Ce lundi à l’appel de l’Association des Chauffeurs du Congo, ces nobles serviteurs de la république ont décidé de se croiser les bras pour protester contre une mesure de « sécurité » prise par les autorités routières.
A Kinshasa le transport des personnes est essentiellement assuré par les taxi-bus. Selon le type de véhicule utilisé, on peut transporter 30, 24 ou 18 personnes. Le tout dépend du nombre de bancs que le propriétaire fixe dans le véhicule. La police a décidé que désormais on doit fixer un banc en moins dans chaque véhicule et par banc selon le type de véhicule on devra mettre une personne en moins. Gros manque à gagner à la course pour les chauffeurs qui sont payés par client, et retard assuré pour les usagers qui perdent des places dans les véhicules à chaque voyage. Traduction : le combat va être encore plus viril pour trouver une place dans le véhicule à chaque voyage.
Le secteur des transports en commun est essentiellement privé sur toute l’étendue de la RDC. La mauvaise gestion a réduit ce secteur à sa plus simple expression. Aujourd’hui donc pour pouvoir offrir un service à des prix que les citoyens peuvent payer soit 150fc le petit trajet en taxi bus et 250 fc le long trajet (le tier d’un $ et la moitié d’un dollar), les transporteurs ont usé d’imagination pour entasser un maximum des gens dans le véhicule, au détriment de la sécurité. Afin de maintenir une rentabilité réduite à sa plus simple expression.
Faute de législation claire et réaliste, l’état a laissé des pratiques s’installer durant des années dans l’informel le plus total. Ces pratiques ont permis à tous clients et exploiteurs de trouver une sorte d’équilibre socio-économique. Bien sûr que la sécurité n’est pas garantie, bien sûr que les accidents graves ont toujours des conséquences catastrophiques en mutilation, perte de vies humaines…
Mais l’impératif économique est là. Quand le pouvoir d’achat des gens est aussi bas, quand tout le monde en est réduit à survivre au jour le jour, leur priorité se situe-t-il dans la qualité ou dans le coût du service qui leur est offert. La grève d’hier, organisé par les chauffeurs et soutenue par les usagers, nous montre que tous pensent plutôt au coût de cette mesure qu’à son souci de sauver des vies humaines, que l’on retire par ailleurs…
Quand on entend le discours des autorités routières qui proposent cette mesure on se demande si l’initiateur de cette mesure est déjà resté une heure ou deux à l’arrêt dans l’attente d’une place dans un taxi-bus ou un taxi. Cette mesure transpire un snobisme inexcusable devant la misère des gens. Proposer de réduire de moitié le nombre de voyageur dans un taxi-bus sans augmentation des moyens de transport dans les mêmes proportions, revient à soit diminuer de moitié le chiffre d’affaire des transporteurs, soit multiplier par deux le coût du trajet pour le voyageur. Conséquence le coût de la vie qui est déjà énorme pour les simples citoyens sera encore multiplier. A-t-on vraiment pris en compte tout cela?
Cette action initié par l’ACCO montre que les congolais ne sont pas des moutons comme d’aucun aiment à le penser. Ils savent très bien compter. Et s’ils reprennent le travail et que la mesure est maintenue, cela signifiera que l’ACCO aura obtenu le droit d’augmenter ses prix pour compenser le manque à gagner. Il faudra en ce moment que les usagers s’organisent aussi pour exiger des autorités qu’ils compensent le coût supplémentaire pour eux.
Le problème est collectif, il y a lieu de trouver une solution collective. Laisser les choses en l’état, le temps que l’état trouve les moyens de financer une telle mesure pour qu’elle ne coûte rien aux citoyens.
Parlons chiffres
Un taxi-bus charge 27 clients: 24 derrière et deux devant.
A 200fc par client, chaque voyage rapporte aujourd’hui 4800fc soit 10$ environ
10$ qui seront partagé entre, le chauffeur, le receveur, le propriétaire, l’agent de roulage à qui il faut glisser un billet à chaque carrefour stratégique, le carburant, le mécanicien qui et différent frais surprise comme seul une grosse ville de 10 millions d’habitants peut en générer.
Si comme le souhaite les autorités, on respecte la charge nominal de véhicule, en chiffre cela coûtera dans un premier temps 6 places, soit 1200fc. Qui les payent?
Tarif des transport à Kinshasa
lemba-bandal, lemba-ville, masina-ville en taxi : 500 fc (1$) (trajet express)
lemba-victoire, bandal-victoire, victoire-ville en taxi : 200 fc (demi terrain)
lemba-victoire, bandal-victoire, victoire-ville en taxi-bus : 150 fc
masina-zando en taxi bus : 200 fc
kintambo magasin-ville en taxi : 250 fc
matete-lemba :150 fc aussi bien en taxi qu’en taxi-bus
