Kinshasa, mercredi 24 mai 2006, la résidence du Dr Pierre Anatole Matusuila, président du conseil des laïcs catholiques et candidat président de la république, est encerclée par 12 policiers de la très redoutable PIR (Police d’Intervention Rapide), qui empêche toute entrée et sortie, selon une communication de son épouse à Monsieur l’Abbé José Mpundu, du très célèbre groupe Amos.
La même situation, selon les informations parvenues à l’abbé, est aussi signalée, aux résidences des MM Joseph Olenghankoy et Roger Lumbala, deux autres candidats président de la république en déplacement, avec le Dr Matusuila, à Brazzaville pour une rencontre avec le président Sassou. Dans l’entourage de ces trois candidats, la tension est à son comble car les bruits circulent qu’ils seraient même menacés d’arrestation à leur retour au pays.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, M. Valentin Mubake, président du conseil national (parlement) de l’UDPS, est aussi séquestré par la police chez lui, avec sa femme et ses enfants, dont l’un s’est vu refuser le droit de sortir pour aller assister à la messe matinale.
M. Kimbembe, le très excellent et sympathique gouverneur de la ville de Kinshasa, se serait lui-même réveillé, à ses dires, surpris par un imposant dispositif de sécurité comme il n’en avait jamais vu auparavant devant sa porte. M. Théophile Mbemba, le ministre PPRD de l’intérieur, que le gouverneur joint au téléphone le rassure que c’est pour sa protection et l’informe que les mêmes mesures sont aussi d’application aux résidences des principales personnalités politiques.
Pauvre Kimbembe ! L’homme ne ferait même pas du mal à une mouche, mais le voilà maintenant, quelques jours seulement après le kidnapping de l’Archevêque Kutino, dans lequel il n’avait rien à voir ni de près ni de loin, poussé, malgré lui, à expliquer les excès de zèle de son puissant patron en disant aux politiciens : ‘‘Dormez tranquille, Théo monte la garde’’.
Les leaders concernés et une bonne partie de l’opinion restent sceptiques quant aux intentions réelles du ministre de l’intérieur à qui est reproché la violation de la liberté de mouvement des personnalités politiques en les empêchant de prendre part à la marche de l’UDPS et des forces du changement de ce mercredi.
Le concert des protestations a été général. Mboso Nkodia Mpuanga, un autre candidat président de la république, contacté par Radio Okapi, s’est dit mis en résidence surveillée et a qualifié cet acte de violation des droits de l’homme. Le pouvoir chercherait, selon le candidat du CRD, à intimider les forces politiques qui réclament le dialogue avant la tenue des élections. Didier Mumengi, président de la Ligue du Peuple, qui a aussi bénéficié de la protection des sbires de Théo, dénonce les méthodes staliniennes appliquées par le pouvoir en place.
Sacré Théo ! Le voilà qui s’en va vadrouiller sur les plates-bandes de Kimbembe pour veiller à la protection des personnalités politiques sans les en informer, pendant que les Kinois attendent toujours les éclaircissements sur les 32 mercenaires détenteurs des passeports américains, sud-africains et nigérians, en provenance d’Irak, qui seraient entrés au Congo par le truchement d’une société de gardiennage dénommée Omega, et qui auraient pour mission principale de renverser les institutions de la république et de déstabiliser le processus électoral en cours en perpétrant un coup d’état au profit d’un candidat président de la république.
Des bruits fous laissaient déjà entendre mercredi matin à Kinshasa, que le régime allait très vite faire porter le chapeau de la tentative de coup d’état, pour faire plus vraisemblable, au médecin cancérologue, le Docteur Oscar Kashala, qui est dit avoir des entrées sûres dans certains milieux influents aux Etats-Unis.
Pendant que l’opinion attend la désignation d’un commanditaire, avec ce que les personnalités politiques perçoivent comme leur mise en résidence surveillée, l’on a cru que le ministre PPRD de l’intérieur allait révéler l’existence de tout un réseau des saboteurs du processus électoral auquel ce parti tient comme la prunelle de ses yeux, tant les conditions d’organisation et le déroulement lui font déjà pronostiquer la victoire du président sortant au premier tour de l’élection présidentielle.
La coïncidence, la fréquence et la rapidité avec lesquelles se produisent les actes de violence perpétrés par les forces de l’ordre constituent une grave escalade de la répression et donne aux observateurs, l’impression que le PPRD, faute d’un discours politique cohérent et en l’absence d’un bilan social défendable, à opté pour le maintien d’un climat de terreur maximale qui rappelle les temps du règne de Mobutu de très triste mémoire.
Depuis quelques semaines, les leaders religieux et politiques ont déclenché une vaste démarche de conscientisation du peuple congolais pour reprendre la main sur la conduite des affaires de son pays en n’accordant pas leur vote aux étrangers lors des élections et en ramenant le centre des décisions les concernant de l’étranger vers l’intérieur de leur pays.
Tout de suite, cette démarche est combattue par les mentors de la transition business et leurs relais locaux. La campagne des apôtres de l’éveil de conscience est enfermée dans le concept ‘‘congolité’’ auquel est donné une connotation xénophobe, alors qu’aucune incitation à la haine de l’étranger n’a été proférée par qui que ce soit.
L’opinion se rappelle que le RCD, parti du vice président Ruberwa, proche du Ruanda, a fait l’objet d’une campagne de diabolisation en règle du PPRD qui appelait le peuple à la vigilance contre les étrangers qui étaient dits tapis dans ce parti.
L’opinion se rappelle aussi que ce parti et ses membres, surtout les tutsis, ne purent s’implanter à Kinshasa et dans tout le pays que grâce au soutien des forces politiques et des leaders d’opinion pour qui cette campagne raciste n’avait pas de place au Congo. Ces leaders tenaient à l’inclusivité pour une transition apaisée et renvoyaient le débat sur la nationalité, dans un cadre approprié, au moment opportun.
Grand est alors l’étonnement de l’opinion de voir ceux qui naguère criaient à l’étranger, traiter de xénophobes ceux qui tiennent aujourd’hui à ce que le pouvoir politique soit confié aux congolais dont la nationalité ne souffre d’aucune contestation. Grande est aussi la surprise de l’opinion face à cette répression systématique de tout éveilleur de conscience, dont la plus brutale est l’enlèvement dans l’humiliation du pasteur Kutino.
Et comme en cette période cruciale, l’information est le nerf de la guerre, les médias qui véhiculent le message de conscientisation du peuple sont fermés, les journalistes, les emissions et les opérateurs politiques suspendus à tour de bras.
Avec des candidats surveillés, des sujets tabous et des thèmes de campagne imposés, l’opinion se demande si pareil climat est propice à l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes dont on lui rabat les oreilles à longueur des journées.
