Le ministre belge De Decker a fait une mission de deux jours à Kinshasa 47

N ous essayons, par notre politique de développement, de répondre aux enjeux actuels du Congo.» Armand De Decker, ministre belge de la Coopération au développement, a terminé lundi une visite de deux jours à Kinshasa. Le moment est important.

D’une part, la transition démocratique arrive à un stade critique dans la perspective des élections qui doivent avoir lieu en juin 2005. D’autre part, la situation à l’est est préoccupante, avec les combats opposant les forces loyalistes à des mutins de l’ancienne rébellion du RCD-Goma.

Aussi, les enjeux politiques ont-ils occupé une place importante des entretiens successifs avec le président Joseph Kabila, les vice-présidents Bemba, Ngoma, Ruberwa et Yerodia.

La ligne est claire. D’une part, tout doit être fait pour permettre à un processus électoral «libre, démocratique et transparent» d’être mené à bien dans les délais. L’aide bilatérale de la Belgique s’élève pour l’instant à 10 millions d’euros, auxquels s’ajoute un soutien à la société civile.

D’autre part, pour les risques de dérapages à l’est, la fermeté est de mise tant à l’égard du Rwanda que des différentes parties congolaises. «Nous ne cessons de répéter au Président rwandais que toute incursion militaire au Congo est inacceptable, insiste Armand De Decker. Mais les problèmes des ex-Forces armées rwandaises et Interhamwe (NdlR: extrémistes hutus) doivent être résolus. Nous croyons aussi qu’il est utile pour les Congolais d’éviter de jeter de l’huile sur le feu.»

A l’issue de l’entretien qu’il a eu avec le ministre belge, le vice-président Jean-Pierre Bemba a d’ailleurs tenu un discours mesuré: «La guerre est la dernière des solutions. L’accent doit être mis sur la diplomatie, sur la responsabilité des acteurs à l’intérieur du pays après les avoir identifiés.» Au coeur d’un pays dévasté, la coopération doit cependant dépasser le niveau politique pour soutenir le redressement.

Pendant deux jours, le ministre belge a donc assuré le suivi de projets symbolisant son action. «Vous constaterez que les dossiers actuellement sur la table touchent pour la plupart aux infrastructures, explique Armand De Decker. Les capacités de transport sont indispensables si l’on veut permettre le commerce inter-congolais. C’est la façon la plus indiquée pour assurer un développement durable.»

Et, en effet. Une visite au port de Kinshasa a permis de relancer un partenariat avec le port de Bruxelles afin de le rendre à nouveau opérationnel. Il y a du travail: des carcasses de navires naufragés encombrent son accès, plusieurs grues sont déclassées, le dragage du fleuve Congo n’a plus été fait depuis des lunes… Un partenariat similaire est plus avancé entre les ports de Matadi et d’Anvers.

Une convention spéciale a été signée afin de rénover le pont Nyemba entre le nord et le sud du Katanga. Les travaux pourraient commencer dans trois mois.

L’économique pourrait aussi être un stimulant pour résoudre les tensions à l’est, ajoute De Decker. «Les pays de la région ont tout intérêt à collaborer. Il est très important de réunir au plus vite la Communauté économique des Grands lacs.»

Tout cela ne doit pas faire oublier que le peuple congolais souffre. «Nous continuerons évidemment notre coopération dans le domaine de la santé et de l’éducation», précise le ministre. Dimanche, il a lancé symboliquement la distribution de farine de maïs aux populations les plus démunies, soutenue par la Belgique. Un effort destiné à apaiser les tensions à la veille des fêtes de Noël.

Dans la foulée, il a visité un centre de réinsertion des enfants soldats mis en place par la Croix-Rouge. Une dizaine d’adolescents y cherchent un nouveau sens à leur vie. On évalue le nombre de ceux associés au conflit à 300000 environ. Et lors de sa visite précédente, il avait distribué des manuels scolaires. «Tout cela témoigne d’une chose: jamais la Belgique n’abandonnera le Congo», conclut Armand De Decker.

En cette année charnière décisive pour l’ancienne colonie, tel est assurément le voeu de la majorité des Congolais.

Mais on marche sur des oeufs…

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