La transition toujours fragile en RDC à cinq mois d’un hypothétique scrutin 101

« Tout le monde sait qu’il est impossible de tenir des élections d’ici le 30 juin. La constitution n’est pas encore votée et le recensement électoral n’a pas commencé », a déclaré à l’AFP un diplomate, sous couvert de l’anonymat.

Le processus de transition en République démocratique du Congo (RDC) progresse laborieusement sous une forte pression internationale, alors que le président sud-africain Thabo Mbeki, parrain des accords de transition, est attendu mardi à Kinshasa.

Au sortir d’une guerre de cinq ans, qui a fait quelque 2,5 millions de morts, la RDC peine à atteindre les objectifs de l’accord de transition signé en décembre 2002 en Afrique du Sud par tous les belligérants congolais, censé aboutir fin juin aux premières élections libres dans le pays depuis 40 ans.

« Tout le monde sait qu’il est impossible de tenir des élections d’ici le 30 juin. La constitution n’est pas encore votée et le recensement électoral n’a pas commencé », a déclaré à l’AFP un diplomate, sous couvert de l’anonymat.

L’annonce – prévisible – d’un report probable du scrutin par la commission électorale indépendante de RDC a entraîné le 10 janvier une manifestation à Kinshasa qui a fait au moins quatre morts et a suscité une salve de déclarations politiques hostiles au pouvoir.

La crise a gagné le sommet de l’Etat quand un des quatre vice-présidents de RDC, Jean-Pierre Bemba, chef d’une ex-rébellion soutenue par l’Ouganda, a menacé de se retirer des institutions si aucun progrès n’était enregistré d’ici fin janvier dans le partage des responsabilités, notamment dans l’administration locale et les entreprises publiques.

Ce partage, inscrit dans l’accord de transition, est pour M. Bemba ainsi que pour d’autres dirigeants politiques un préalable nécessaire à l’organisation des élections dans de bonnes conditions.

« Nous sommes dans une période charnière: en l’état, on ne peut que constater que la transition n’a pas permis ce partage, estime un analyste politique basé à Kinshasa. Si une élection avait lieu demain, poursuit-il, non seulement son résultat serait contestable, mais rien ne garantirait son respect. D’un autre côté, la communauté internationale maintient une forte pression pour le respect du calendrier de la transition et les négociations ont repris, ce qui est plutôt bon signe ».

Les pressions internationales se sont en effet multipliées ces derniers jours, avec les visites informelles des présidents gabonais et congolais, et l’annonce de l’Union africaine (UA) de nommer un envoyé spécial « de très haut niveau » pour suivre ses efforts de médiation en RDC.

Enfin, Thabo Mbeki, médiateur de l’UA et parrain des accords de paix de 2002, est attendu mardi à Kinshasa, où il doit rencontrer le président Joseph Kabila et plusieurs responsables du gouvernement.

Dès vendredi soir, Jean-Pierre Bemba a assuré que toutes ses « divergences » avec le président Joseph Kabila étaient aplanies, après un huis clos de trois heures au palais présidentiel.

« Mais pour combien de temps? », s’interroge un diplomate, qui estime que la campagne électorale est « bel et bien lancée » et que « dans un contexte tendu, la tentation de manipuler la rue pourrait mettre sérieusement en danger la transition ».

Pour un autre observateur, il faudra en outre tenir compte des tensions qui persistent dans l’est du pays, « où les voisins rwandais et ougandais veulent maintenir une zone d’influence et où rien n’a été réglé ».

En décembre, Kinshasa a notamment accusé le Rwanda de violer son intégrité territoriale au prétexte de venir pourchasser des rebelles hutus rwandais accusés par le régime de Kigali d’avoir participé au génocide de 1994.

Ces rebelles ne semblent plus représenter une réelle menace pour le Rwanda, mais leur présence sur le sol congolais continue d’empoisonner les relations bilatérales. Ainsi, l’Union européenne s’est dite récemment « prête » à aider la RDC à désarmer ces groupes et l’UA a annoncé dimanche le début de consultations en vue de former « une force » chargé de leur désarmement.

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