Le Front de libération du Grand Kasaï réagit à l’élection de Kyungu 1842

C’est une honte pour la démocratie et une insulte à la mémoire des Kasaïens, victimes des atrocités commises par Kyungu et ses escadrons de la mort, au Katanga, en 1992″. C’est en ces termes que le Président du Front de libération du Grand Kasaï, M. Julien Ciakudia, a réagi à l’élection de Gabriel Kyungu wa Kumwanza à la présidence de l’Assemblée provinciale du Katanga, le dimanche 14 dernier. Il a fustigé, à cette occasion, avec véhémence, la complaisance du pouvoir en place et appelé les Kasaïens à faire bloc pour faire échec à ce qu’il considère déjà comme la mise en place d’un nouveau plan machiavélique dressé contre eux.

La place de Kyungu est en prison

Le président Ciakudia rappelle, avec grande émotion, le triste sort des Kasaïens au Katanga en 1992. Kyungu, alors gouverneur du Katanga, avait appelé ses milices de l’Uferi à l’extermination des « bilulu » (insectes, en swahili, pour désigner les cibles kasaïennes). Selon les chiffres des Médecins sans frontières (MSF), il y a eu entre 100 et 150 mille morts et environ deux millions de personnes dépouillées de tous leurs biens (préjudice matériel chiffré à plusieurs milliards de dollars), avant d’être refoulées, dans des conditions inhumaines, vers le Kasaï parce que leur seul tort était d’en être originaires. M. Ciakudia ne comprend pas que Kyungu qu’il accuse d’avoir instrumentalisé les Katangais pour tuer les Kasaïens continue d’être libre. « Pas de pardon », dit-il. « Kyungu doit assumer ses actes comme d’autres délinquants qui courent encore », surenchérit-il. Il cite entre autres l’ancien conseiller spécial de Mobutu, en matière de Sécurité, Honoré Ngbanda dont l’action dans ces massacres ne pourrait être éludée. « Il mérite la pendaison comme le demi-frère de Saddam Hussein qui dirigeait les services de renseignements ». Alors qu’il regrette que d’autres complices clés comme Nguz a Karl-I-Bond soient morts, M. Ciakudia se dit déterminé à ce que les survivants soient traduits devant la justice internationale ou celle de la RD Congo qui est signataire des conventions internationales en la matière, notamment celle relative à la prévention et la punition du crime de génocide de 1951.

La complaisance du pouvoir est intolérable

« Faire du génocidaire Kyungu un ‘Honorable’ et le placer à la tête de l’auguste Assemblée provinciale du Katanga alors que les plaies de ses victimes vivantes ne sont pas encore cicatrisées a quelque chose de cynique et de complaisant », déclare M. Ciakudia qui ne s’explique pas que le pouvoir continue de protéger quelqu’un qui a du sang sur les mains. A preuve, il rappelle que Mobutu qui avait armé cet homme d’une vanité sans limites pour déstabiliser le premier ministre Etienne Tshisekedi, son adversaire politique du moment, l’avait soustrait de la vindicte des Kasaïens jusqu’à sa chute. Aussitôt au pouvoir, comme s’il faisait fi de la douleur des familles des victimes, Laurent-Désiré Kabila l’appelle aux affaires. Il le nomme ambassadeur en Tanzanie. A sa mort, le « Néron noir » reprend du service auprès de Joseph Kabila qui ferme les yeux et lui permet d’arpenter impunément les allées du Palais de la Nation. Durant la campagne présidentielle, ce personnage intrigant et courtisan de bas-étage, comme l’appelle M. Ciakudia, sème la terreur au nom de son candidat favori et, en récompense de son activisme sectaire, l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) avalise sa candidature et la propose au poste de président de l’Assemblée provinciale. Pour M. Ciakudia, « Il est temps que Joseph Kabila prenne une position claire afin que Kyungu soit rapidement mis à la disposition de la justice ». « Il est également temps qu’il sorte de cette affaire s’il ne veut pas être étonné d’en partager la responsabilité comme complice ». Par ailleurs, il lui demande, s’il est soucieux de l’avenir du pays, de convoquer instamment une conférence contre le tribalisme dont sont victimes certaines tribus congolaises dont celles du Kasaï pour dénoncer et mettre hors d’état de nuire tous les pêcheurs en eau trouble qui suscitent sciemment et exploitent les rivalités entre les tribus pour leurs intérêts politiques mesquins.

Les Kasaïens doivent se préparer à se défendre

Les conséquences de la tragédie vécue par les Kasaïens au Katanga ont été désastreuses et continuent d’être visibles : dans les camps où ils ont été accueillis, les déplacés parmi lesquels les femmes et enfants ont été victimes de diverses maladies, de la prostitution, du désoeuvrement. Pour le Président Ciakudia, « il n’est plus question de revivre ces horreurs sans réagir ». Sans guère de doute, il est convaincu que le décor qui se plante actuellement au Katanga avec l’élection de Kyungu au perchoir provincial rappelle ces horreurs. Aussi rappelle-t-il aux Kasaïens qu’ils ont tort de s’aboucher avec ce monstre, même politiquement. « Pardonner n’est pas oublier », tempête M. Ciakudia, avant d’ajouter : « Encore faut-il le demander sincèrement. Ce qui n’est le cas de Kyungu. Après tout, le meilleur endroit pour le faire c’est devant les juges ». Partant, il demande aux juristes Kasaïens d’être aux premiers rangs de ce combat. Il demande aux Kasaïens de se mettre debout et de transcender leurs divergences. « Pourquoi se laissent-ils abuser par l’intérêt que leur ennemi porte à toute réconciliation de façade au point d’être prêts à passer l’éponge ? », s’exclame-t-il. Dans le catalogue de revendications qu’il dresse, il leur suggère d’exiger du pouvoir l’invalidation du mandat de leur bourreau par tous les moyens. Et aux commerçants Kasaïens opérant au Katanga ou entretenant des relations commerciales avec cette province, il préconise le boycott commercial, si rien n’est fait. Et à tous les Kasaïens, il demande de verser ne fût-ce qu’un euro sur un compte bancaire qui sera ouvert à cet effet pour constituer un « fonds de guerre » qui permettra à la justice de traquer partout où ils se déplaceront à l’étranger le bourreau et ses complices. « Alors pour être clair, il ne s’agit pas de dresser le peuple kasaïen contre le katangais. Les deux peuples doivent rester unis », s’empresse-t-il de rassurer. « Nous sommes prêts à nous battre jusqu’à nos dernières forces s’il le faut. Voilà pourquoi nous demandons notre indépendance. Il faut que les Kasaïens sachent que la partie n’est pas définitivement perdue », a-t-il conclu.

Pour apporter votre contribution, prendre contact avec le Front de libération du Grand Kasaï : flgk_rgk@yahoo.frC

Demain Le Kasaï, janv. 2007

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