« La
communauté internationale ignore l’Udps, l’Udps ignore la communauté
internationale »
Le Phare (Kinshasa)
Officiellement, rien n’a transpiré, mardi soir, de la rencontre tant attendue entre le Secrétaire Général de l’Onu, Kofi Annan, et le Président national de l’Udps, Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Rien, dans la mesure où aucune déclaration n’a été faite de part et d’autre. Ce qui n’a pas empêché Le Phare de fouiller, et de fouiller encore pour tenter de tirer des murs
épais du GHK la quintessence des conversations entre les deux parties.
Du côté du Secrétaire général de l’Onu, on pouvait voir son représentant spécial en Rdc, William Lacy Swing, l’adjoint de ce dernier, Menkerios, ainsi que quelques fonctionnaires tant de Kinshasa que du siège de New York. Pour sa part, Etienne Tshisekedi avait conduit une délégation plus étoffée que d’habitude avec le président du Comité national Valentin Mubake, le Secrétaire général Rémy Massamba, la Secrétaire nationale Eve Bazaiba, le conseiller politique Joseph Mukendi et l’Assistant Aka.
Selon ce qu’il a été permis au Phare d’apprendre, Etienne Tshisekedi a aussitôt mis les pieds dans le plat. Pour lui, la crise est partie du 30 juin 2005. «Au mépris du peuple congolais et de la classe politique congolaise, on a prolongé la transition alors que la loi électorale n’existait pas encore pour parler des raisons spécifiquement liées à l’organisation des élections», a regretté le leader de l’Udps. Qui a aussitôt précisé: «C’est ce mépris de la Communauté internationale et
du Ciat qui continue jusqu’à ce jour. Notamment à travers la Cei, une Commission technique qui se permet de prendre des positions politiques sous l’influence de certains membres du Ciat».
Commentant cet aspect de son propos, Etienne Tshisekedi a souhaité que les partenaires de la RDC sachent «qu’il existe dans ce pays une opinion et un peuple, ainsi que des forces politiques qu’il faut absolument consulter lorsqu’on tient à résoudre les problèmes qui se posent».
Ce sont toutes ces questions qui ont été soulevées dans le mémo de l’Udps adressé au Secrétaire Général de l’Onu au mois de novembre 2005, a rappelé le leader de l’Udps. Son parti y soulignant déjà l’urgence et la nécessité d’un dialogue entre les forces politiques les plus significatives. Le Ciat, de son côté, avait paru être d’accord en initiant des contacts exploratoires entre l’Udps, le Mlc et le Rcd, le Pprd ayant boudé les rencontres.
«Voilà pourquoi nous avons décrété le boycott lors du référendum. C’était notre droit le plus légitime dans la mesure où nous n’avions abordé aucune question de fond et nous ne nous étions mis d’accord sur aucun dossier», a encore expliqué Etienne Tshisekedi. Avant d’ajouter: «C’est après que des
délégués du Ciat ont demandé à l’Udps de faire une déclaration
solennelle dans laquelle elle assurait de son implication dans le processus. Nous l’avons fait le 2 janvier 2006 en émettant trois petites conditions. Depuis, c’est le silence le plus absolu».
Question de Kofi Annan à William Swing: «êtes-vous au courant de tout cela? ». «Oui», a consenti le diplomate onusien, ajoutant aussitôt que c’était pour cela qu’il avait passé une bonne partie de la journée de mardi au ministère de l’Intérieur afin de tenter de régler la question de l’homonymie. Commentaire ironique d’E. Tshisekedi: «Depuis novembre, c’est
maintenant seulement que le Ciat essaie de trouver une réponse à ce dossier».
Question de Kofi Annan au leader de l’Udps: «Que faut-il faire alors?» Réponse terrible d’Etienne Tshisekedi: «La communauté internationale ignore l’Udps, l’Udps ignore la communauté internationale. Pour nous, tout ce qui se fait maintenant est illégal».
Réplique du Secrétaire Général de l’Onu: «Mais les autres estiment que c’est parfaitement légal?» Réponse de Tshisekedi: « C’est leur droit. Nous ignorons ceux qui nous ignorent. Ce que nous réclamons, c’est un dialogue entre les
forces politiques les plus significatives. »
Diversion
Un entretien presque surréaliste, dramatique. On aurait pu entendre une mouche voler, a-t-on confié au Phare. Ayant pris la mesure de la situation, le Secrétaire général de l’Onu a estimé qu’il devait réfléchir à tout cela, afin d’y voir un peu plus clair. Il a eu cependant le temps d’indiquer à la
délégation de l’Udps la promesse que la Présidence de la République allait établir un contact dans les 48 heures. Etonnement de ses interlocuteurs, surpris que l’annonce emprunte une voie aussi biaisée. «C’est comme l’autorisation de la marche. On veut jeter la poudre aux yeux du Secrétaire
Général de l’Onu, mais nous ne sommes pas dupes», a commenté un proche collaborateur d’Etienne Tshisekedi contacté par Le Phare, ajoutant «que ce ne sont ni le temps, ni les occasions qui ont fait défaut, par le passé, pour que les Congolais puissent se parler entre eux sans intermédiaire».
Mardi soir, à la veille d’une marche appelée par l’Udps, Kinshasa retenait son souffle. D’autant qu’aux dernières nouvelles, le discours tenu par la fille aînée de l’opposition congolaise était brusquement devenu celui de nombre de forces politiques et sociales qui s’apprêtaient à rencontrer Kofi
Annan pour lui exprimer leur rejet d’un schéma imposé de l’extérieur et d’une tricherie programmée. Plus tôt dans la journée, un «Manifeste de la conscience congolaise» était adopté à cet effet à la paroisse Notre Dame de Fatima par plusieurs forces socio-politiques, tandis qu’un groupe de
femmes s’apprêtait à dire au patron de l’Onu que le processus électoral tel que géré à ce jour, était porteur des germes d’une nouvelle crise aux conséquences incalculables.
