L’arrière petit neveu… 1547

L’arrière petit neveu de Léopold II doit-il se rendre en visite officielle au Congo ?

Il est dommage que cette question ne se pose pas dans l’autre sens, celui qui serait compatible avec la morale : Les Congolais doivent-ils accepter chez eux l’héritier de la fortune qui leur a coûté entre cinq et huit millions de morts ? Et ce d’autant plus que la fortune privée de ce monarque (et de sa famille) repose toujours sur le « bas de laine » que cet arrière-grand-tonton s’était fait sur le dos des Congolais. Circonstance aggravante : l’héritier, pas plus que ses prédécesseurs, n’a jamais eu un geste de regret ni de réparation… L’Allemagne, à propos d’un nombre de morts du même ordre, a fait des excuses publiques…

Imaginez un instant que vous appreniez qu’un lointain parent par alliance, dont vous ignoriez jusqu’à l’existence, vient de décéder au fin fond de l’Arizona, et qu’en tant que plus proche parent, vous héritez d’une fortune colossale. Imaginez encore que cette bonne nouvelle soit assortie d’une autre : cet illustre inconnu avait amassé ses millions grâce au trafic de drogue, au racket, à la prostitution, le tout assaisonné d’un certain nombre de meurtres « classés sans suite faute de preuves »… Je ne sais ce que vous feriez. Pour ce qui me concerne, et comme je n’ai rien d’un saint, je crois que je prendrais l’argent. Mais j’en consacrerais une partie conséquente à réparer ces crimes. Vous aussi ? Eh bien… On voit bien que nous ne sommes pas Rois !

Mais passons !

Il s’agit donc de l’opportunité d’un voyage du Roi des Belges au Congo. Il y a bien entendu les « pour » et les « contre ». Et en fait cela recoupe assez bien les « pour » et les « contre » Joseph Kabila.

Voici à peu près le discours des « pour » : « La RDC vient, pour la première fois de son histoire de procéder à des élections presque libre, approximativement transparente et relativement démocratiques. C’était loin d’être parfait. Il y a encore quelques bavures. Mais c’est un pas dans le bon chemin. Il faut encourager les Congolais à persister dans cette bonne voie. La Belgique a joué un rôle central dans ce processus. La visite du Plus Haut Personnage de notre Démocratie Modèle serait un grand appui dans ce sens ».

A quoi les « contre » rétorquent : « La « démocratisation » en RDC a tourné en farce ridicule. Les élections ont été truquées. Loin d’être des « bavures » des faits comme le procès Nlandu montrent que c’est une dictature qui se met en place. La Belgique a été manipulée par les hommes d’affaires amis de certains politiciens francophones. La visite du Plus Haut Personnage de notre Démocratie Modèle serait inopportune dans ce contexte ».

Tout cela est en général présenté dans une sauce belgo-belge plus ou moins pimentée où l’on retrouve certaines grimaces de politique intérieure. Quand on sait que l’industrie du diamant siège à Anvers et le secteur des non-ferreux à Hoboken-Overpelt, on est un peu étonné d’apprendre que ce sont des appétits wallons qui guettent les mines congolaises. Peut-être cet important trafic passe-t-il par la cascade de Coo, port de mer de la Wallonie ?

Le problème est ailleurs !

En quoi le Roi des Belges a-t-il le droit ou le pouvoir de donner une quelconque « caution démocratique » à quelque régime que ce soit ? Quel modèle allons-nous offrir aux congolais ? Nos usines qui ferment en jetant leurs ouvriers sur le pavé ? Nos chômeurs ? Notre refus d’accueillir les demandeurs d’asile (congolais compris) ? Nos réalisations dans le domaine de la santé : paye de plus en plus char ou crève au plus vite… ? Nos sans-abris parce qu’il devient trop cher de se loger alors que les gens sont de plus en plus pauvres ? Ou peut-être les cadeaux que nous faisons aux riches avec l’argent ainsi « gratté » sur nos défavorisés ? Nous n’avons RIEN à leur apporter. En tous cas pas un modèle de démocratie !

Ou alors, Albert II se rendrait au Congo dans le cadre d’un rituel hérité en droite ligne de l’arrière-grand-oncle qui savait si bien faire suer de l’argent aux nègres. Il irait « médailler le Chef », comme au joyeux temps des colonies. On avait bien surnommé son frère « l’agent électoral de Mobutu »… Car, malheureusement, dans l’esprit de beaucoup de Congolais, une telle visite représenterait une sorte d’investiture !

Or, s’il y une chose dont le Congo a le plus grand besoin, c’est d’avoir à leur tête des gens choisis par le peuple, et non par l’étranger. Et, compte tenu des exploits de Léopold II, surtout pas par cet étranger-là…

Tout compte fait, l’arrière petit neveu ferait mieux de rester à Laeken !

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