15 millions de dollars US dont 5 millions devaient servir aux besoins de la Miba en fonds de roulement. Les autres 10 millions étaient payés, à la discrétion de Dan Gertler, aux fournisseurs de matériel de production. Il s’agissait de la nouvelle laverie NLK 2 d’une capacité de 200 tonnes à l’heure et de la gigantesque « Draline », qui est une excavatrice en terrain marécageux. Le prêt-vente avait été décrié et, même renégocié, mais sans toucher à l’essentiel. La propagande gouvernementale a vanté Emaxon comme le sauveteur de la Miba à une période où les financements extérieurs étaient difficiles. On affirma même que grâce à Dan Gertler, la Miba allait bénéficier d’une production additionnelle de plus de 2.000.000 de carats et générer des recettes additionnelles de plus de 30.000 000 de dollars.
C’est Augustin Katumba Mwanke qui avait présenté Emaxon à la Miba. La Commission Lutundula a qualifié le prêt d’usuraire, mais elle a estimé qu’une annulation aurait nuit au climat général des investissements. Tout cela mérite une évaluation à quelques mois de l’échéance du contrat Emaxon en 2007. Les 6500 agents de la Miba sont impayés depuis plusieurs mois. La production de diamants, au lieu de doubler ou de tripler, a chuté de 80%. Au cours des six derniers mois de 2006, la Miba n’avait exporté que 545.000 carats au lieu de 2,5 millions réalisés pour la même période en 2005. Les équipements imposés par Dan Gertler pour le prix de 10 millions de dollars US sont à l’arrêt. On se pose des questions sur le sérieux de l’investissement. Le peu de temps qu’elle avait fonctionné, la fameuse pelleteuse Draline prenait à elle seule la moitié de la consommation d’électricité de la ville de Mbuji Mayi. Chose plus grave, l’engin n’était servi que par un seul opérateur, le sud africain Mike Baby. Ce dernier a été assassiné en juin 2006, et le fournisseur des 10 millions de matériel refuse d’envoyer un autre technicien en remplacement. Ce fiasco désastreux n’a pas arrêté l’envolée de Dan Gertler ni les faveurs en richesses naturelles de la RD Congo. Sa société DGI (pour Dan Gertler Israel) a reçu lors de la grande braderie de 2005 une partie de la concession Miba, en même temps que les sociétés réputées De Beers (Afrique du Sud), Niznelenskoye (Russie) et BHP Billiton (Australie- Grande Bretagne). Il a également reçu la fameuse mine KOV de la Gécamines à Kolwezi. Dernièrement, le Magazine Forbes a inscrit Dan Gertler sur la liste des 40 Israéliens les plus riches. Comme il faut détenir une fortune d’au moins 500 millions de dollars pour être inscrit à ce classement, cela signifie qu’à 33 ans, Dan Gertler pèse plus de un demi-milliard de dollars US. Cette fortune a été bâtie en moins de six ans, avec essentiellement les diamants congolais. Même Chaim Lebovits d’ Emaxon a pu quitter Dan Gertler pour lancer son propre groupe minier et pétrolier. Face aux deux, le Congo n’a pas gagné. La Miba est en faillite.
